Avec Scott Brash, l’atypique Hello Jefferson n’a pas fini de briller

Hello Jefferson, né Jerenmias van het Hulstenhof, chez Bernard Mols, n’a cessé de monopoliser les places d’honneur dans les plus beaux Grands Prix disputés ces derniers mois. Le fils de Cooper van de Heffinck, formé avec brio par la Belge Charlotte Philippe, crève l’écran sous la selle de Scott Brash, médaillé d’or par équipes aux Jeux olympiques de Londres en 2012 avec l’inoubliable Hello Sanctos. Pourtant si spécial, l’atypique et attachant bai de onze ans s’est fait une place de choix parmi les plus grands chevaux du monde. Et, à en croire son cavalier, le meilleur reste à venir...



Sous l’œil attentif de Charlotte Philippe, Scott Brash est venu essayer Jerenmias van het Hulstenhof durant l’hiver 2017. ©

© Collection privée

Bien peu de personnes auraient prédit un tel avenir et autant de succès à Jerenmias van het Hulstenhof, désormais connu sous le nom de Hello Jefferson. Le hongre BWP, fils de Cooper van de Heffinck et d’une mère par Irco Mena, enchaîne les victoires sous la selle de Scott Brash. Mais avant qu’il ne devienne le cheval qu’il est aujourd’hui, le hongre bai a vécu un parcours plutôt… chaotique. “Je pense qu’il a bien connu une dizaine ou une quinzaine de cavaliers avant d’arriver chez moi”, relate la Belge Charlotte Philippe, ancienne cavalière et propriétaire du BWP. “Il était plus connu qu’on ne le pense, mais pas pour les bonnes raisons…”

En 2014, alors que l’atypique Jerenmias n’a que cinq ans, la jeune Liégeoise en fait l’acquisition. “Je l’ai rencontré un peu par hasard”, raconte celle qui l’a formé avec minutie. “Gaëtan Dengis a été chez Kris Ceulemans pour récupérer un cheval. Il m’a emmenée avec lui pour faire les essais. J’ai monté Jerenmias, puis Gaëtan m’a demandé ce que j’en pensais.” Sous le charme, la cavalière donne son feu vert à son compatriote. “Quelques semaines plus tard, il ne s’en sortait pas car le cheval avait beaucoup de caractère. Il voulait le ramener. Je lui ai dit de ne pas le faire et lui ai racheté le cheval”, poursuit Charlotte Philippe.

En main, il était gentil, assez brave et déjà bien éduqué. En revanche, une fois le pied à l’étrier, je pouvais passer un quart d’heure arrêtée dans un coin, sans raison”, se remémore la cavalière. “Alors, ma maman venait me chercher pour me décoincer afin que je puisse continuer la séance.” À force de persévérance et de travail, les choses avancent pour le couple, qui se lance en compétition en avril 2015 à Sancourt, dans des épreuves à 1,05m et 1,10m. “Il a vraiment beaucoup, beaucoup de caractère. Je pense que personne ne l’avait compris jusqu’alors”, commente Charlotte. “Il était différent des autres, spécial. Il est resté chez moi jusqu’à ses cinq ans, mais tout le monde ne pouvait pas le monter”, confirme Bernard Mols, qui a fait naître Jerenmias en 2009, dans ses prairies de Zoersel, à une trentaine de kilomètres d’Anvers, dans le nord de la Belgique. “C’est un peu pour cela que je l’ai vendu. Trouver un cavalier pour lui n’était pas simple.”



La révélation Scott Brash

Le beau bai à la large liste blanche a été formé patiemment par la Belge Charlotte Philippe.

© Collection Privée

Pourtant, dès ses jeunes années, le hongre sort du lot. “Il était extrêmement respectueux. Même lorsque nous l’avons débourré, il a toujours sauté par-dessus les barres au sol. Il pouvait effectuer cent fois le même saut”, se souvient son naisseur. Cavalier amateur, Bernard Mols a choisi d’associer son ancienne jument de concours, Hovis, une fille d’Irco Mena avec laquelle il a sauté jusqu’à 1,50m, à Cooper van de Heffinck. “J’avais vu Cooper lors d’un petit concours d’étalons, ici en Belgique. Je ne le connaissais pas, il n’avait que cinq ans à l’époque. Mais j’ai tout de suite su que c’était le cheval qu’il fallait pour Hovis”, explique l’éleveur, qui peut compter sur deux sœurs utérines de Jerenmias, dont l'une a donné naissance à plusieurs prometteurs produits de Cooper vd Heffinck. Rapidement, le hongre attire les convoitises. “Je fais débourrer mes chevaux à quatre ans, et ils ne sautent jamais les épreuves du Cycle des jeunes chevaux. Quand ils ont des qualités, ils n’ont pas besoin de sortir à quatre ans. Jerenmias sautait trop haut pour participer à ces épreuves, il était trop respectueux”, souligne Bernard Mols.

