Vivaldi, quatre saisons et bien plus encore

Rares sont les étalons qui, comme Vivaldi, peuvent revendiquer une descendance hégémonique dans une équipe nationale. Véritable coqueluche du public néerlandais, cet alezan de dix-huit ans a su transmettre sa locomotion spectaculaire, contribuant à moderniser la production du stud-book KWPN avec Gribaldi, Jazz ou encore Negro. Direction les Pays-Bas, à la découverte de l’histoire, du parcours et de la famille de Vivaldi.



Vivaldi est un fils de Krack C, huitième des Jeux équestres mondiaux de Jerez de la Frontera en 2002 avec la mythique championne Anky van Grunsven.

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Vivaldi (KWPN, Krack C x Jazz) a vu le jour le 9 juillet 2002 sous le nom de Vivaldi Utopia chez Anton Versantvoort, à Sint-Oedenrode, au cœur du brabant septentrional néerlandais, entre Bois-le-Duc et Eindhoven. L’histoire de celui qui deviendra l’un des plus grands reproducteurs du studbook KWPN a débuté quatre ans plus tôt, en 1998, lorsque l’éleveur amateur a fait l’acquisition de Renate-Utopia.

Fille KWPN de Jazz, qui était alors l’un des étalons de dressage les plus en vue, elle a remplacé l’une des premières poulinières du Néerlandais. Né en 1991, approuvé au KWPN en 1994, membre de l’équipe néerlandaise aux Jeux équestres mondiaux de Jerez de la Frontera en 2002, Jazz est aussi le père du légendaire Parzival, ancien crack de la Néerlandaise Adelinde Cornelissen, avec laquelle il a été médaillé d’argent individuel et de bronze par équipes aux Jeux olympiques de Londres en 2012, champion du monde par équipes en 2010 à Lexington puis double médaillé de bronze en 2014 à Caen, ainsi que quintuple médaillé d’or aux championnats d’Europe ou encore double vainqueur de la Coupe du monde en 2011 et 2012. Jazz a également donné Glock’s Johnson TN (KWPN, mère par Flemmingh), champion d’Europe par équipes et médaillé de bronze du Grand Prix Spécial en 2015 à Aix-la-Chapelle avec le Néerlandais Hans Peter Minderhoud, Wynton (KWPN, mère par Matador), vu à un bon niveau sous la selle de la Néerlandaise Madeleine Witte-Vries, Glock’s Tango (KWPN, mère par Contango), finaliste de la Coupe du monde en 2012 à Bois-le-Duc avec le même Hans Peter Minderhoud, Orion (KWPN, mère par Consul), sélectionné pour les JO de 2008 à Hong Kong avec la Canadienne Leslie Reid, Umbro (KWPN, mère par Juventus), quinzième de la finale de la Coupe du monde en 2016 à Göteborg avec l’Australienne Mary Hanna, Unlimited (KWPN, mère par Winckenburgh), ancienne monture de l’Américaine Stéphanie Peters et de Madeleine Witte-Vries, Toots (KWPN, mère par Havidoff), formé par la Néerlandaise Imke Bartels et sélectionné aux JO de Rio en 2016 avec la Japonaise Akane Kuroki, Next One (KWPN, mère par Le Mexico), ex-monture du Néerlandais Edward Gal, Nartan (KWPN, d’une mère par Le Faquin), septième de la finale de la Coupe du monde en 2007 à Las Vegas avec la Néerlandaise Jeannette Haazen, ou encore Bonzanjo (KWPN, mère par Contango), performant jusqu’au niveau Grand Prix avec le Néerlandais Diederik van Silfhout. Disparu en début d’année, Jazz tenait encore la tête du classement 2019 des meilleurs pères de gagnants internationaux en dressage établi par la Fédération mondiale de l’élevage de chevaux de sport (WBFSH).



Saint Georges et puis c’est tout

Darla-Utopia (KWPN, Ulft x Duc de Normandie), la mère de Renate-Utopia, est issue d’Ulft (KWPN), connu notamment pour être le père du légendaire Ferro. Il est le produit d’un croisement entre le Selle Français Le Mexico (SF issu de Mexico, propre frère de Furioso II, et d’une fille de Brûle Tout) et une mère par Pericles (Ps, Relic x Gig Game). En 2001, alors que Renate-Utopia est âgée de trois ans, l’éleveur décide, une fois son débourrage terminé, de la croiser avec Krack C (KWPN, Flemmingh x Beaujolais), étalon alors très en vogue aux Pays-Bas. Né sous le nom de Kevin VB, disparu en 2017 à l’âge de vingt-cinq ans, Krack C fut l’un des chevaux les plus marquants de la carrière de la mythique Anky van Grunsven. Vainqueur du championnat néerlandais des Jeunes Chevaux en 1996 et 1997 avec Nick Wagman, le bai avait rejoint les écuries de la championne en 2000, qui l’avait d’abord confié à un certain Hans Peter Minderhoud, alors cavalier dans ses écuries. Après des débuts flamboyants au niveau Grand Prix en 2002, Anky van Grunsven et Krack C ont pris part aux Jeux équestres mondiaux de Jerez de la Frontera la même année, terminant huitièmes en individuel. Comptant une vingtaine de fils approuvés, Krack C demeure aujourd’hui encore très influent dans la production de chevaux de dressage. Outre Vivaldi, il est aussi le père de Don Juan de Hus (KWPN, mère par Jazz), United (KWPN, mère par TCN Partout), Tuschinski (KWPN, mère par Pion), Trento B (KWPN, mère par Ramiro) et Dorado (KWPN, mère par Rousseau).

