Étoile de Béliard, la star inattendue de l’élevage de Béliard

Élégante jument grise aux origines exceptionnelles, Étoile de Béliard a brillamment remporté la finale du circuit dédié aux chevaux de six ans le week-end dernier à Pompadour. Guidée par le cavalier membre de l’équipe de France Thomas Carlile, elle a été sélectionnée pour participer au mondial du Lion d’Angers qui se tiendra du 15 au 18 octobre prochain. Portrait.



Étoile de Béliard et sa mère.

© Collection Privée

Issue de la première génération d’Uspilon, Étoile de Béliard, immense jument dont la taille n’a d’égal que son talent, est l’un des meilleurs porte-drapeaux du grand champion gris. Née d’une mère par Barbarian (issu de la lignée de Galoubet A) et la fantastique Camera, elle-même fille de Jalisco B, la belle grise bénéficie notamment de la génétique des Pur-sang chefs de race Rantzau et Furioso.

Après avoir acheté des parts d’Upsilon, Gérard Brescon, propriétaire de l’élevage de Béliard décide de le croiser avec l’ensemble de ses juments en 2014 et 2015. “Je voulais le tester sur des mères différentes.”, explique l’éleveur. “Dans la première génération, j’ai obtenu Étoile avec Palme et Eau Vive de Beliard avec Royce de Kreisker (la mère de Birmane, qui évolue également sous la selle de Thomas Carlile). Pour avoir avoir utilisé Upsilon l’année suivante sur Vieusinge du Maury (la mère de Sirocco du Gers et Cadet de Béliard) je pense pouvoir dire qu’il produit des chevaux plutôt petits lorsque la mère est Anglo-arabe et grands lorsqu’elle est Selle-français. Il apporte du sang, de l’influx, du respect et de l’équilibre. Pour l’anecdote, Flamme de Béliard, la fille d’Upsilon et Vieusinge fait désormais partie des poulinières de l’élevage Jouetard de Mapie et Patrick Sisqueille, les naisseurs d’Uspilon. Après Étoile, Palme a été croisée avec Quickly de Kreisker et j’ai obtenu une pouliche que j’ai ensuite vendue. Souhaitant me concentrer sur les souches de Royce et Vieusinge, j’ai vendu Palme pleine d’Upsilon en 2016.” Ainsi, l’élevage For Fly a vu naître la propre sœur d’Étoile, Gioia For Fly, qui a commencé à faire ses armes sur le circuit dédié aux chevaux de quatre ans cette année.

Physiquement, Étoile est une jument tardive. Gérard Brescon hésite même à la vendre pour diminuer son effectif, mais Thomas Carlile parvient à le convaincre de la tester en concours complet. “Je pensais qu’elle serait plutôt une jument de saut d’obstacles, mais Thomas l’a présentée aux Espoirs du Complet où elle a terminé huitième en 2017. Nous avons donc pris le temps de la former pour cette discipline car Thomas a toujours senti qu’elle pouvait être performante. Il y a cru avant moi et il avait raison!”, admet l’éleveur.

Fidèle collaborateur de l’élevage de Béliard, le cavalier tricolore, récemment installé dans sa nouvelle propriété du département de la Sarthea très tôt accueilli Étoile au sein de ses écuries. “Gérard me l’a confiée pour son débourrage et elle a tout de suite montré de belles aptitudes. Elle est très grande, mais est dotée d’un bon équilibre et d’une bonne locomotion. Quand on a commencé à la faire sauter, elle a tout de suite montré qu’elle avait beaucoup de sang et une excellente technique. On a rapidement deviné qu’elle aurait de bons moyens et sa qualité ne laissait aucun doute.”, se souvient le pilote. Et pour cause, la belle Étoile rassemblerait toutes les qualités qui font un bon cheval de concours complet. “Elle remplit déjà les deux critères les plus importants dans notre discipline, à savoir des membres solides et une bonne tête. Elle est bien construite et bénéficie d’un physique assez 'sport’, comme je les aime! C’est par ailleurs une gentille jument qui cherche toujours à bien faire. Elle est à la fois volontaire au travail et généreuse dans l’effort. Elle a tout pour évoluer rapidement.”, assure-t-il.

À quatre ans, la jument participe à un concours complet entre plusieurs épreuves de formations en saut d’obstacles. L’année suivante, elle évolue sur le circuit des cycles classiques de manière plus assidue jusqu’à la finale de Pompadour où elle termine sixième. À six ans, elle enchaîne les victoires dès sa première sortie, hormis lors du CCI 2*- S d’Arville où elle termine huitième. “Elle a effectué de gros progrès en dressage ces derniers temps. Je retrouve des similitudes avec Darmagnac  de Béliard (également par Palme de Moyon, champion de France des sept ans avec Thomas Carlile) dans son évolution. Elle a une grande galopade, de l’amplitude mais elle sait également revenir en équilibre dans les combinaisons. Finalement sa très grande taille (elle toise 1m80 au garrot) ne pose pas de problème et la celle de Thomas rend le couple harmonieux. Et puis, je me suis souvenu qu’Andrew Nicholson avait lui aussi un immense cheval avec lequel il a gagné le CCI 5* de Lexington alors tous les espoirs sont permis.”, affirme Gérard Brescon. Au sujet de son gabarit, Thomas Carlile ajoute toutefois: “Il peut constituer un désavantage dans le rectangle de dressage où il lui est parfois difficile de se plier. Elle avait un peu de mal à y trouver sa place à cinq ans, mais elle est de plus en plus à l’aise cette saison. Elle a pris en souplesse et abaisse un peu plus ses hanches, ce qui lui facilite la tâche. Du fait qu’elle ait beaucoup de sang et d’influx, elle peut encore être un peu émotive lors du test de saut d’obstacles et paradoxalement s’y faire un peu petite. Mais ce n’est en aucun cas de la mauvaise volonté.”

