Le petit génie Flipper d’Elle a poussé son dernier souffle

Petit par la taille, mais grand par le talent, Flipper d’Elle a laissé son empreinte dans le cœur des Français, et surtout dans celui de son cavalier de toujours Laurent Goffinet. À vingt-sept ans, le petit bai, né chez Alexis Pignolet, est mort de vieillesse aujourd’hui, auprès de celui qui l’a toujours choyé. Lauréat de nombreuses épreuves internationales, et père de pléthore de gagnants internationaux, Flipper d’Elle laisse un grand vide derrière lui. 



Avec son coup de saut inimitable et son génie hors pair, Flipper d'Elle restera inoubliable.

© Scoopdyga

Il est parti cet après-midi. Plus ça allait, plus il était faible. Il est mort de vieillesse”, a commenté à chaud Laurent Goffinet, avec des trémolos dans la voix. “Depuis quinze jours, trois semaines, on voyait bien que ça commençait à être dur. Il avait du mal à s’alimenter. On a fait venir plusieurs fois les vétérinaires qui ont fait leur maximum.” Flipper a finalement patienté jusqu'au lundi 26 octobre, au lendemain du Grand Prix indoor de Saint-Lô, dont il détient le record du nombre de victoires (2003, 2004 et 2006), pour s’éteindre et rejoindre les étoiles. Il aura surtout attendu son cher et tendre cavalier. “Je lui avais fait la promesse d’être là jusqu’à la fin et c’est ce qui s’est passé”, confie ce dernier. “Je ne peux pas dire que je suis content de ce qui s’est passé, mais je suis soulagé d’avoir été présent aujourd’hui. Il aurait très bien pu faire ça hier alors que j’étais à Saint-Lô, et il a attendu que je revienne. J’aurais été triste qu’il parte en mon absence.

Uni jusqu’au bout à son ami quadrupède, Laurent Goffinet a sans doute pris la décision la plus difficile de sa vie cet après-midi. “Les autres fois, on voyait à son œil qu’il avait encore envie de se battre, mais là, quand je suis arrivé cet après-midi, il était allongé dans son box et il m’a bien fait comprendre que c’était la fin… J’ai appelé Denis (Hubert, co-fondateur de France Étalons, son propriétaire, ndlr) pour le prévenir. Il s’est remis debout, on l’a fait marcher, manger un petit peu d’herbe, mais il était vraiment très faible. J’ai finalement pris la décision de dire qu’il n’avait pas le droit de souffrir. Il s’est couché et il s’est endormi tranquillement”, souffle Laurent Goffinet, non sans émotion. 



De l’aveu de Laurent Goffinet, Flipper d’Elle a “tout” représenté pour lui. Excellent durant ses jeunes années, le fils de Double Espoir et d’une mère par Jalisco B a confirmé ses aptitudes jusqu’au plus haut niveau. Il a participé aux plus beaux Grands Prix de la planète, remporté ceux de Franconville, Deauville, La Courneuve, Chantilly, Canteleu et Saint-Lô, offert deux titres de vice-champion de France à son cavalier, signé un nombre incalculable de sans-faute en Coupes des nations, avec des victoires à Dublin, Saint-Gall et Rotterdam. Le couple a également pris part aux championnats d’Europe de San Patrignano, en 2005, puis aux Jeux équestres mondiaux d’Aix-la-Chapelle. “C’est lui qui m’a fait réaliser mes rêves de gosse: les Européens, les Mondiaux et tout ce que souhaite un cavalier dans sa carrière. Je ne peux pas dire qu’il y ait un Grand Prix qui m’ait plus marqué qu’un autre car chaque épreuve était un énorme plaisir avec Flipper”, se souvient avec émotion le Tricolore. “Quand il était en piste, il ne faisait jamais semblant. Il se donnait toujours à 100 %.

Combien de fois j’ai dit qu’il ne lui manquait que la parole! Je pense que je comprenais plus mon cheval que certaines personnes”, poursuit Laurent Goffinet. “Parfois, il était drôle, car en compétitions, quand je doutais un peu, que je trouvais les parcours trop imposants, il se transcendait pour me faire plaisir.” Les deux complices étaient si indissociables que le pilote français avait songé à raccrocher ses bottes en 2008, lorsque son complice avait pris sa retraite sportive. Celui qui aura appris à son cavalier “qu’un cheval n’était pas une machine et qu’il faut être à son écoute” avait également connu un fort succès à l’élevage.

Son sang Selle Français Originel coule dans les veines de plus de mille-cinq-cents produits nés dans l’Hexagone. Soixante-douze d’entre eux sont crédités d’un ISO supérieur à 140, et huit d’un ISO supérieur à 160 : Prince des Vaux (ISO 171), vu au plus haut niveau avec l’Autrichien Dieter Köfler puis le Néerlandais Gerco Schröder, Lucrate d’Eau Grenou (ISO 166), classé dans de nombreux Grands Prix CSI 2* et 3* avec l’Allemand Tobias Meyer, Quel Chanu (ISO 165), ancien partenaire du champion olympique Philippe Rozier, Nikita du Luot (ISO 164), Milos du Plain (ISO 163), Master de Renardière (ISO 162), Orage des Vaux (ISO 161) et Nouba de la Botte (ISO 160). Citons Uranie de Belcour (ISO 142), la nouvelle perle du numéro un mondial Steve Guerdat ou encore Pirole de la Châtre, qui a permis de révéler la jeune Camille Condé-Ferreira, lui offrant notamment une médaille d’or par équipes aux championnats d’Europe Enfants en 2013 à Vejer de la Frontera, puis l’or individuel en Juniors en 2015 Wiener Neustadt et l’argent l’année suivante à Millstreet. Lui-même indicé à 183 et père de plusieurs gagnants en concours complet, Flipper a aussi engendré de nombreux gagnants nationaux et internationaux en Belgique et aux Pays-Bas. Mais de lui, plus que tout, c’est son coup de saut inimitable, son génie et sa générosité que l’on retiendra le plus.


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