En 2004, Anton Versantvoort présente Vivaldi à l’approbation du stud-book KWPN, à Bois-le-Duc. À cette occasion, Joop van Uytert et Ad Valk, étalonniers bien connus pour avoir repéré quelques-uns des plus influents étalons de l’élevage KWPN, comme Gribaldi (Trak, Kostolany) ou Apache (KWPN, UB 40 x Krack C), le découvrent et l’acquièrent sans attendre. Vivaldi prend la troisième place du concours d’approbation, remporté par Verdi V (KWPN, Jazz x Flemmingh), renommé Johnson, puis Glock’s Johnson, devant Valeron (KWPN, Sandro Hit x Houston), futur partenaire de l’Allemande Bernadette Brune au niveau Grand Prix. Vivaldi reste à proximité de Bois-le-Duc, rejoignant les autres mâles de Joop van Uytert, à Heerewaarden, au bord de la Meuse. Les étalonniers décident ensuite de le confier à Hans Peter Minderhoud. Après une deuxième place glanée dans le championnat néerlandais des chevaux de cinq ans, ils évoluent ensemble jusqu’au niveau Saint Georges. L’année 2013 marque cependant la fin de la carrière sportive de Vivaldi, qui se consacre exclusivement à la reproduction par la suite. En cette même année, il est l’étalon comptant le plus de fils présentés à l’approbation du KWPN. Il marque alors sa production par la qualité et parfois l’exubérance de son trot. Cette aptitude a d’ailleurs valu à Vivaldi de remporter trois fois à l’applaudimètre le trophée VHO, une compétition/spectacle réservée aux étalons de Petit Tour comme savent les organiser les Néerlandais.

Dès 2007, ses premiers fils sont eux aussi admis à la reproduction. Parmi eux, Vitalis (KWPN, mère par D Day) a certainement été le plus remarqué grâce aux shows d’étalons où il s’est produit avec l’Allemande Eva Möller et la Norvégienne Isabel Freese. On peut également citer Livaldon (Han, mère par Donnerhall), Geniaal (KWPN, mère par Biotop), qui évolue désormais avec le jeune Alexander Helgstrand, fils du cavalier marchand Andreas Helgstrand, Vivino (Han, mère par Dancier), Viva Gold (Old, mère par For Romance I), Eye Catcher (KWPN, mère par TCN Partout), double médaillé de bronze aux championnats du monde Jeunes Chevaux avec la Néerlandaise Kirsten Brouwer, Desperado (KWPN, mère par Havidoff), le cheval de Grands Prix de la Néerlandaise Emmelie Scholtens, son propre frère Chinook, présenté au même niveau par le Néerlandais Patrick van der Meer, Expression (KWPN, mère par Vincent), monté par Diederik van Silfhout, Glock’s Dream Boy (KWPN, mère par Ferro), excellent partenaire de Hans Peter Minderhoud, Blue Hors Veneziano (Old, mère par Donnerhall), sans oublier Cennin (KWPN, mère par Donnerhall), membre de l’équipe néerlandaise aux JEM de Tryon en 2018, puis aux championnats d’Europe Longines de Rotterdam et double finaliste de la Coupe du monde avec Madeleine Witte-Vrees.

En concours d’élevage aussi, les filles de Vivaldi honorent leur père. Mentionnons Lolita (Westph, mère par Donnerhall), vice-championne des Westphaliennes en 2019, Vanity Fair (Han, mère par Sandro Hit), championne du stud-book Hanovrien en 2018, Fanita (propre sœur de Desperado et Chinook), championne des quatre ans aux Pays-Bas en 2014, ou encore Crisjena (KWPN, mère par Cabochon), championne du KWPN en 2010.



Presque pas (encore) utilisé en France

Si la carrière sportive de Vivaldi s’est arrêtée au niveau Saint Georges, sa production semble particulièrement apte à enchaîner les mouvements du Grand Prix. Outre les étalons évoqués précédemment, qui trustent et monopolisent les places en équipe nationale néerlandaise, citons Botticelli (KWPN, mère par Koss), monté par la Belge Charlotte Defalque, Caesar (KWPN, mère par Haarlem), présenté par Savannah Pieters aux Pays-Bas, Cleverboy (KWPN, mère par Kennedy), Diesel 8 (KWPN, mère par Havidoff), associé à la Britannique Emma Hindle, Day Light (KWPN, mère par Rosario), Etoine (KWPN, Balzflug) et Van Vivaldi (KWPN, mère par Olivi), montés par l’incontournable Suédoise Tinne Vilhelmson-Silfvén, et First Apple (KWPN, mère par TCN Partout), formé par Patrick van der Meer puis exporté aux États-Unis, où il concourt sous la selle de Sarah Lockman.

