Roger-Yves Bost, la force tranquille (partie 1)

Alors que Roger-Yves Bost fête ses cinquante-cinq ans aujourd'hui, la rédaction de GRANDPRIX vous propose de (re) découvrir un Focus qui lui a été consacré dans le magazine GRANDPRIX heroes n°103. // Un style incomparable, une motivation sans pareille, une bienveillance à toute épreuve et déjà plus de trois décennies à haut niveau. Sacré champion d’Europe individuel en 2013 avec Castle Forbes Myrtille Paulois puis champion olympique par équipes l’an passé avec Sydney Une Prince, Roger-Yves Bost fait désormais partie du club des légendes équestres. Retour sur une carrière frappée du sceau du succès.



Roger-Yves Bost a vécu ses premiers championnats d’Europe à douze ans, associé à un poney nommé Stage Struck.

© Collection privée

Inimitable, singulier, passionné, homme de cheval, sympathique, humble et un brin rêveur. Que l’on questionne ses coéquipiers, sa famille, son épouse Cyrille, les observateurs avisés ou ses plus fervents supporters, les qualificatifs employés pour décrire Roger-Yves Bost sont toujours les mêmes. À vrai dire, ni ses titres, ni ses innombrables succès, ni sa notoriété, ni même le temps qui passe ne semblent avoir de prise sur celui que toute la planète cheval appelle affectueusement Bosty. Surnommé ainsi dès son plus jeune âge par son père, le cavalier international Roger Bost, Roger-Yves est né le 21 octobre 1965 à Boulogne-Billancourt, tout près de Paris. Comme son frère Olivier, il grandit au milieu des chevaux, leurs parents Christiane et Roger étant propriétaires du charmant haras des Brulys, niché entre le village d’artistes de Barbizon et la vaste forêt de Fontainebleau, à soixante kilomètres au sud-est de la capitale. Il se met à poney tout petit, et sillonne déjà les terrains de concours à huit ans. 

Dès ses débuts, Bosty crève l’écran. Son style n’est peut-être pas académique, mais il est très efficace, rapide, et fait déjà preuve d’une étroite connexion avec ses chevaux. En bref, il a du talent. Après avoir décroché deux médailles d’or aux championnats de France Poneys, en 1977 et 1978, et, dès l’âge de douze ans, une médaille d’argent aux Européens Poneys avec Stage Struck, il poursuit sa formation à cheval. Sacré champion de France en Troisième Catégorie sur Toscane, il se lance en Cadets avec Hépatum (CS, Venutard), puis en Juniors et Jeunes Cavaliers avec la jolie, petite et puissante Jorphée du Prieur (SF, Cor de Chasse x Furioso, Ps). Le Barbizonnais atteint rapidement les sommets, décrochant deux titres européens individuels, en Juniors en 1982 et en Jeunes Cavaliers en 1983 à Geesteren, aux Pays-Bas. Aux côtés d’Éric Levallois, Patrice Delaveau et Thierry Rozier, il se pare aussi du bronze par équipes. Suivront un titre par équipes en 1984 à Cervia et trois autres médailles en 1985 et 1986.

Une ascension fulgurante 

Peu de cavaliers peuvent se targuer d’avoir su s’imposer si jeunes et avec tant de régularité en équipe de France. En Seniors, Bosty et Jorphée se montrent tout aussi adroits, terminant cinquièmes du Grand Prix CSIO de Hickstead, dès leur première grande sélection. Dès 1984, Marcel Rozier avait même songé à les sélectionner pour les Jeux olympiques de Los Angeles après leur superbe et surprenante victoire dans le Grand Prix préolympique de Fontainebleau, mais le couple avait été jugé trop jeune. Alors que Jorphée du Prieur part à la retraite, Norton de Rhuys (SF, Duc de Fercé x Roi de la Vesquerie) arrive au haras des Brulys, grâce à l’appui du célébrissime Jean d’Orgeix, entraîneur iconoclaste auprès duquel le jeune homme parachève sa formation équestre, sans changer de style, mais en perfectionnant quelques aspects tels que la conservation de l’équilibre et de l’impulsion dans toutes les situations, des qualités qui lui permettront bientôt de s’imposer avec tout type de montures dans n’importe quelle épreuve. Avec sa nouvelle recrue, Bosty ne tarde pas à s’installer parmi les ténors de sa discipline. En 1988, le couple décroche le titre de champion de France de Première Catégorie et s’adjuge le Grand Prix de Coupe du monde de Berlin. Deux ans plus tard, après une superbe quatrième place lors de la finale de la Coupe du monde de Dortmund, il est sélectionné pour son premier grand championnat Senior, les Jeux équestres mondiaux de Stockholm. Vingt-deuxième en individuel, le Francilien est sacré par équipes avec Hubert Bourdy, Éric Navet et Pierre Durand. L’année suivante, le duo se hisse à la troisième place de la finale de la Coupe du monde, à Göteborg, puis rate le podium par équipes d’un rien aux championnats d’Europe de La Baule. 

