Requiem en Lou Mineur, ce petit crack qui a tout d’un grand

Requiem en Lou Mineur, fantastique poney B au nom musical, a marqué l’histoire avec un triplé au Sologn’Pony à quatre, cinq et six en finale du Cycle classique Jeunes Poneys. Édith Bonnard, sa naisseuse et propriétaire, a évoqué avec Pauline Parent, cavalière formatrice de l’étalon aujourd’hui âgé de quinze ans, l’évolution et les performances de ce fils d’Amir de la Rochère, terriblement attachant et polyvalent. 



Lors du Sologn’Pony 2020, Requiem en Lou Mineur (PFS, Amir de la Rochère x Malik de Tyv), magnifique poney B d’1,30m, s’est adjugé le titre de champion de France E1. Il était associé à Coline Bonnard, la fille cadette d’Édith, naisseuse et propriétaire de ce crack. Le couple a réalisé trois parcours sans faute, dont son barrage conclu en 32’’41. Une satisfaction légitime, alors qu’ils évoluaient à la modeste hauteur de 70cm il y a un an. “C’était la première année qu’elle le montait, donc finir championne de France sur des parcours à un mètre est assez impressionnant. Elle était un peu stressée le premier jour avec son petit poney au milieu d’adultes et poneys hors-taille. Mais le deuxième jour, elle était au top!”, raconte avec fierté sa mère. “Cette médaille démontre que Requiem répond toujours présent, même avec une petite fille.” Ce championnat a été l’occasion de retrouvailles entre la famille Bonnard et Pauline Parent, cavalière des débuts de l’étalon, et qui essaie régulièrement d’accompagner son ancien complice aux championnats de France avec ses petites pilotes. “C’était un moment d’émotion, j’ai versé ma petite larme”, avoue-t-elle au sujet du nouveau titre de champion de France de Requiem. 

Requiem peut se targuer d’un palmarès exceptionnel, récompensé de cinq médailles obtenues à Lamotte-Beuvron. En plus d’un triplé historique à quatre, cinq et six ans avec Pauline Parent sur le Cycle classique Jeunes Poneys de la Société hippique française, il a également été vice-champion de France en Poneys Élite B avec Leïlou, la fille aînée d’Édith Bonnard, en 2014, ainsi que champion de France par équipes en Poneys 3 C avec Romane Pintard en 2017. Une carrière sportive qu’il mène avec brio en parallèle de sa carrière d’étalon. “Il gère très bien les deux”, explique sa propriétaire. “Il ne perd pas d’état du tout. Il saillit le matin et peut aller en concours dans la foulée. Sur les terrains de concours, personne n’a l’impression que c’est un entier. Il est parfaitement éduqué et bien dans sa tête.” 

Pauline Parent revient sur ses trois titres avec Requiem. “Il a réussi une très bonne saison à quatre ans, malgré une élimination car il était malade ce jour-là. Au Sologn’Pony, pour la finale des Quatre ans B, nous avons dû dérouler une reprise de dressage. C’était un peu la découverte! Tout s’est bien passé, il a juste obtenu une mauvaise note au modèle. Il n’était pas particulièrement joli, mais efficace. Il a réussi le seul double sans-faute de la finale et obtenu la mention Élite. Nous ne nous y attendions pas, mais il a gagné !” Bis repetita à cinq ans. “Il a réalisé à nouveau un double sans-faute et a obtenu 17 en dressage et style, soit la meilleure note toutes tailles confondues. Le jour de la finale, nous avions un peu plus de pression que l’année précédente, car nous avions déjà un titre en poche et nous étions en tête au provisoire. Et il s’est montré très appliqué!” À six ans, il y a eu plus de péripéties, mais Requiem a prouvé qu’il était hors du commun. “Il est sorti dans des épreuves à 1m en saut d’obstacles avec une facilité déconcertante, donc nous avons décidé de le surclasser. C’était audacieux, avec des cotes à 1,05m pour les Six ans C. Au Sologn’Pony, il a concédé un malheureux quatre-points en début de tour à la suite d’une touchette, puis un sans-faute en deuxième manche. Nous étions en tête au provisoire, avec une barre d’avance. En finale, je le sentais fatigué à la détente. En piste, je ne l’ai pas reconnu. Il était redevenu un poulain, sur l’œil. Sur l’obstacle 2, il s’est arrêté puis il a sauté de pied ferme. Il a été regardant tout au long du parcours. Il avait dû ressentir mon stress en plus de la fatigue... Ce n’était pas notre parcours le plus plaisant mais il n’a touché aucune barre. Finalement, le moment d’hésitation en début de parcours n’a pas été comptabilisé. Personne d’autre que nous n’avait été sans faute, alors nous avons remporté le titre!”