Scott Brash le repère lors d’un concours au centre équestre ultramoderne de Peelbergen, à Kronenberg aux Pays-Bas. “Je l’ai beaucoup aimé et j’ai discuté avec ses anciens propriétaires. Cela nous a pris un certain temps pour conclure la vente car ils étaient très attachés à lui, et nous l’avons finalement acheté au début de son année de neuf ans”, résume l’Écossais. “C’était mon cheval de cœur, et il l’est toujours aujourd’hui”, sourit Charlotte Philippe. “Je savais qu’avec moi, il n’aurait pas la chance de concourir en CSI 5*. Alors, oui, j’avais envie d’être égoïste et de garder mon cheval pour moi. Mais, quelque part, je voulais aussi lui donner la chance de ne pas être juste ma star, mais de devenir celle de tout le public.”

La suite a donné raison à la Liégeoise. Depuis la reprise des compétitions internationales cet été, Jerenmias, rebaptisé Hello Jefferson – comme le veut la tradition avec les propriétaires de Scott Brash, le Lord Philip et la Lady Pauline Harris ainsi que le Lord Graham et la Lady Pauline Kirkham – ne cesse d’enchaîner les bonnes performances. Vainqueur de deux Grands Prix CSI 4* à Grimaud, dans le Var, deuxième du Grand Prix CSI 5* de Valkenswaard, le bai semble avoir pris une nouvelle dimension cette année. “Je pense qu’il n’y a rien qu’il ne puisse gagner”, affirme Scott Brash, unique vainqueur du Grand Chelem Rolex, champion olympique et d’Europe par équipes et lauréat d’une myriade de Grands Prix avec l’inoubliable Hello Sanctos van het Gravenhof. “Pour moi, il est capable de remporter des championnats, tout comme les plus gros Grands Prix du monde. Je pense sincèrement qu’il a un grand avenir devant lui.



Un surdoué dont il a fallu gagner la confiance

Jerenmias van het Hulstenhof peu après sa naissance chez Bernard Mols.

© Collection privée

Quand je l’ai récupéré, il était assez spécial. Il a vraiment une personnalité qui lui est propre”, poursuit Scott Brash. “Il a besoin d’être occupé, de toujours faire quelque chose. Son cerveau ne s’arrête jamais. Il est toujours partant pour sortir, aller en concours, travailler. C’est très agréable de travailler avec lui.” Sans vouloir tomber dans l’anthropomorphisme, Hello Jefferson s’apparente en tous points à un surdoué, un être supérieur, qui demande une attention particulière de la part de ceux qui le côtoient. Très jeune déjà, le hongre n’a pas suivi le circuit classique, s’éloignant des traces de ces semblables. “Je l’ai eu à la fin de ses cinq ans et il savait à peine sauter une barre contre le pare-botte”, se remémore Charlotte Philippe, qui a conduit le BWP jusqu’à la victoire dans des épreuves à 1,45m. “Le problème était vraiment d’atteindre son esprit et d’arriver à enchaîner les parcours de façon ludique, sans le contraindre.

“Il m’a fallu du temps pour obtenir cette entente avec lui. Il s’est révélé être un super cheval”, reprend l’Écossais. “Il est très intelligent, respectueux et a beaucoup de moyens. Il a aussi une très grande amplitude. Il regroupe les nombreuses qualités que l’on recherche chez les chevaux de haut niveau.” À noter que l’ancien numéro un mondial ne se sert pas toujours de guêtres postérieures sur sa monture. “Je ne ressens pas le besoin d'en utiliser avec lui. Il se sert de ses postérieurs d’une bonne manière et je ne cherche pas à changer sa technique”, précise-t-il. Et si cette année a définitivement marqué un tournant dans la carrière d’Hello Jefferson, Scott Brash avoue que la constance dans leur travail a fait la différence. “Il s’améliore, gagne en régularité à chaque parcours”, détaille le perfectionniste. “Pour autant, je ne pense toujours pas que ce soit parfait. Notre couple peut encore se bonifier, et le meilleur reste à venir avec lui.”

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