La suite de la carrière du Francilien se conjugue avec celle de Souviens Toi III (SF, Livarot x Beau Manoir). Cet immense étalon bai arrive à Barbizon à sept ans après être déjà passé sous les selles d’Hervé Godignon et Philippe Rozier. Si ses débuts sont irréguliers, la paire accède aux honneurs dans plusieurs beaux Grands Prix. En 1994, elle surprend son monde aux Jeux équestres mondiaux de La Haye, avec une très belle sixième place individuelle et une médaille d’argent collective, conquise aux côtés de Michel Robert, Éric Navet et Philippe Rozier. Après les championnats d’Europe de Saint-Gall, l’année suivante, où les Bleus s’offrent le bronze par équipes, Bosty dispute ses premiers Jeux olympiques en 1996 à Atlanta. “Une expérience hors du commun”, se souvient-il, qui se solde par une maudite médaille en chocolat pour les Tricolores. Hélas, Bosty est contraint de déclarer forfait la veille de la finale individuelle, Souviens Toi III s’étant blessé. En 1997, Airborne Montecillo (Han, Abdullah x Duft II) lui offre son second titre national à Fontainebleau. L’année suivante, aux Jeux équestres mondiaux de Rome, cet élégant étalon blanc né aux États-Unis lui permet de glaner une nouvelle médaille d’argent par équipes, en cordée avec Alexandra Ledermann, Thierry Pomel et Éric Navet.

© Collection privée



Idéal de la Loge, le retour en force

Roger-Yves Bost et Sydney Une Prince ont activement participé à la belle médaille d'or par équipes aux Jeux olympiques de Rio de Janeiro en 2016.

© Scoopdyga

Le début du vingt et unième siècle s’avère moins faste pour Bosty, qui ne dispose plus de chevaux assez brillants pour performer au plus haut niveau. Il s’attelle alors à former Idéal de la Loge (SF, Dollar du Mûrier x Joyau d’Or A), le crack qui la ramènera sous le feu des projecteurs. Finaliste du Cycle classique à quatre, cinq et six ans, puis troisième du championnat de France des sept ans, l’étalon s’illustre bientôt en Grands Prix, s’imposant à Vejer de la Frontera et Liège en 2005, Maastricht et Hickstead en 2006, Arezzo en 2007 - année où il se classe deuxième à Aix-la-Chapelle -, puis à Cannes et La Corogne en 2009. Cette même année, après avoir contribué à la victoire de la France lors de la prestigieuse Coupe des nations d’Aix-la-Chapelle, le duo est sélectionné pour les championnats d’Europe de Windsor avec Kevin Staut, Timothée Anciaume et Olivier Guillon. Hélas, les Bleus doivent se contenter d’une cinquième place, tandis que leur doyen ne se qualifie pas pour la finale individuelle. Malgré tout son talent et son énergie, Idéal semble manquer de régularité. Pour autant, il continue à gagner de très belles épreuves, dont le Grand Prix de la ville à Bordeaux en 2010, puis la Coupe des nations de Calgary et le Grand Prix d’Abu Dhabi en 2011. En raison d’une brouille avec Patrice Millot, son propriétaire, le crack quitte le haras des Brulys dès l’été 2012, avant de clore sa carrière avec Olivier Robert et Eduardo Blanco, sans résultats notables. 

Pour autant, le malheur des uns fait parfois le bonheur des autres. Quelques mois plus tôt, alors qu’il commençait à préparer Nippon d’Elle (SF, Schérif d’Elle x Narcos II) pour les Jeux olympiques de Londres, où il se rendra finalement en tant que réserviste, Bosty a récupéré presque tous les chevaux de l’Irlandaise Georgina Forbes, à la suite d’une mésentente avec sa cavalière et compatriote Jessica Kürten. Si Cosma Shiva (Old, Couleur Rubin x Peter Pan) et Vivaldo van het Costersveld (BWP, Clinton x Randel Z) gagnent d’innombrables épreuves de vitesse avec celui que l’on surnomme aussi “la fusée”, c’est Myrtille Paulois (SF, Dollar du Mûrier x Grand Veneur) qui va crever l’écran. Cette jument de caractère, au style atypique mais à la volonté de fer, s’offre le Grand Prix CSI 5* de Bâle dès janvier 2012, puis celui d’Helsinki en octobre. 