Étoile de Béliard et Thomas Carlile aux Espoirs du Complet à trois ans

© Pauline Chevalier



Digne héritière de son père?

Thomas Carlile a longtemps été associé au crack Upsilon, charismatique gris au modèle irréprochable, champion de France à quatre, cinq et six ans puis vice-champion de France et du Monde à sept ans. Il avait ensuite été sélectionné pour les championnats d’Europe de Strzegom en 2017 et s’était classé dans de nombreux CIC 3*. En 2019, l’étalon a contacté un herpès-virus lui ayant provoqué de lourds troubles neuro-moteurs qui lui ont valu de longues semaines de combat contre une maladie quasiment indétectable. À la suite de ce malheureux évènement, le cavalier avait vu ses rêves brisés par la fin prématurée de la carrière sportive de son précieux partenaire. Aujourd’hui, grâce à la confiance qu’il entretient avec l’élevage de Béliard, Thomas Carlile peut faire valoir les nombreuses qualités d’Upsilon à travers sa descendance. Il affirme : “Je trouve qu’aucun des produits d’Upsilon ne se ressemblent. Du moins, il ne m’est jamais arrivé d’en monter un et d’être frappé par leurs similitudes. Néanmoins, je trouve qu’Étoile a hérité de la générosité de son père. Il lui a également transmis un physique avantageux et une remarquable technique de saut. Elle a beaucoup de sens dans ses abords et un très bon geste des antérieurs.”

Le week-end dernier, à Pompadour, la grise a confirmé sa régularité grâce à une victoire dans la finale dédiée aux chevaux de six ans, à l’issue d’une brillante saison composée presque exclusivement de victoires. “C’est une jument très facile et elle se comporte de la même manière en concours et à la maison. Je n’ai jamais besoin de trouver des combines pour pouvoir composer avec elle. Sur le plat, le secret est de trouver la bonne intensité de détente et un juste équilibre en l’assouplissant et en l’échauffant, tout en n’en faisant pas trop pour qu’elle ne trouve pas cela trop long et difficile. En cette année un peu particulière, elle a peut-être un peu plus d’expérience que les autres parce qu’elle a déjà fait une saison entière a cinq ans et participait à son troisième CCI 2* à Pompadour, ce qui lui donnait un avantage, notamment dans le cross. Elle est restée dans sa zone de confort, je n’ai pas eu à trop intervenir.”, confie le cavalier.

À l’issue de cette victoire, Étoile a été sélectionnée pour aller concourir au prestigieux mondial du Lion d’Angers qui se déroulera du 15 au 18 octobre 2020. Thomas Carlile se montre convaincu quant aux chances de succès de sa protégée, bien qu’il ne puisse encore garantir sa participation. Il explique : “Je la sais capable de répéter ce qu’elle a montré jusqu’à présent. Toutefois, quatre de mes chevaux ont été sélectionnés, deux de sept ans et deux de six ans. Malheureusement, le règlement ne m’autorise qu’à monter deux chevaux dans ce concours. J’ai donc un choix à faire que je me réserve le jour de la clôture des engagements. Nous allons continuer de travailler d’ici là en augmentant un peu les galops sur des distances assez longues pour voir comment les chevaux récupèrent. Si Étoile devait y aller, je suis confiant sur le fait qu’elle resterait fidèle à ce qu’elle a montré toute cette année. Il nous faut aussi évaluer un petit peu la concurrence. Aujourd’hui, elle est en tête des chevaux français, mais il faut voir ce que nous réservent les chevaux des cavaliers étrangers. À sept ans, on les connait davantage puisqu’on les a vus à six ans, mais cette année ce sera une découverte.”

En ce qui concerne, l’avenir sportif de sa jument, Thomas Carlile se montre optimiste, mais pragmatique: “A priori, Gérard Brescon ne serait pas dans l’idée de la commercialiser. C’est à lui que reviennent les décisions qui concernent son futur. Étoile va faire son bout de chemin vers le haut niveau, mais je ne serais pas étonné si elle retournait un jour chez lui pour faire de la reproduction.” En effet, l’éleveur ambitionne bel et bien de profiter des qualités de sa grise dans le futur: “Je vais conserver ma souche de Palme de Moyon avec Étoile qui pourra, grâce à son modèle, être croisée à pas mal d’étalons comme Contendro.  Pour le moment, l’objectif reste sa formation sur le circuit des six et sept ans. Nous verrons bien si nous allons au Mondial du Lion, ce qui est toujours une belle reconnaissance pour un éleveur.”