Centré sur les chevaux à l’origine, l’élevage d’Odival fait désormais référence dans le monde du poney

Installés en Haute-Marne, dans le Grand-Est, Monique et Pascal Sauvage dirigent l’élevage d’Odival depuis plusieurs décennies. En tête du Top 100 SHF des naisseurs de poneys de saut d’obstacles, l’éleveur passionné fonde de grands espoirs dans deux de ses jeunes étalons qu’il a décidé de conserver, Etadam et Frenchcornet d’Odival. En parallèle, il continue à faire naître une vingtaine de poulains par an.



Pascal Sauvage fonde aussi de grands espoirs dans Etadam d'Odival, son autre étalon.

© Collection privée

Éleveur depuis près d’une trentaine d’années, Pascal Sauvage a d’abord fait naître des chevaux de sport enregistrés au Selle Français. “J’avais déjà une ponette à l’époque, que je faisais pouliner, mais je ne me rendais pas compte de sa valeur”, explique l’homme de cheval. Pour autant, face aux nombreuses difficultés rencontrées pour commercialiser ses Selle Français, il décide de vendre l’ensemble de son cheptel pour se lancer dans l’élevage de poneys. Il se rapproche alors de Christian Morel et Jean Drexler, qui dirigent respectivement les biens connus élevages de Blonde et d’Hurl’Vent, afin d’obtenir des conseils et lancer sa nouvelle activité.

Aujourd’hui, l’élevage d’Odival regroupe environ soixante équidés sur une ferme de vingt hectares, agrémentée d’une dizaine de boxes, d’un grand hangar, d’une petite carrière et d’un rond de longe. Avec l’aide de son épouse, qui gère la partie administrative de l’activité, Pascal Sauvage y fait naître entre quinze et vingt-cinq poulains par an, issus de différentes souches. Parmi elles, la lignée d’Elsatyv lui tient particulièrement à cœur. Il a ainsi récupéré une de ses filles, la toute bonne Odilone d’Odival, gratifiée d’un IPO 140 en 2009 et qui avait été vendue en Suisse. Saillie par Etadam d’Odival en 2017, elle a donné naissance l’année suivante à Ilone d’Odival, qui a elle-même été adressée à l’autre étalon maison, Frenchcornet d’Odival, en 2020. “J’avais aussi Romane d’Odival, une sœur utérine d’Odilone par Kantje’s Ronaldo”, indique le passionné d’élevage, qui compte continuer à travailler sur cette souche dans les prochaines années. 

Pour autant, c’est d’une autre origine qu’est issu le meilleur produit de l’élevage à ce jour, Vizir d’Odival. Enregistré au stud-book du New Forest, ce performer doté d’un IPO 161 l’année dernière et né en 2009 est un fils de Kantje’s Ronaldo et Lisa de l’Arbalou par Glen de l’Aumont. Très difficile à monter à l’âge de quatre ans, alors qu’il est encore entier, le bai est castré mais continue à se montrer compliqué sous la selle. Cependant, son naisseur croit beaucoup en lui, et pense connaitre une cavalière qui pourrait correspondre au poney. “J’avais vendu son demi-frère, Beyver, à la famille De Risseau. Je parlais souvent avec Madame De Risseau et lui ai dit de nombreuses fois que je pensais avoir un crack qui conviendrait à sa fille. Un beau jour, son mari m’a appelé et m’a demandé ce que c’était que ce poney. Je lui ai dit que je pensais qu’il avait le potentiel pour sauter les Grands Prix”, raconte Pascal Sauvage. Chloé De Risseau travaille alors beaucoup son nouveau complice à pied. En concours, le couple passe en un peu plus d’un an des épreuves Poney 1 à 0.90m  au niveau As Poney Elite Excellence, le plus haut en France avec des barres culminant parfois à 1.30m. “Je pense qu’il aurait pu participer aux Championnats d’Europe”, insiste le naisseur de Vizir. Il évolue désormais en concours sous la selle de Toscane Guers Jacquillat sur les épreuves As Poney 1 (1,10m), alors que l’élevage d’Odival espère accueillir son propre frère ou sa propre sœur en 2021.



“J’adore les croisements avec les chevaux”, Pascal Sauvage

Ito d'Odival a été approuvé étalon lors du dernier Sologn'Pony.

