Alan Wade, l'Irlandais qui a séduit les États-Unis en 2018

Chef de piste attitré de son cher CSIO 5* de Dublin depuis onze ans, ainsi que de la finale de la Coupe du monde Longines disputée à Omaha en 2016, Alan Wade a séduit les États-Unis en 2018 à l’occasion des Jeux équestres mondiaux de Tryon, où il avait officié. Portrait d’un quadragénaire irlandais qui plaît à l’Amérique.



© Christophe Bricot/FEI

Son accent chantant, son amour du pays, son honnêteté et sa discrétion font d’Alan Wade un authentique Irlandais. Né en 1970 à Tipperary, à deux cents kilomètres au sud-ouest de Dublin, le Celte a toujours baigné dans le milieu des chevaux. Ancien cavalier professionnel, son père, Tommy Wade, officiait occasionnellement en tant que chef de piste dans des concours locaux, tout comme sa mère. “Je suis né dans le saut d’obstacles!”, s’exclame-t-il. “J’ai évidemment monté à poney et évolué en compétition pendant quelques années, mais je suis bien meilleur chef de piste que cavalier. Quant à eux, mes frères Robert et Ronan et ma sœur Maria ont longtemps continué l’équitation.” 

Par le biais de connaissances de son père, le jeune Alan, alors à peine âgé de douze ans, assiste les chefs de piste de sa région et apprend à leurs côtés. “J’aimais déjà tellement ça à l’époque”, se rappelle-t-il. “Pourtant, ce n’était pas une vocation dès le départ. D’ailleurs, j’ai bâti mon système assez tard. Je savais que la vie de cavalier était difficile et que j’aimais davantage œuvrer en coulisses qu’être surle devant de la scène, mais je ne pensais pas du tout devenir chef de piste!” Comptant également le soutien d’Avril Busteed, tante du célèbre cavalier irlandais Billy Twomey, le précoce course designer, membre de l’Association nationale des chefs de piste, arpente les terrains de concours locaux puis nationaux, développant ses facultés et connaissances à très vive allure. 

Au début des années 2000, à l’occasion des British Masters de Cheshire, Alan Wade est nommé assistant de Bob Ellis, constructeur, entre autres, des épreuves de saut d’obstacles des Jeux olympiques de Londres en 2012 et devenu un ami depuis. Respecté et réputé, bien qu’un peu plus discret ces dernières années, le Britannique propose alors au novice de dessiner lui-même une partie du tracé lors d’une épreuve internationale. Seuls cinq couples réussissant le sans-faute au terme d’un scénario palpitant, la machine est quasiment lancée.

Après avoir travaillé dans plusieurs CSI 2, 3 et 4*, en 2009, celui qui est encore trentenaire à l’époque se voit proposer d’exercer au CSIO 5* de Dublin, seul concours labellisé 5* sur l’île, par Linda Allen, en charge de l’Officiel d’Irlande et des épreuves des Jeux olympiques d’Atlanta en 1996. “Ma première à Dublin reste mon meilleur souvenir”, confie l’intéressé. “Il y a toujours une bonne dose de pression et énormément de travail, mais cela vaut le coup! En tant qu’Irlandais, c’est toujours un honneur pour moi d’officier là-bas, d’autant que la piste est magnifique. Je m’y sens à la maison, comme peut le ressentir Frédéric Cottier à La Baule ou Frank Rothenberger à Aix-la-Chapelle.” 

En 2016, après une dizaine d’années d’exercice à haut niveau, la carrière de l’Irlandais prend une nouvelle dimension. Le fin dessinateur est choisi au printemps suivant pour orchestrer la première finale de la Coupe du monde Longines organisée à Omaha, aux États-Unis. Le tout premier grand rendez-vous Seniors de l’Irlandais, qui a également officié aux championnats nord-américains Jeunes en 2015. “Même si Dublin occupera toujours une place particulière en moi, avoir construit cette finale reste également l’un de mes meilleurs souvenirs. L’ambiance était incroyable, et je travaillais pour tous les meilleurs cavaliers et chevaux du monde! Pour autant, je ne suis pas obsédé par les championnats. Ce n’était pas forcément un but. Mon seul véritable souhait était de travailler pour le CSIO 5* de Dublin.”



UN CHEF DE PISTE EN ACCORD AVEC SON TEMPS.

Coupe des nations Longines de Dublin en 2018.

Sensible aux évolutions récentes du saut d’obstacles, qui impactent intrinsèquement son métier, Alan Wade semble en totale adéquation avec son temps. “De plus en plus de cavaliers parviennent à accéder et à évoluer à haut niveau, et le rythme des compétitions s’est accru”, pose le quadragénaire. “Cependant, je reste un amoureux du circuit des Coupes des nations Longines. Pour moi, ce sont les meilleures épreuves de ce sport. J’ai beaucoup de chance d’avoir pu en construire à Dublin ou Rotterdam. De même, je respecte infiniment tous mes confrères. Ils ont tous un mérite énorme, ne serait-ce que pour avoir su développer leur propre style et leur personnalité. D’un concours à l’autre, ce n’est jamais le même concept, ce qui est très bien pour le sport! Il en va de même pour les cavaliers. Notamment grâce à mon père, je sais à quel point leur métier est dur, et je salue sincèrement leur travail.”

Le travail de cet humble quadragénaire n’a rien d’aisé non plus. Pièce maîtresse d’un concours, le chef de piste doit non seulement maîtriser ses gammes mais aussi développer de nouveaux concepts, face à une pression constante. “Le plus important pour moi est d’avoir confiance en mon travail”, dit-il simplement. “Alors je ne m’occupe pas de ce qu’il y autour. Je fais confiance à mon expérience. Par exemple, si une épreuve commence mal, il ne faut pas perdre le contrôle. Qu’elle s’achève par un barrage à deux ou quinze, le principal est que le parcours ait été fidèle à ce que vous aviez imaginé. Les cavaliers, les chevaux, le sol, le climat, tout doit être constamment pris en compte, mais on ne peut pas tout contrôler. Pour ma part, je veux surtout que les chevaux sautent bien, et qu’ils se sentent aussi à l’aise que possible.”

Père de deux filles âgées de dix-sept et quinze ans, Sarah et Maria, Alan Wade n’échangerait sa vie pour rien au monde. Mordu d’équitation mais aussi de football gaélique, le sport national en Irlande, ce travailleur acharné est parvenu à trouver son équilibre dans cette vie de globe-trotter. Le dernier point culminant de sa carrière a été les Jeux équestres mondiaux de Tryon, en Caroline du Nord, en 2018. L'Irlandais y a orchestré les épreuves de saut d’obstacles pur, mais aussi le test décisif du concours complet, en collaboration avec Steve Stephens, créateur du parc d’obstacles. “Cette proposition a été un honneur”, déclare-t-il sobrement. “Je suis vraiment reconnaissant que le comité d’organisation m’ait offert cette opportunité. Un championnat est le fruit du travail de toute une équipe!”

Cet article est paru dans le magazine GRANDPRIX heroes n°107.