La polyvalence comme maître-mot

Passionnée, Édith Bonnard n’est pas issue du milieu agricole. Ingénieure de formation, elle a enseigné pendant quatre ans à la Maison familiale rurale (MFR) de Vézénobres, dans le Gard, où est d’ailleurs né Requiem. Étalon de l’élevage de Lou - orienté vers les poneys B car il y a peu d’herbe dans les Cévennes –, un nom en référence à sa première fille Leïlou, ce dernier est son premier poulain et “le poney de ma vie! J’ai d’abord fait uniquement de l’élevage, puis j’ai passé mes BP JEPS pour pouvoir avoir une petite structure d’enseignement qui me permet de valoriser mes poneys.” La mère de Requiem, Volta V, est une jument de club qu’elle a achetée alors qu’elle avait déjà quinze ans. “J’ai choisi Amir de la Rochère, un étalon pas trop gros pour un premier poulinage tardif. Il a une production confidentielle, mais ses descendants sont très bons”, détaille Édith. Poulain, Requiem était indépendant et montrait déjà des prédispositions au saut d’obstacles. “Chez nous, le terrain est pentu, aménagé en terrasses. Il les a toujours sautées, en montée comme en descente. Je savais donc qu’il sauterait (rires).”

En 2008, c’est en cherchant une petite cavalière avec un bon niveau pour valoriser son étalon et le faire approuver qu’elle fait la rencontre de Pauline Parent, alors âgée de seize ans. “J’ai tout de suite vu un grand Shetland avec pleins de crins partout”, rigole aujourd’hui la jeune femme. “C’est un peu le poney qui a marqué ma vie de cavalière.” Le couple débute alors tranquillement le travail, notamment à l’obstacle. “Il n’était pas mauvais mais à trois ans et demi, il est difficile de se rendre compte des capacités d’un poney de cette taille”, précise Pauline. Au printemps 2009, Pauline et Requiem débutent la compétition sur le circuit SHF. “Avec Édith, comme nous découvrions ce milieu, nous sommes arrivées en mode “touristes”, avec un poney pas tondu, sans fer (ce qui est toujours le cas aujourd’hui, ndlr), une crinière longue sur laquelle nous faisions une tresse d’étalon. Le poney était imperturbable, appliqué au travail. À l’époque, nous travaillions encore dans un champ car Édith n’avait pas encore sa structure de club!” 

Au quotidien, Requiem profite de l’air des Cévennes. “Il a son paddock, qui surplombe les autres, c’est un peu le surveillant des écuries!”, explique Édith. “Coline l’a beaucoup fait travailler pendant le confinement, mais c’est un poney qui n’a pas besoin de cela, ni de beaucoup répéter. S’il rate la première fois, il le fait bien la deuxième fois et c’est acquis. En plus, aujourd’hui à quinze ans, il connaît son travail. Actuellement, ma fille pratique l’équifeel avec lui. Il va également beaucoup en extérieur ou sur la piste de galop. Bien évidemment, ils font du dressage ou du saut, mais Requiem n’a jamais sauté plus d’une fois par semaine dans sa vie.” Le mâle se démarque aussi par sa polyvalence. Rustique, il a fait du TREC, du concours complet et du dressage en compétition! “Je n’ai jamais essayé de l’atteler, mais je pense qu’on peut tout faire avec lui”, juge Édith. “Il a suivi quelques cours avec Alizée Froment, alors sélectionneuse de l’équipe de France de dressage Poneys. Elle l’avait trouvé extraordinaire. Même en dressage pur, Requiem aurait les moyens de concourir à haut niveau, car il a notamment un trot élastique avec du rebond. En concours complet, il a obtenu des 10/10 pour l’allongement au trot! Il est volontaire et généreux. Il a tous les moyens, autant en dressage qu’en jumping. C’est un crack comme il y en a peu dans une génération. Il a une intelligence de la barre que j’ai rarement retrouvée chez un poney. Il est extraordinaire et l’a prouvé”, raconte avec admiration Pauline. 

 

Poulain, Requiem était très indépendant. Crédit: collection privée.

 

 


 




“Nous ne pouvons qu’aimer Requiem”

Requiem a également réalisé une carrière remplie de succès en complet. Ainsi, il a débuté en Club 3 dès l’automne de ses quatre ans. Il a fait la fierté de son entourage, remportant alors l’épreuve en étant en tête dès le dressage. Engagé en Club 2 peu après, il a malheureusement été éliminé sur le gué. “C’est sa bête noire, et son seul point faible en complet, donc nous avons décidé de le travailler. Il faut de la conviction et l’aider, mais il le passe très bien l'eau aujourd’hui”, explique Pauline. “Ce jour-là, il s’est arrêté sur un coffre à l’entrée du gué et je suis tombée sur les pieds juste devant le gué. C’était ma première et seule chute avec Requiem!” Tout du long, avec Pauline puis Leïlou, Requiem a enchaîné les bons classements dans cette discipline exigeante, en étant très bien noté au dressage, régulier en saut et, une fois passé le gué lors du cross, “c’était un vrai petit avion!” Si Édith et Pauline avaient un temps envisagé de lui faire courir la finale des Six ans D à Pompadour, Requiem ayant remporté les deux épreuves auxquelles il avait participé, cela n’a finalement pas été possible car le règlement de la SHF n’autorise pas à surclasser un équidé de deux catégories.

