“Djembe de Hus est au dessus du lot”, Jessica Michel-Botton

Cavalière de dressage et pilier de la discipline en France, Jessica Michel-Botton a régné en maître sur la Grande Semaine de Fontainebleau qui s’est déroulée le weekend dernier. Lauréate des finales dédiées aux chevaux de quatre et de cinq ans avec Maximus Jung HP du Winckel et Djembe de Hus, elle est également l’auteure de trois triplés, sur les podiums de deux épreuves préliminaires et de la finale des cinq ans. La dresseuse tire le bilan de ce championnat et évoque l’évolution de son système ainsi que sa collaboration de longue date avec le haras de Hus.



Quel bilan général tirez-vous de cette Grande Semaine? 

Cette semaine a été conclue par cent pour-cent de réussite car j’étais engagée dans deux championnats et je les ai remportés tous les deux. Avoir placé trois chevaux sur le podium dans la finale des cinq ans est quelque chose d’assez énorme. Cela m’était déjà arrivé dans la finale des quatre ans en 2011, mais dans les cinq ans, c’est forcément plus difficile car la concurrence est plus rude. Au final, sur les six chevaux que j’ai emmenés, celui qui a obtenu le moins bon résultat est sixième, ce qui est tout de même honorable. Dans l’ensemble, ce championnat a été une très grande réussite et j’en suis très contente. Si l’on m’avait dit qu’il se passerait cela, j’aurais signé tout de suite! Cela aurait été encore mieux si nous avions eu une meilleure météo (rires). Les trois jours ont été difficiles parce que le temps était orageux et les chevaux de dressage n’aiment pas ça, mais le pire aura été le dimanche matin. La finale des quatre ans s’est peut-être déroulée un peu différemment de ce qu’elle aurait pu si nous avions eu des conditions normales. Pour une première à Fontainebleau, j’ai trouvé le terrain du Grand Parquet très bien. Le sol du Petit Parquet était d’une qualité exceptionnelle et a extrêmement bien tenu malgré la pluie. J’ai trouvé que ce terrain apportait de la modernité à ces finales de la Grande Semaine de dressage. Les différentes pistes étaient plus rapprochées les unes des autres qu’à Saumur et de manière générale, l’organisation m’a semblée plus moderne. Les boxes y sont également plus regroupés. Le seul petit bémol que j’ai trouvé est que nous ne disposions pas d’une détente libre toute la journée, mais il serait parfaitement possible de le mettre en place et hormis cela, j’ai beaucoup aimé.

Ce succès témoigne d’un piquet de jeunes chevaux prometteurs. Y en a-t-il un qui se démarque particulièrement des autres à vos yeux? 

Indéniablement Djembe de Hus que je monte depuis qu’il a trois ans. Il s’est tout de suite montré performant puisqu’il avait déjà été champion de France à trois ans et à quatre ans. Lorsque l’on a déjà ce palmarès, il faut tenir le cap, mais il a été largement à la hauteur. Pour moi, il sort du lot. Il a aussi de l’avance par rapport à certains autres chevaux. 

Vous faisiez également votre première sortie avec Zouzo Majishan, récemment vendu par Charlotte Chalvignac à Andreas Helgstrand. Quelles ont été vos premières impressions avec lui? 

Zouzo est arrivé chez moi une semaine avant de partir à Fontainebleau, ce qui nous a laissé peu de temps pour faire connaissance, mais il a un très bon mental. C’est un cheval qui veut bien faire pour son cavalier et qui comprend vite, ce qui nous a permis de bien nous entendre rapidement. Il ne s’est d’ailleurs pas montré déstabilisé par les conditions de la compétition, il était tout à fait dans son élément. Bien sûr, il n’est pas encore totalement entré dans mon système de travail puisque cela fait peu de temps qu’il est avec moi, mais il m’a facilité la tâche car c’est un cheval assez facile et bien dans sa tête.

Pouvez-vous nous donner des nouvelles de Dorian Grey de Hus? 

Il va très bien mais il s’est malheureusement donné un coup au paddock, ce qui fait qu’il ne pourra pas se présenter aux championnats du monde des sept ans. Je n’avais déjà pas pu faire les championnats du monde l’an dernier pour l’année de ses six ans… J’ai envie de dire que tant que ce ne sont pas les Jeux olympiques, ce n’est pas très grave (rires). Ce n’est pas une blessure grave et le principal est qu’il soit toujours dans mes boxs car depuis un an, toute l’Europe a demandé à l’acheter. Il a été convoité par de grands noms à l’étranger. Son propriétaire a tenu bon face à des offres très importantes, mais si des cavaliers très connus s’intéressent au cheval, c’est que nous ne sommes pas les seuls à penser qu’il a le potentiel pour le haut niveau. Personnellement, j’y crois depuis longtemps et cet intérêt ne fait que le confirmer.