Après une finale de Coupe du monde prometteuse mais quelque peu inaboutie à Göteborg, puis un excellent début de saison extérieure, Philippe Guerdat sélectionne le couple pour les Européens de Herning. Pour autant, ni le chef d’équipe, ni le cavalier n’envisagent vraiment un coup d’éclat individuel, d’autant que Bosty comptait plutôt s’y rendre avec Nippon, qui lui avait malheureusement infligé quatre refus aussi terribles qu’inexplicables à Rome. Et pourtant... Comme sur une autre planète, la paire survole tous les parcours de Frank Rothenberger - et sera la seule à ne renverser aucune barre. Alors que l’équipe tricolore, également composée de Kevin Staut, Patrice Delaveau et Aymeric de Ponnat, doit se contenter de la quatrième place, Bosty est sacré champion d’Europe, son premier titre individuel chez les Seniors. Une consécration pour ce pilote apprécié de tous ses collègues sur le circuit.



L’après Myrtille

Achevant sa carrière entre victoires et coups durs, Myrtille, privée des Jeux équestres mondiaux de Normandie en raison d’une blessure récurrente, prend sa retraite le 1er novembre 2014 à Lyon, sous les regards embués du public d’Equita. Alors qu’on craint un nouveau creux dans cet itinéraire, dès le lendemain, Bosty remporte le Grand Prix CSI 5*-W Longines avec le Selle Français Qoud’Cœur de la Loge! Avec le fils d’Idéal, et d’une mère par Ténor de la Cour, le Francilien gagne également - et de manière sensationnelle - le Longines Global Champions Tour de Mexico en 2015. Capable du meilleur et parfois du moins bon, un peu comme son père, Qoud’Cœur ne sera sélectionnée aux championnats d’Europe d’Aix-la-Chapelle qu’en tant que remplaçant. 

En vue des Jeux olympiques de Rio, son cavalier prépare alors deux juments, dont la pétillante Sydney Une Prince (SF, Baloubet du Rouet x Alfa d’Elle). Formée par son sympathique propriétaire François Badel puis par Frédéric de Romblay, l’alezane est arrivée à Barbizon fin 2013. Remportant deux épreuves majeures au CSI 5* de Genève en décembre 2015, avant de se classer cinquième du Grand Prix CSIO 5* de Rotterdam au printemps 2016, le couple sera bien de l’aventure olympique. Même si la jument n’a que dix ans, son envie de bien faire suscite l’admiration, tout comme la fabuleuse équitation de son pilote. Le 16 août, au terme d’un second parcours consécutif à un point - tellement inhabituel pour “la fusée” -, la paire scelle le destin de la France, sacrée championne olympique! Trois jours plus tard, elle se classera seizième de la dure finale individuelle. Après trois décennies d’abnégation, à cinquante ans, le Barbizonnais, père de Clémentine et Nicolas, deux enfants auxquels il a transmis la passion familiale, et désormais grand-père d’un petit Paul, est enfin au sommet de l’Olympe! 

Pouvant désormais compter sur Sangria du Coty (SF, Quincy x Muguet du Manoir) notamment pour le plus haut niveau, la belle Sydney Une Prince ayant été vendue outre-Atlantique et Qoud'Coeur profitant d'une retraite méritée, Roger-Yves Bost n'a pas fini son épopée équestre!

PALMARÈS 

Jeux olympiques (deux participations) : médaillé d’or par équipes à Rio de Janeiro en 2016 avec Sydney Une Prince. 

Jeux équestres mondiaux (trois participations) : médaillé d’or par équipes à Stockholm en 1990 avec Norton de Rhuys, médaillé d’argent par équipes à La Haye en 1994 avec Souviens Toi III et à Rome en 1998 avec Airborne Montecillo. 

Championnats d’Europe (cinq participations) : médaillé de bronze par équipes à Saint-Gall en 1995 avec Souviens Toi III, médaillé d’or en individuel à Herning en 2013 avec Castle Forbes Myrtille Paulois. 

Finales de la Coupe du monde (huit participations) : quatrième à Dortmund en 1990 et troisième à Göteborg en 1991 avec Norton de Rhuys, dixième à Del Mar en 1992 avec President Papillon Rose. 

Championnats d’Europe Jeunes Cavaliers (quatre participations) : médaillé d’or individuel et de bronze par équipes à Geesteren en 1983, médaillé d’or par équipes à Cervia en 1984, double médaillé d’argent à Donaueschingen en 1985 et médaillé de bronze par équipes à Reims en 1986 avec Jorphée du Prieur. 

Championnats d’Europe Juniors (une participation) : médaillé d’or individuel en 1982 avec Jorphée du Prieur.

Cet article est paru dans le magazine GRANDPRIX heroes n°103.