Féline de Hus dans les pas de son illustre grand-mère

Brillante sur le Cycle classique des chevaux de cinq ans sous la selle d’Alain Béhague, Féline de Hus compte parmi les chevaux d’avenir du haras des Coudrettes. Marchant tranquillement dans les pas de sa grand-mère, qui n’est autre que l’inoubliable Silvana*HDC, ancienne crack de Kevin Staut, cette belle grise poursuit une formation sans la moindre fausse note.



Depuis deux ans, une certaine jument grise, élégamment nommée Féline de Hus, fait tourner de nombreuses têtes sur le Cycle classique Jeunes Chevaux de la Société hippique française. Cette gracieuse Selle Français, qui poursuit une formation exemplaire sous la selle d’Alain Béhague depuis quelques mois, a vu le jour le 6 mars 2015 au haras de Hus, à Petit-Mars, à une vingtaine de kilomètres de Nantes. Elle est issue du croisement, imaginé par Loïc Gille, alors responsable de l’élevage de Xavier Marie, entre le réputé Kannan (KWPN, Voltaire x Nimmerdor) et Bikini de Hus (SF, Levistan x Corland). Et cette dernière, née en 2011, n’est autre qu’une fille de la légendaire Silvana*HDC (KWPN, Corland x Widor), ancienne crack qui a longtemps brillé sous la selle de Kevin Staut. 

Après avoir engendré Widor II D (KWPN, Orame) en 2003 aux Pays-Bas puis Chopard VDB (Z, Canadian River) en 2007 en Belgique, Silvana, propriété de Xavier Marie jusqu’à la fin de l’année 2011 et son rachat cocardier par le haras des Coudrettes d’Armand et Emmanuèle Perron-Pette, avait donné naissance à trois produits en 2011, tous issus de Levistan (Han, Levisto x Argentan I), via des transferts d’embryon : Gipsy de Hus, Baïcka de Hus et Bikini de Hus. “Bikini était une très belle jument, avec une belle plastique”, se souvient Loïc Gille. “Elle était très respectueuse, avait pas mal de sang et un superbe geste des antérieurs.” À l’époque, le haras de Hus menait une politique d’élevage très ambitieuse avec ses juments de saut d’obstacles, croisées dès leur plus jeune âge afin de faire souche au Petit-Mars. 

À l’âge de trois ans, avant d’entamer sa formation sportive sous la selle de Gilles Botton, avec lequel elle évolue encore aujourd’hui dans des épreuves à 1,30m, Bikini donne naissance à Féline. “Le choix de Kannan était stratégique : comme toutes nos juments étaient jeunes, nous avions très peu, voire pas de recul du tout sur leur production, donc nous avons opté pour des étalons dont la qualité était déjà reconnue, ce qui était évidemment le cas de Kannan (alors numéro un du classement des meilleurs pères de gagnants internationaux en saut d’obstacles édité par la Fédération mondiale de l’élevage de chevaux de sport, WBFSH, ndlr)”, poursuit Loïc Gille. “Jeune, Bikini n’était pas très grande et n’avait pas une grande amplitude, donc Kannan a permis de ramener des moyens, de l’envergure et de la souplesse. Sur le papier, le croisement s’annonçait plutôt bon!” 

Dès ses premiers pas dans les prairies du Hus, Féline montre un sacré caractère, comme sa grand-mère. “Elle faisait la loi dans le lot!”, se souvient Loïc Gille, qui avait aussi rapidement décelé de belles aptitudes physiques. “C’était une très belle pouliche, assez sensible, avec de bons points de force et une bonne structure.” À six mois, alors qu’il est sous le charme de cette prometteuse jument, qu’il souhaiterait conserver pour son élevage, voire pour le sport, Xavier Marie aurait reçu une très alléchante proposition, tenue secrète, de la part d’Armand Pette... “Il me l’a offerte pour mes cinquante ans”, confie Emmanuèle Perron-Pette avec sourire et émotion. “C’était le 2 août 2015, le jour du Grand Prix CSI 5* de Dinard (dont Rêveur de Hurtebise*HDC avait d’ailleurs terminé deuxième avec Kevin Staut, ndlr). Armand est arrivé devant moi, avec un grand cadre photo de Féline, emballé dans du papier cadeau! C’était une magnifique surprise, à laquelle Laurence (Gazel, ancienne groom de Kevin Staut, ndlr) a un peu participé car c’est elle qui avait vu passer une photo de Féline sur Facebook. Comme c’était une petitefille de Silvana, à qui je suis extrêmement attachée, ils ont sauté sur l’occasion. Il y a beaucoup de sentiments dans ce que représente Féline, dont je suis d’ailleurs l’unique propriétaire (rires), d’autant que j’ai toujours été intéressée par les origines de Silvana.”



