VDL Stud, le meilleur sinon rien

Mondialement reconnu grâce aux résultats de ses produits, aux performances de ses étalons à l’élevage et sur les terrains de concours, ainsi qu’à sa force de frappe commerciale, VDL est l’un des plus célèbres affixes de l’univers du saut d’obstacles. Pour autant, l’immense haras des van de Lageweg, bâti sur les terres planes et verdoyantes du nord des Pays-Bas, ne paie pas de mine. Grand Prix Heroes est allé à la rencontre de ces Néerlandais qui n’envisagent pas le travail autrement qu’en famille.



Pour parvenir au petit village de Bears, tout près de Leeuwarden dans le nord des Pays-Bas, on parcourt de minuscules routes sur lesquelles deux voitures peuvent à peine se croiser. Des tranchées gorgées d’eau bordent les bas-côtés. À vrai dire, il est bien difficile d’imaginer que de gros camions puissent transporter des chevaux sur ces étroites chaussées. Au moins, les vastes et plates prairies environnantes permettent de voir arriver les véhicules de loin. Finalement, on distingue un petit groupe de bâtiments, sans barrières apparentes. Des pâturages de chevaux sans clôture? Étonnant au premier regard. En fait, dans ces paysages typiques des Flandres et des Provinces-Unies, il n’y a tout simplement pas besoin d’enclos. Les wateringues, ces larges fossés emplis d’eau et aménagés par l’homme au fil des siècles, veillent à ce que les chevaux demeurent dans leurs prés. 

Situé près de la côte - la mer du Nord se tient à seulement une vingtaine de kilomètres -, ce petit village balayé par les vents et animé par le chant des mouettes ne compte à première vue que deux routes et une poignée de maisons blotties les unes contre les autres. Difficile de croire que huit cents chevaux vivent ici. En s’approchant, on découvre une entreprise familiale locale, bien intégrée dans le hameau. Une entreprise construite par un homme fort et dévoué, pleinement soutenu par ses trois fils. Ici, rien de glamour ni de clinquant, et sûrement pas de plaque de marbre gravée de lettres d’or qui marqueraient l’importance de cet endroit pour l’élevage européen des chevaux de sport. De l’extérieur, certes on reconnaît une écurie, mais on ne s’attend pas à y trouver quelques-uns des plus grands étalons et champions européens de saut d’obstacles. 

Une fois franchies les portes, le visiteur découvre le bureau de la direction, un espace décoré de photos de certains des plus célèbres étalons de VDL Stud. D’imposants portraits s’étendent jusqu’au plafond. Il y reconnaîtra Jus de Pomme, sacré champion olympique en 1996 à Atlanta avec l’ex-Allemand Ulrich Kirchhoff, Bubalu, vice-champion olympique par équipes en 2012 à Londres avec le Néerlandais Jur Vrieling, Cardento, paré du même métal en 2004 à Athènes avec le Suédois Peter Eriksson, Orestus ou encore Zirocco Blue (ex-Quamikase des Forêts), sélectionné aux JO de Rio en 2016 avec le même Jur Vrieling. Ces images illustrent quelques-uns des jalons de l’illustre histoire de l’entreprise. Au bas de ces photos, les légendes ne mentionnent que les noms des chevaux et leurs réalisations. Ce petit détail illustre à merveille la philosophie adoptée par Wiepke van de Lageweg et transmise à ses trois fils : le cheval avant tout! Ici, l’homme reste en retrait, décent et modeste, admirant la beauté, la puissance, l’élégance et l’esprit de ces magnifiques créatures.



Proximité et praticité

Jur Vrieling et Quamikase des Forêts aux JO de Rio de Janeiro en 2016.

© Scoopdyga

Cette attitude transparaît dans tout le haras, où le cheval et son bien-être figurent au cœur de toutes les préoccupations. Les quatre divisions de VDL Stud - élevage, étalonnage, écurie de formation et de valorisation, et écurie de commerce - disposent chacune de structures distinctes et d’équipements à la pointe de la technologie. Tous les besoins des chevaux y sont pris en charge. En hiver, les jeunes juments vivent en groupes de quinze dans une grande grange ceinte de trois murs. Les très hauts plafonds et la grande ouverture garantissent une libre circulation et des apports bienfaisants en air frais et lumière naturelle. Durant la saison estivale, mères et poulains évoluent dans les pâturages adjacents. Une structure similaire, située juste en bas de la route à l’autre extrémité du village de Bears, abrite les jeunes mâles. Ici, les poulains d’un an s’ébrouent par groupes de quarante. Au total, deux cents jeunes entiers sont élevés ici chaque année. On en compte environ quatre-vingt-cinq issus de l’élevage maison et quelque soixante-dix achetés dans des foires aux foals ou directement chez les éleveurs. 