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© Les Garennes



“Ce que je fais au haras de Hus, je pourrais le faire ailleurs”

Vous avez récemment accueilli Gonzalo Rodriquez Diaz pour vous seconder au sein de votre écurie. Quel est l'objectif de cette nouvelle collaboration? 

Depuis 2018, mon activité indépendante tient une part plus importante que mon travail au haras de Hus puisque je n’y ai plus que quatre ou cinq chevaux à l’entrainement. J’y gère toujours les choix de croisements ainsi que la sélection des poulains et des chevaux de deux ans. Je suis également toujours en charge de la gestion de tout le cycle du cheval de dressage depuis sa naissance jusqu’à ce qu’il soit chez moi en valorisation. Seul le nombre de chevaux que j’ai au travail a été réduit pour des raisons économiques et un nouveau système a été mis en place en 2018 après le décès de Don Juan de Hus. Cela me va très bien parce que cela permet de collaborer avec plusieurs propriétaires, ce que je trouve très enrichissant. Je conserve également de très bon rapports avec Xavier Marie qui continue à me faire confiance et à me confier de nouveaux chevaux. Depuis deux ans, j’avais déjà un cavalier en apprentissage, mais comme mon activité se développe bien, j’ai pu, par la suite, me permettre de prendre un salarié plutôt qu’un apprenti. Je cherchais un cavalier qui correspondait bien à mon système et Gonzalo m’a été recommandé par mon entraineur car il a déjà passé deux ans en Allemagne. Il est jeune (20 ans, ndlr), mais il a un très bon ressenti avec les chevaux comme l’on souvent les espagnols. Il est très décontracté et les chevaux se sentent toujours bien avec lui. D’un point de vue technique, il comprend et progresse très vite. Je lui ai récemment confié Fabio de Hus pour un concours et cela s’est très bien passé. Il a un bon mental pour supporter la compétition et je m’entends très bien avec lui car il a un excellent état d’esprit, caractéristique des gens du sud. Cela fait aussi du bien d’avoir un garçon dans une écurie de dressage! Par ailleurs, je ne peux pas monter tous les chevaux toute seule et j’essaye de faire en sorte qu’ils aient un entraînement régulier. Pour pouvoir faire perdurer mon système, il m’est très utile d’être épaulée. Je pense que nous avons entamé une belle collaboration. 

Le fait devenir mère a-t-il modifié votre emploi du temps et votre vision du travail? 

Tous les jours se résument un peu une course contre la montre. D’autant plus qu’il est compliqué de s’organiser parce que mon mari (Gilles Botton, cavalier de saut d’obstacles, ndlr) et moi ne pouvons pas partir en concours en même temps étant donné que nous n’avons pas de famille à Nantes, où nous sommes basés. Mes parents habitent le sud de la France et pour la Grande semaine, ma mère a pris l’avion pour venir garder mon fils. Mon mari est venu à Fontainebleau pour m’aider parce que six chevaux sur seulement trois jours, cela représente beaucoup de travail. Avec trois épreuves par cheval en comptant les tests de modèle qui se déroulent souvent pendant les épreuves d’autres chevaux, c’est toute une organisation! Gonzalo, ma groom et une autre groom étaient également présents pour m’aider. 

Comment avez-vous vécu l’annonce de la mise en vente du haras de Hus? 

Cela ne m’a rien fait car je sais depuis cinq ou six ans qu’il peut être vendu. Quelqu’un est récemment tombé sur l’annonce et a donc posé la question à M. Marie, ce qui fait que c’est apparu comme une nouvelle, mais en réalité, cela fait longtemps qu’il existe des annonces pour le haras. Je travaille avec Xavier Marie depuis plus de quinze ans et je sais maintenant qu’avec lui, tout peut potentiellement être à vendre, mais pas à n’importe quel prix. C’est un homme d’affaire qui a créé sa fortune lui-même. Pour l’instant, il n’est pas prêt à baisser le prix pour absolument vendre la structure mais cela fait pourrait arriver si jamais il avait l’opportunité de la vendre pour une somme très importante. 

Si jamais il venait à être vendu, quelles en seront les conséquences sur votre carrière?

Nous en avons déjà parlé avec M. Marie. Dorian, par exemple, resterait avec moi. Nous n’avons pas parlé en détails de tous les chevaux car comme je l’ai dit, cela pourrait encore durer dix ans, mais ce qui est sûr c’est que Dorian ne serait pas à vendre avec le haras. M. Marie continuerait de travailler avec moi, ce serait tout simplement autre part. Il faudrait bien sûr tourner la page sur un lieu exceptionnel, mais ce que je fais au haras de Hus, je pourrais le faire ailleurs. J’ai d’ailleurs régulièrement d’autres propositions, mais je suis quelqu’un de très fidèle à mon équipe et aux gens qui m’entourent et je pense que c’est ce qui fait la solidité de mon système.