Alors que ses meilleurs fils ont déjà prouvé la capacité de Vivaldi à produire des chevaux compétitifs jusqu’au plus haut niveau, certains de ses petits-fils sont déjà sollicités par les éleveurs, comme Bon Courage (Han, Bon Cœur), Bon Vivaldi (Westph, Benicio), Indian Rock (KWPN, Apache et Crisjena), Incognito (KWPN, Davino), Jack Sparrow (KWPN, Expression x Vivaldi), Kaiser Weltino (KWPN, Dante Weltino) ou encore Livius (KWPN, Bordeaux x Vivaldi), mais aussi Valverde (Westph, Vitalis x Ampere), Veneno HC (Westph, Vitalis x Diamond Hit), First Step Valentin (Westph, Vitalis x Fidermark), Glock’s Victorio Grande (Han, Vitalis x Bon Bravour), Dettori (Old, Desperado x De Niro), preuves de l’exceptionnelle vitalité de l’élevage de chevaux de dressage aux Pays-Bas et dans la moitié nord de l’Allemagne.

Dans l’Hexagone, on compte cinquante-neuf produits de l’alezan inscrits dans la base de données du système d’information relatif aux équidés (SIRE), dont seulement cinq nés en France… Ces nombres encore restreints n’ont pas empêché certains sujets de se faire remarquer, à l’instar de Diablo*de Saint Val (IDR 145, Vivaldi x Sir Sinclair), double champion du Cycle libre avec Caroline Rioche, Dorelja (IDR 45, KWPN, Vivaldi x Calypso III), créditée de très bons résultats en Pro 2 en 2016 avec Larissa Pauluis, Dubbusch (IDR 144, KWPN, Vivaldi x Zeoliet), monté sur le Petit Tour par Karine Serneels, Flügel (ICC 144, KWPN, Vivaldi x Gribaldi), formé par Francis Clément avant de s’illustrer jusqu’en CCI 3*-S avec Amandine Berthelot, Dariska*du Loup Pendu (IDR 136, KWPN, Vivaldi x Nourejev), monté au niveau Grand Prix par Maëva Delage, Faust*de Saint Val (IDR 129, KWPN, mère par Daimler), Escapade Utopia (IDR 123, Vivaldi x Uphill), jugée Excellente à six ans sous la selle d’Alizée Roussel, et Darwin (IDR 129, KWPN, Vivaldi x Aktion). À noter qu’en 2016, le haras de Hus a croisé Vivaldi à deux filles de clones de Poetin (Han, Sandro Hit x Brentano II), Darling de Hus (Z, Don Juan de Hus x Poetin Z CL 1) et Désirée de Hus (Z, Danone x Poetin Z CL 2), ce qui a donné les Oldenbourgeois Vicomte et Voice de Hus, dont on suivra les premiers pas en concours, peut-être dès 2021.

Outre leurs résultats en compétition, les produits de Vivaldi ont également fait s’envoler nombre de ventes aux enchères, à l’image de Vivino, acquis 2 millions d’euros (tous les montants à venir sont également en euros) par Andreas Helgstrand et le marchand allemand Paul Schockemöhle, V Plus, adjugé 1,2 million aux ventes PSI et destiné à l’Américaine Leslie Malone, V Plus Gold, vendu 1,3 million aux ventes PSI en 2019, Versailles, cédé 154 000 aux ventes en ligne Horses and Dreams, Venga Boy, vendu 66 000 lors des ventes de foals de Verden en 2016, O’Neil, “top price” des foals lors de la vente de Prinsjesdag aux Pays-Bas, Ferdinand, échangé pour 160 000 aux ventes du KWPN, Florentina, acquise 33 000 par Charlotte Dujardin aux ventes Brightwells en 2012, Excellentie ST, adjugé 165 000 à l’Equine Elite Auction en 2017, Douglas, vendu 155 000 en 2010, Vom Feinsten, adjugé pour 230 000, Flinstone, vendu 155 000 à l’Equine Elite Auction, Escobedo, vendu 70 000 aux ventes Excellent Dressage Sales, ou encore Veneciano, vendu 120 000 à l’Auction Hof Borgmann en 2018.

Depuis quelques mois, Vivaldi, désormais âgé de dix-huit ans, a quitté les PaysBas qui l’ont vu naître après quinze saisons de bons et prolifiques services. Loué au puissant haras Blue Hors, l’alezan sert la jumenterie danoise, preuve en est que les passionnés de dressage n’ont pas encore fini de vibrer à l’unisson des exploits de la production de cette perle du KWPN…

Cet article est paru dans le magazine GRANDPRIX n°119 actuellement en kiosque.