Chez VDL Stud, ancien et neuf vont de pair. Le premier barn, érigé par le fondateur de l’entreprise, est toujours utilisé, bien que de nombreux bâtiments modernes aient été édifiés au fil de son développement. Aujourd’hui, une partie de l’ancienne section abrite son fils Janko et sa famille, tandis qu’une autre fait toujours office d’écurie. Quelques-unes des plus précieuses juments de la famille vivent là avec leurs poulains, faisant de cet espace une sorte de coffre-fort de la société. À l’intérieur des nouveaux bâtiments, technologies modernes et architecture ergonomique facilitent la vie du personnel, comptant actuellement vingt-cinq salariés. C’est notamment le cas de la grande écurie des juments, où l’on peut très simplement déplacer les chevaux d’un côté ou de l’autre et écarter certains objets pour permettre au palefrenier de traverser tout l’espace en tracteur et ainsi extraire aisément le fumier. De même, l’écurie des mâles offre toutes les commodités d’une station d’étalonnage moderne, une salle permettant de stocker la semence de tous les sujets dans de grands barils. La proximité des espaces et la facilité de manipulation des chevaux facilitent la vie de tout le monde à Bears. 

Travailler sept jours sur sept durant la saison de reproduction exige une grande motivation, mais cette tâche n’est pas un fardeau pour la famille van de Lageweg. De fait, tous ses membres partagent une même passion de l’élevage, de la gestion et de la vente de chevaux, et semblent même avancer comme un seul homme. D’ailleurs, tous vivent tout près des écuries, chacun dans leur maison. En observant les murs de l’ancienne écurie des juments, il est difficile de croire que cet endroit était encore utilisé par des vaches laitières il y a quarante-cinq ans. À l’époque, la famille van de Lageweg vivait de l’autre côté de la route. Jeune, Wiepke devait aller chercher les vaches avant et après l’école. Il a accompli cette tâche jusqu’à la fin de ses études, à l’âge de seize ans, avant de se lancer dans les affaires en tant que marchand de bétail. Il devait alors assurer la traite des vaches tout en vendant des bovins. 

En fait, la carrière de Wiepke ressemble beaucoup à celle de Paul Schockemöhle, qui a également créé une société de commerce - de volaille en ce qui le concerne - avant de se réorienter dans le secteur du cheval. Aujourd’hui, ces deux hommes sont devenus des icônes dans le monde entier, ayant fait fortune dans l’élevage, l’étalonnage et le commerce de chevaux. Ils partagent cette insolente réussite, mais aussi un sens exceptionnel pour déceler les meilleurs chevaux. Plus étonnant encore, ces deux hommes sont nés exactement le même jour, le 22 mars 1945. À croire que les étoiles de la galaxie du cheval devaient être alignées ce jour-là! 

Nimmerdor, le premier ambassadeur de VDL 

Wiepke van de Lageweg a acheté son premier cheval en 1972, et s’est vite rendu compte qu’il ne présentait pas les qualités qu’il recherchait. Profitant de son œil et de son sens du cheval, il a commencé à observer les montures de sport sur les marchés et les terrains de concours. En 1974, il a fini par découvrir un premier cheval ayant quelque chose de vraiment spécial : Nimmerdor. Construire un si grand et influent haras en seulement quarante-cinq ans reste un incroyable accomplissement pour un homme parti de rien. En fait, Wiepke van de Lageweg - dont le nom de famille a donné à l’entreprise son sigle VDL - a toujours su ce qu’il voulait: le meilleur du meilleur sinon rien. Pour lui, rien d’autre ne vaut la peine d’être utilisé à l’élevage. Et il s’est souvent obstiné pour l’obtenir. Tel a été le cas avec Nimmerdor, son premier étalon. Né en 1972, Nimmerdor a été présenté en 1974 lors d’un concours de jeunes mâles. C’est là que Wiepke van de Lageweg l’a vu pour la première fois. Ébahi par ce petit étalon, il a tout de suite su qu’il l’achèterait. 

