“Il n’y a pas suffisamment de places réservées aux jeunes cavaliers en concours”, Justine Tebbel

À bientôt vingt-deux ans, Justine Tebbel a participé cet été à sa première Coupe des nations avec l’équipe d’Allemagne, lors du CSIO 3* de Prague. Déjà aguerrie aux compétitions internationales, elle compte de nombreux succès comme jeune amazone, dont deux médailles d’or européennes par équipes, chez les Poneys en 2013 avec le bon Okehurst Little Bow Wow et chez les Jeunes Cavaliers en 2018 à Fontainebleau avec Light Star 4, avec qui elle a également remporté l’argent en individuel l’année précédente. Basée au sein des écuries familiale d’Emsbüren, une ville allemande de Basse-Saxe située à quelques encablures de la frontière néerlandaise, la fille de René – aujourd’hui sous les couleurs ukrainiennes – et sœur de Maurice, tous deux cavaliers de haut niveau, a accepté d’évoquer sa monture Light Star 4 et ses récentes performances. Elle a également abordé la Young Riders Academy dont elle a fait partie, ainsi que la place laissée aux jeunes cavaliers allemand au plus haut niveau. Entretien.  



En août, vous avez participé à votre première Coupe des nations de saut d’obstacles avec l’équipe Séniors allemande, lors du CSIO 3* de Prague. Vous êtes sortie de piste avec cinq et huit points, associée à Light Star 4. Quel bilan en tirez-vous? 

Tout d’abord, j’ai été très heureuse d’être sélectionnée pour cette Coupe des nations, et concourir chez les Seniors pour l’Allemagne. Mon frère était également membre de l’équipe, donc cela a été un très bon moment pour toute notre famille. Je ne m’attendais pas à réaliser des parcours sans faute, donc j’ai été satisfaite de mon premier tour, avec une malchanceuse barre à terre. J’ai fait tomber deux barres ensuite, c’est un bilan correct pour ma première Coupe des nations. De plus, il faisait très chaud ce jour-là, environ trente-cinq degrés, et l’épreuve s’est déroulée en plein après-midi, sous le soleil. En plus de la fatigue pour mon cheval, les conditions ont également été dures pour nous. Le bon point est que j’ai participé à de nombreuses épreuves par équipes précédemment, chez les Jeunes Cavaliers et les Juniors. Je suis déjà habituée à monter en équipes, d’avoir cet état d’esprit et de me battre pour un collectif. Je savais donc comment cela se déroulait et ce que j’avais à faire. L’ambiance était très bonne au sein du clan allemandEn plus de mon frère, l’équipe comptait Patrick Stühlmeyer et Andre Thieme, qui sont des amis. Nous entendions tous bien et cela a été un très bon week-end.  

Pouvez-vous évoquer Light Star 4, avec lequel vous évoluez depuis quatre ans maintenant? 

Nous l’avons fait naître et il a grandi chez nous. Au début, il a été travaillé par notre cavalier, Philip Bölle (le couple a notamment participé aux championnats du monde des chevaux de six ans à Lanaken en 2015, ndlr). J’ai commencé à le monter lorsqu’il avait sept ans. Je dois dire que les débuts n’ont pas été simples. Il était un peu compliqué et particulier, il faut le connaître. Cela nous nous a pris environ une année pour trouver le bon mors et la manière adéquate de le monter. L’année suivante, alors qu’il n’avait que huit ans, nous avons terminé deuxièmes en individuel aux Européens de Samorin (en 2017, dans la catégorie Jeunes Cavaliers, ndlr). À partir de là, nous avons eu la bonne connexion. C’est un cheval très respectueuxavec des moyens incroyablesPour lui, il a toujours été simple de sauter des parcours importants. Au début, il était sensible au niveau de la bouche, mais cela va mieux désormais, après avoir essayé plusieurs mors 

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Justine Tebbel et Light Star 4 se sont adjugés la médaille d'argent en individuel lors des Européens Longines de Fontainebleau en 2018, dans la catégorie des Jeunes Cavaliers. Crédit: Scoopdyga

 

Vous avez déjà concouru ensemble à Aix-la-Chapelle en 2018 et 2019. Quel souvenir en gardez-vous? 

Il s’agissait de la finale allemande dédiée aux cavaliers de moins de vingt-cinq ans. Il y a toujours quatre épreuves nous permettant de nous qualifier pour Aix-la-Chapelle. L’expérience de monter dans cette enceinte a été une très bonne chose, de plus un samedi où il y a beaucoup de public. C’est assez fou! 

Vous avez aussi participé à votre premier CSI 5* avec Light Star 4, en janvier, lors de l’étape de la Coupe du monde Longines de Leipzig…  

C’est toujours intéressant de monter au milieu des meilleurs mondiaux. Cela permet d’apprendre d’eux, rien qu’en les regardant à la détente: comment ils montent leur chevaux, de quelle façon ils s’échauffent, quels exercices ils effectuent. Je pense que regarder les plus grands cavaliers est la meilleure manière d’apprendre. Cette expérience de concourir lors d’un CSI 5* est la meilleure chose qui puisse m’arriver. 



“La saison indoor ne sera pas simple”

Light Star 4 est actuellement l'unique cheval d'expérience de la jeune amazone Allemande.