Il a ensuite couru une saison complète en catégorie E1. “En 2012, le championnat a été décevant car il a été éliminé sur le cross alors qu’il était très bien classé. Le tour était difficile”, se souvient sa cavalière de l’époque. “Requiem est aussi sorti en Amateur 2, où il a signé à chaque fois un double sans-faute, malgré quelques points de temps lors du cross car je ne galopais pas assez, comparé aux foulées des chevaux. Il n’avait peur de rien, il était très volontaire.” Cette période n’a pas laissé que de bons souvenirs à l’étalon, qui s’est fait un jour une grosse frayeur au paddock de détente. “Quand nous avons débuté le complet en épreuves Club, au milieu des chevaux, les cavaliers n’étaient pas toujours attentifs à la détente. Un cheval qui galopait à fond avant d’aller sur le cross a coupé la route à Requiem. Il devait faire 1,80m et est passé à deux centimètres de lui! Maintenant, lors des détentes, il garde cette appréhension des grands chevaux donc ses petits cavaliers doivent être prudents. Cette situation l’a traumatisé”, révèle Pauline. 

L’enjeu pour Édith Bonnard a été de faire approuver Requiem en tant qu’étalon par le stud-book du Poney Français de Selle, pour ainsi développer son élevage de Lou. Recalé à cinq ans à cause de son modèle – “tardif physiquement, il n’était pas forcément le plus beau des étalons, mais il était cependant performant, avec un bon mental et se déplaçait bien” – il a finalement été approuvé après son triplé historique, à l’âge de six ans. “Requiem transmet à tous ses produits de nombreuses qualités, comme la facilité d’utilisation sous la selle des enfants et la technique de saut”, aux dires de son éleveuse. “Je le croise avec toutes sortes de mères, et ses poulains savent toujours sauter avant d’avoir appris à le faire.” Parmi ses meilleurs produits, on retrouve Ulina du Lou (PFS, mère par Tancarville, IPO 138 en 2019), présentée en Grand Prix Poneys par Leïlou et championne de France As Poneys 2D Cadets en 2018. Victime pouliche d’une arthrite infectieuse au jarret, elle aurait dû être condamnée mais s’est remise avec une force de caractère exceptionnelle. Elle est la première fille de Requiem de taille D. Avec la suppression du circuit SHF dédié aux poneys B et le peu d’épreuves labellisées par la Fédération française d’équitation, l’orientation de l’élevage de Lou évolue. “Je m’oriente vers les poneys D pour être plus remarquée. Requiem saillit désormais des petites juments de sport, pour faire naître des poneys D qui concourront, je l’espère, en Grands Prix.”

Malgré toutes ses qualités, Requiem n’a pas connu de carrière en Grands Prix de saut d’obstacles. Cela aurait été un peu audacieux pour un poney B, même si “il saute sa taille à la maison, sur un obstacle. Je ne veux pas l’engager sur un parcours si gros. C’est un poney qui est indicé tous les ans depuis ses quatre ans (IPO 144 en 2011, ndlr), mon but n’est pas de l’abîmer”, tranche Édith. “Nous avons quand même pour objectif avec Coline de concourir éventuellement en As Poney 2, si tout continue de bien se passer entre eux. Nous savons qu’il peut le faire, mais sa cavalière n’est pas très expérimentée.” Il est déjà acté que Requiem restera pour toujours aux côtés de la famille Bonnard. “Coline a une petite sœur de huit ans, Romane, qui attend son tour. Mes filles sont à chaque fois impatientes de récupérer les rênes de Requiem et elles se mettent en même temps beaucoup de pression.” Alors qu’il reste encore à Requiem de belles années devant lui, son avenir est déjà tout tracé pour Édith. “Si Requiem est prêt à arrêter le sport après avoir concouru avec Romane, je pense qu’il finira ses jours dans un troupeau. Il adore les poulains, donc il vivra avec une ou deux poulinières et les bébés à l’année. Mais nous n’y sommes pas encore!”

“Requiem est une belle histoire de famille. Je crois que nous pouvons le dire, il est le poney d’une vie. Nous ne pouvons que l’aimer”, conclut Pauline Parent, un sourire dans la voix.