Quelques jours plus tard, il s’est rendu chez le propriétaire du cheval sans avoir pris rendez-vous avec lui. Il a alors sonné à sa porte et dit à son interlocuteur étonné toute l’admiration qu’il avait ressenti lors de ce fameux concours. Seulement, à ce moment-là, Nimmerdor n’était pas à vendre. Qu’importe, Wiepke van de Lageweg n’a pas abandonné. Invité à prendre le café, il a profité de l’occasion pour tenter de convaincre l’éleveur expérimenté. Il ne lui a pas fallu longtemps pour soulever la question fatidique: “Combien voulez-vous pour ce cheval ?”. Insistant et persistant, il a fini par acquérir Nimmerdor pour la somme de 25 000 florins, soit environ 11 500 euros. Cet épisode illustre parfaitement comment l’homme a bâti sa florissante entreprise, faisant toujours confiance aux chevaux et luttant sans relâche pour offrir à ses étalons la reconnaissance qu’ils méritent. Ainsi, lorsque Cardento n’a pas été approuvé à la reproduction lors de sa première demande, son propriétaire l’a tout simplement présenté ailleurs. Il lui a fallu consentir bien des efforts pour y parvenir, et sa persévérance a payé. D’ailleurs, le gris a récemment été nommé meilleur étalon de l’année en Suède pour la sixième fois. Bien sûr, tout ne fonctionne pas toujours aussi bien. Il y a aussi des moments où Wiepke croit percevoir un grand potentiel chez un jeune cheval, qui ne confirme finalement pas le bien qu’il pensait de lui. Néanmoins, cet authentique terrien a bien souvent eu raison de suivre son instinct, se battant pour un trésor qu’il pouvait sentir avant que d’autres ne le voient. 

En ce qui concerne l’élevage, Wiepke van de Lageweg a surtout misé sur l’influence maternelle. Ainsi, les lignées des juments élevées et valorisées par VDL sont exceptionnelles. La famille néerlandaise élève selon le principe que seul le meilleur est assez bon, ce qui signifie évidemment le meilleur de toutes les races. Le Selle Français et le Holstein étant reconnus de longue date pour produire d’excellents sauteurs, il n’est pas surprenant de constater que les courants de sang de ces deux races ont été largement utilisés par VDL. 

À partir de deux juments provenant du Holstein, dont une dénommée Hyazinthe (Ladykiller, Ps x Fasching), Wiepke van de Lageweg a construit son élevage sur de fantastiques fondations. Croisée à Nimmerdor, en 1982, Hyazinthe a notamment donné naissance à Ahorn, l’un des étalons les plus adorables qui soient. Par la suite, d’autres incroyables lignées ont rejoint les juments bases de l’élevage. Un regard sur les pedigrees des autres mères confirme l’exigence d’excellence du haras : Chin Chin x Ahorn, Indorado x Nimmerdor, M. Blue x Chin Chin, Corland x Indoctro, Bacardi x Stakkato, etc. Ces courants de sang sont notamment croisés à ceux de Bubalu, Emilion, Arezzo et Harley. Le piquet de cinquante étalons appartenant à VDL est tout aussi impressionnant. La plupart d’entre eux sont nés sur place ou ont été achetés poulains. Une telle réussite repose sur un vrai sens de la qualité. En effet, un excellent pedigree ne garantit ni le succès sportif ni les qualités amélioratrices d’un mâle. Ce regard aiguisé, Wiepke van de Lageweg semble l’avoir transmis à ses fils.



Trois mille juments saillies par an!

Chez VDL Stud, les chevaux sont pris en charge dans la propre clinique vétérinaire de l’établissement, construite à côté des écuries. Dans le passé, alors que le nombre de chevaux stationnés sur place ne cessait de grandir, les visites dans une clinique extérieure devenaient de plus en plus fréquentes, ce qui demandait beaucoup de temps au personnel du haras. Aujourd’hui, grâce à cet investissement, les chevaux peuvent être traités immédiatement. Seules les opérations visant à les sauver des coliques sont encore effectuées dans une clinique spécialisée. Quelque trois mille juments sont saillies chaque année chez VDL Stud. Ces dernières années, les étalons les plus demandés ont été les plus anciens comme Kannan (KWPN, Voltaire x Nimmerdor), ou les valeurs montantes en concours telles que Comme Il Faut (Westph, Cornet Obolensky et Ratina Z par Ramiro). “Il y a dix ou vingt ans, les éleveurs étaient beaucoup plus intéressés par les jeunes étalons. Quoi qu’il en soit, il faut leur donner une chance de prouver leur qualité”, argue Janko van de Lageweg. Parmi les autres étoiles de son catalogue, l’étalonnier cite Harley, très populaire aux Pays-Bas après avoir accompli une bonne carrière internationale avec l’Irlandaise Jessica Kürten. 