© Scoopdyga

Avez-vous d’autres bons chevaux dans vos écuries pour épauler Light Star 4? 

J’ai pas mal de jeunes chevaux. Light est vraiment mon seul cheval d’expérience pour le moment. J’ai également un cheval de huit ans (Athletica, ndlr)deux de sept ans (Like About You et Dia Light, ndlr) puis ensuite des plus jeunes encore. Mes jeunes chevaux sont prometteurs, mais je n’ai pas de second cheval d’âge. 

Quel est votre système pour trouver de nouveaux chevaux, et à qui appartiennent les vôtres? 

Actuellement, la majorité de mes chevaux appartiennent à mon père. Nous avons de grandes écuries et les accueillons généralement dès leurs cinq ans. Nous en choisissons certains pour que je les monte. Deux de mes chevaux appartiennent à d’autres propriétaires. Je ne monte pas exclusivement les chevaux de ma famille.  

La situation sanitaire actuelle a engendré une pause forcée des compétitions, et de nombreux concours sont annulés. Comment vivez-vous cette période 

Au début, c’était un peu étrange pour nous, sans concourir ni même savoir quand est-ce que cela reprendrait. Évidemment, c’était aussi un peu ennuyeux mais d’un autre côté ce n’était pas une si mauvaise chose. Cela nous a laissé le temps de travailler avec les jeunes chevaux. Ils ont énormément appris et nous avons eu le temps d’aller nous entraîner sur différentes pistes. Cette situation a engendré des points négatifs mais également du positif.  

Quels sont vos objectifs sportifs pour les prochaines semaines? 

La semaine prochaine, je participerai au CSI 2* de Riesenbeck, en Allemagne. Si je suis autorisée à y prendre part, j’aimerais également aller à Peelbergen (compétition située à Kronenberg, aux Pays-Bas, ndlr). La saison indoor ne sera pas simple avec beaucoup d’annulation de concours. En novembre, nous avons nos championnats nationaux en indoor, cela sera certainement notre premier indoor. 

Vous avez été membre de la Young Riders Academy lors de la promotion précédente. Qu’est-ce que ce programme vous a apporté 

Prendre part à la Young Riders Academy est une très bonne opportunité. Nous avons appris énormément de choses autours du cheval, à propos du sport, de l’alimentation, des vétérinaires, etc. Il y a énormément de leçons et de sujets différents abordés liés au sport. J’ai participé au programme complet, ce qui m’a permis de me rendre dans les écuries de Marco Kutscher pendant quelques mois l’hiver dernier. C’était une bonne chose pour moi, et en plus ce n’était pas trop loin de ma maison. J’avais emmené trois chevaux, et j’ai pu apprendre énormément sur le travail de dressage. Se rendre dans une autre écurie nous fait toujours découvrir quelque chose de nouveau. Marco Kutscher m’a inculqué l’importance du travail sur le plat ainsi que du dressage, car sans cela il n’est pas possible de concourir dans de bonnes conditions 



“J’apprends en regardant mon frère et mon père travailler”

Vous entraînez-vous uniquement avec votre père? N’est-ce pas compliqué de travailler au quotidien en famille, avec lui et votre frère? 

Parfois, je monte seule, mais la majorité du temps, mon père m’entraîne, surtout lorsqu’il y a des concours importants. J’ai grandi dans nos écuries, et j’apprends en regardant mon frère et mon père travailler. Comme mon frère monte à cheval ici tous les jours, j’apprends à chaque fois un petit peu. Je trouve cela super et je pense que c’est la meilleure chose que d’avoir ma famille impliquée dans le sport. 

Comptez-vous être cavalière professionnelle et quels sont vos plans pour l’avenir 

Oui, c’est ce que je planifie pour mon avenir. J’ai poursuivi mes études jusqu’à mes dix-neuf ans et maintenant je ne monte qu’à cheval. J’ai l’idée de rester avec mon frère et mon copain (Christopher Kläsener, lui aussi cavalier allemand, ndlr) pour que nous créons ensemble notre propre entreprise, en accueillant des chevaux de propriétaires notamment. Nous resterons ici, dans nos écuries. 

En Allemagne, les cavaliers de pointe ne manquent pas. En tant que jeune cavalière, que pensez-vous des opportunités données aux jeunes pour atteindre le plus haut niveau? 

Comme il y a beaucoup de bons cavaliers, ce n’est pas simple pour nous d’accéder aux plus grands concours. Il y a toujours des places réservées, mais pas suffisamment je trouve. L’entraîneur national peut sélectionner des cavaliers de moins de vingt-cinq ans pour certains concours, mais là encore, il y a beaucoup de cavaliers talentueux. Il faut parfois avoir un peu de chance pour être choisi. Même s’il n’est pas simple d’accéder aux concours importants, l’encadrement allemand ne nous met pas de côté. Maintenant, comme lors de la Coupe des nations à laquelle j’ai pris part, des jeunes cavaliers sont choisis pour faire partie de l’équipe et c’est une très bonne chose. Le staff fédéral essaie de faire de son mieux pour donner des opportunités aux jeunes, mais cela reste compliqué d’accéder aux concours d’envergurecar peu de cavaliers d’une même nation sont autorisés à être engagés.