UNE FORMATION SANS ACCROC

Bikini de Hus, la mère de Féline de Hus.

© Collection privée

En 2019, Féline effectue ses premiers pas sur le Cycle classique des quatre ans sous la selle de Guillaume Boron. Pour sa première saison, la grise boucle pas moins de dix sans-faute en... onze parcours! Cette année, elle poursuit sa formation avec autant de succès sous la selle d’Alain Béhague, engagé en cours de saison par le haras des Coudrettes. Ce Franco-Belge de trente-deux ans, qui avait précédemment officié dans la Manche, tombe vite raide dingue de Féline. “C’est une petite crack, j’en suis fan!”, dit-il avec engouement. “Elle a un super galop, une bonne bouche, un excellent équilibre et une belle sensibilité. Elle est très intelligente, analyse et assimile les choses très vite. J’ai vraiment l’impression qu’elle s’améliore à chaque parcours. C’est génial de former une telle jument. Pour ne rien gâcher, elle est très facile et agréable à monter. Franchement, je ne peux lui adresser que des compliments. J’ai une chance incroyable et je suis vraiment reconnaissant envers la famille Perron-Pette de me faire confiance.” Après une longue pause entre juillet 2019 et fin mai 2020 en raison de la pandémie de Covid-19, Féline ne manque pas sa rentrée sur le circuit des cinq ans. Début septembre, la fille de Kannan avait déjà signé pas moins de dix sansfaute en douze tours! “Je suis convaincu que c’est une crack”, martèle son cavalier. “D’ailleurs, elle a le crin fin, comme les cracks en ont la réputation! Même si la route est encore longue et que rien n’est jamais sûr avec les chevaux, Féline a la trempe d’une athlète de haut niveau. Par exemple, j’avais ressenti cela pour Urano de Cartigny (SF, Diamant de Semilly x Double Espoir), que j’ai monté lorsqu’il était jeune (Alain a travaillé de nombreuses années au haras d’Elle d’Hubert et Bertrand Pignolet, naisseurs de l’étalon, ndlr). Nous avions assez vite présagé qu’il atteindrait le haut niveau. Féline me laisse au moins cette même sensation. Elle va au feu et a un respect irréprochable ! À chaque sortie, les gens parlent un peu plus d’elle!”



DANS LES PAS DE SA GRAND-MÈRE

Évidemment, nul ne peut s’empêcher de trouver des ressemblances entre Féline et son illustre grand-mère. “Comme Silvana, on peut facilement comparer Féline à une princesse”, avoue Emmanuèle Perron-Pette. “Elles ont un caractère similaire, sont délicates, sensibles et ont un vrai côté précieux. Sportivement, je n’ai pas connu Silvana lorsqu’elle était jeune, donc je ne peux pas les comparer avec précision, mais Féline a énormément de qualités. Elle est aussi courageuse et franche que sa grand-mère. Franchement, elle est incroyable!” Depuis son départ à la retraite en février 2016, l’inoubliable Silvana a donné six produits au haras des Coudrettes: un de Be Express (SF, Orient Express*HDC x Kannan), deux de Carinjo*HDC (Holst, Cascavelle x Landgraf I) et trois d’Orient Express*HDC (SF, Quick Star x Le Tot de Semilly). “Outre Féline, je monte notamment Hilvanjo, un fils de Silvana et Carinjo, que nous avons débourré cette année”, raconte Alain Béhague. “Comme tous les descendants de Silvana, il apprend extrêmement vite et c’est un très bon élève. Je pense que Silvana leur amène cette intelligence et cette vivacité d’esprit.” Gageons que la prometteuse Féline parvienne à accomplir la même carrière que sa grand-mère!

Cet article est paru dans le dernier numéro du magazine GRANPRIX n°120.