Pour assurer leur promotion en Europe et dans le monde entier, les étalons VDL sont tous valorisés en compétition. Même si la famille van de Lageweg aime profondément les chevaux, aucun de ses membres n’a fait carrière dans l’équitation. Ils préfèrent confier leurs cracks à de grands cavaliers tels que Jur Vrieling, avec lequel ils collaborent depuis longtemps. De fait, le pilote établi à une centaine de kilomètres à l’est de VDL Stud a rencontré un grand succès avec des chevaux nés à Bears, dont il s’efforce de tirer le meilleur en compétition. On citera en premier lieu la médaille d’argent par équipes qu’il a décrochée aux Jeux olympiques de Londres avec le génial Bubalu, également médaillé d’or par équipes aux Jeux équestres mondiaux de Normandie et vainqueur de la finale mondiale de la Coupe des nations à Barcelone en 2014. Avec Zirocco Blue, sacré champion d’Europe par équipes à Aix-la-Chapelle en 2015, se classant cinquième en individuel, il a participé à ses deuxièmes Jeux olympiques à Rio de Janeiro. Hélas, rien ne s’y est passé comme prévu, l’étalon accumulant les refus et son cavalier étant même disqualifié en individuel pour usage abusif de sa cravache… Quelques mois plus tard, alors que l’étalon a rejoint le haras, personne ne dit vraiment comprendre ce qui s’est passé à Deodoro… Très fier de la confiance que la famille van de Lageweg a placée en lui, Jur Vrieling a même offert sa médaille olympique à Wiepke. “Jur est une personne reconnaissante”, salue son fils Janko.

L’autre clé de l’incroyable succès du clan van de Lageweg réside dans une organisation sans faille. Chacun de ses membres est responsable de plusieurs pays, dans lesquels les relations avec les éleveurs sont soigneusement gérées. Ainsi, ils voyagent tout au long de l’année pour rendre visite à des clients, serrer des mains, discuter des évolutions de la génétique et observer les produits de leurs étalons, tout en tissant des liens forts bénéficiant à toutes les activités de l’entreprise. Tandis que Janko s’occupe des États-Unis, du Canada et de la Nouvelle-Zélande, son père a pris en charge les relations de VDL avec les éleveurs d’Amérique du Sud. Pendant que ces deux derniers parcourent le monde, Wiebe et Sipko van de Lageweg assurent la gestion quotidienne du haras et les relations avec les éleveurs européens. L’élevage est une affaire de cœur pour ces passionnés, et il va sans dire que la semence est livrée en personne aux éleveurs installés près de Bears. Ainsi, lorsque Janko récupère la semence fraîche fournie chaque jour à 16h par le vétérinaire du haras, il saute dans sa voiture et assure lui-même les livraisons les plus proches. 

Sur des écriteaux de bois accrochés à la façade de la plus ancienne maison du haras, on peut lire cette belle phrase en frison occidental, une langue encore parlée dans cette région septentrionale des Pays-Bas : “Gardez vos mains sur la charrue et vos yeux à l’horizon”. Janko van de Lageweg attire l’attention de ses visiteurs sur ces mots, ajoutant que ces panneaux autrefois accrochés à l’ancienne résidence ont été repositionnés là lorsque son père a fait construire les bâtiments les plus récents. Ce dicton signifie beaucoup pour lui au point d’avoir guidé toute son œuvre. Travailler dur sans se fatiguer, et ne jamais se détourner de son objectif. Cette philosophie s’appliquant aussi bien à l’élevage et au commerce de chevaux qu’à toute autre entreprise, la famille van de Lageweg la fait sienne chaque jour.

Cet article est paru dans le magazine GRANDPRIX heroes n°99.

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