© Collection privée

L’an prochain, la structure haut-marnaise devrait voir un bon nombre de produits de ses deux jeunes étalons phares pointer le bout de leur nez, puisque quatre poulinières sont pleines d’Etadam d’Odival, et autant de Frenchcornet. Vice-champion des Poneys Français de Selle en 2017, neuvième du Critérium des 6 ans D cette année et déjà doté d’un IPO 130, le premier cité est un pur produit de l’amitié qui lie Pascal Sauvage et Christian Morel. “Quand je cherchais des ponettes, j’ai demandé à Christian Morel si Barby de Blonde était à vendre. Il a accepté de me la céder pour faire de l’élevage”, explique le naisseur de Vizir. Après avoir croisé cette nouvelle poulinière avec Machno Carwyn puis Sir Raspoetin Tilia, c’est Vito, un reproducteur de l’élevage de Blonde qui est choisi pour la baie. “Comme Vito de Blonde avait été approuvé, Christian Morel voulait l’envoyer à la congélation. Il m’intéressait pour la reproduction, alors je lui ai proposé de payer une partie des frais, puis j’ai fait inséminer Barby avec la semence de Vito”, expose l’éleveur. Ce croisement donnera naissance à Etadam en 2014, puis à Ito d’Odival, quatre ans plus tard. Ce dernier a été approuvé étalon lors du dernier Sologn’Pony, grâce à son classement sur le podium du Championnat de France des deux ans mâles.

Comme Frenchcornet d’Odival, qui terminait troisième du Critérium des 5 ans D à Lamotte-Beuvron, Etadam appartient toujours à son naisseur, qui utilise beaucoup la génétique de ces deux mâles mais ne gère pour autant pas leurs carrières d’étalons. À l’instar des quelques produits de son élevage qu’il conserve après leurs quatre ans, il les fait par contre valoriser, par le Normand Mathieu Laisney. “Je suis dans le Grand-Est, mais je les mets en premier lieu dans ses écuries car c’est un vrai homme de cheval. Par ailleurs, les nombreux concours qui ont lieu près de chez lui me permettent de limiter les coûts de valorisation, notamment les frais kilométriques et les locations de boxes”, explique l’éleveur. 

Toujours désireux de faire naître les meilleurs poneys, Pascal Sauvage a mis vingt-cinq juments à la reproduction cette année. Outre les huit poulains attendus de ses jeunes étalons, l’éleveur a utilisé Eye Catcher de l’Ourcq, champion des mâles PFS de trois ans en 2017, Daoh du Paradis et Ganay de Choc. “J’adore aussi les croisements avec les chevaux”, avoue-t-il par ailleurs. En 2021, des produits de Balou Star et Conte Bellini - croisés avec des ponettes welshes - devraient voir le jour, ainsi qu’un descendant du BWP Pegase van’t Ruytershof, qui ramènera le sang de Cornet Obolensky, qui a déjà réussi au Haut-Marnais en lui donnant son Frenchcornet d’Odival. S’il prête une grande attention à la qualité des étalons qu’il emploie, celle des poulinières est également très importante pour l’éleveur. “Si la souche est bonne, cela compte pour moi”, explique-t-il. “Je regarde aussi le modèle et le caractère, car même si les poneys qui sautent les plus grosses épreuves ont une forte personnalité, il ne faut pas oublier que nos produits sont destinés aux enfants.

Pour autant, les origines ne font pas tout. L’éleveur a tendance à considérer que “la carrière d’un poney ou d’un cheval se joue principalement après, selon la maison dans laquelle le cheval se retrouve.” Et d’ajouter : “Il arrive parfois qu’un poney soit chez des gens qui n’ont pas le niveau nécessaire pour exploiter tout son potentiel.” Concernant les ventes, justement, la crise sanitaire a gelé les transactions pendant quelques mois. Cependant, pour le Haut-Marnais, le commerce est “reparti de plus belle”. “Si vous me dites aujourd’hui que vous voulez faire l’achat d’un poney de trois ou quatre ans, je ne peux pas vous en fournir car ils sont tous vendus”, affirme-t-il. Une constatation encourageante à l’heure où beaucoup s’inquiètent de l’impact négatif de la pandémie mondiale de Covid-19, qui a mis la santé économique de bon nombre d’entreprises à rude épreuve.