Bohemian, le cheval d’exception de Cathrine Dufour

Tout est dans son nom. Sur le rectangle de dressage, Bohemian, hongre du stud-book Westphalien, est un artiste peu conventionnel. Vainqueur de la Coupe du monde de dressage à Herning l'an dernier (à seulement neuf ans!) avec sa cavalière Cathrine Dufour, il s’illustre dans les plus grandes compétitions de la discipline depuis 2018, année à laquelle le couple a fait ses débuts en Grand Prix à Aalborg, au Danemark. Depuis, Bohemian connait un formidable succès. Le week-end dernier le couple a remporté le Grand Prix et la Reprise Libre en Musique lors de la première étape de la ligue d'Europe de l'Ouest de la Coupe du monde à Aarhus, au Danemark. Neuvième au classement mondial de dressage, Cathrine Dufour place d'immenses espoirs en son alezan brûlé. 



Au sujet de son association avec Bohemian, Cathrine Dufour affirme: “C’est à sa manière ou rien!”. En effet, ce n’est pas par son talent que l’alezan s’est d’abord fait remarquer. “Je me souviens du jour où il est arrivé chez moi à l’âge de quatre ans pour être formé. À peine sorti du camion, il était ingérable. On a dû le faire marcher dix ou quinze minutes pour qu’il se calme.” Bohemian est en effet un cheval que beaucoup qualifieraient de “chaud”. “Il est d’un tempérament extrêmement fougueux.”, affirme sa cavalière. Le genre de monture fuie par nombre de cavaliers, mais dont Cathrine Dufour raffole. “Je connaissais la famille Lagony Jeppesen car j’avais entraîné leur fille à poney. Ils m’ont demandé si je pouvais former leur cheval de quatre ans. Ils savaient que j’aimais les chevaux près du sang et m’avaient prévenue que c’était son cas.”

La famille Lagony Jeppesen avait acheté le hongre élevé en Allemagne par Henrich Langewellpott à l’âge de deux ans lors d’une vente organisée par Paul Schockemöhle. Le fils de Bordeaux, issu d’une mère par Samarant, n’avait alors pas encore de nom. Étant musicien et membre d’un groupe de reprises de Queen qui se produisait alors dans tout le Danemark, Jorn Lagony Jeppesen, en grand fan du groupe mythique ­—tout comme le reste de la famille— a choisi le nom de Bohemian en homage à la chanson Bohemian Raphsody. Arrivé chez Cathrine à quatre ans, Bohemian ne savait alors qu’avancer en ligne droite. Rien de plus, rien de moins. Cathrine a donc commencé à l’entrainer jusqu’à participer aux championnats du Danemark à l’âge de cinq, puis de six ans, avec succès. Et bien que la route vers ce succès n’ait pas été un long fleuve tranquille pour Bohemian, sa cavalière en a savouré chaque minute. “J’ai assez tôt compris que j’allais adorer monter Bohemian. Le courant est passé entre nous dès le premier mois”, se souvient la dresseuse. “Il était délicat, espiègle et j’ai eu du mal à trouver les boutons, mais il m’a donné une très bonne impression dès le départ.” La Danoise était confiante quant au talent et au potentiel de son partenaire. “Il est vraiment intelligent, comprend très vite et présente très bien. Il se montre toujours volontaire au travail et n’a jamais de jour sans”. Pour sa cavalière Bohemian semble cocher toutes les cases. “J’aime les chevaux très nerveux. Ils sont ceux sur lesquels je me sens le plus à l’aise. C’est une question de confiance. Lorsque je les mets dans une situation qui les rend anxieux, ils doivent se fier à moi. C’est ainsi que l’on crée une relation particulière.”

Bohemian et Cathrine Dufour lors de la Reprise Libre en Musique du CHIO d'Aix-la-Chapelle en juillet 2019.

© Scoopdyga



En 2016, Bohemian change de selle pendant six mois pour rejoindre celle de Katrine Kralund, avec qui il participe aux championnats du monde de dressage Jeunes chevaux. Le couple a terminé à la huitième place dans la catégorie dédiée aux chevaux de six ans. Peu de temps après cet évènement, Louise Zinglersen, une élève de Cathrine Dufour, a fait savoir à son père que “Bo”, de son surnom, était le cheval de ses rêves. Celui-ci s’est alors arrangé pour acheter le hongre et Bohemian est ainsi retourné dans les écuries de son ancienne cavalière. Souhaitant que Cathrine monte l’alezan à nouveau, Louise et son père lui ont ouvert les portes d’une carrière on ne peut plus spéciale. Le couple a fait ses débuts en Grand Prix en mars 2018.

Ce parcours, personne n’y aurait cru lorsque le cheval n’avait encore que quatre ans. “Quand il est arrivé la première fois dans mes écuries, ses allures n’avait rien d’extraordinaire”, se souvient Cathrine Dufour. “Il avait un trot un peu court et marchait comme n’importe quel autre cheval, mais je pense que cela était en partie dû au fait qu’il était très tendu. Honnêtement, à cette époque, rien ne laissait présager qu’il deviendrait un jour un cheval de Grand Prix.” Six ans plus tard, il fait partie des stars de l’écurie et représente même l’espoir olympique de sa cavalière, son si fidèle Atterupgaard's Cassidy étant en effet trop âgé pour prétendre aux Jeux olympiques de Tokyo, reportés d'un an en raison de la pandémie de Covid-19. “Je pense que la compatibilité entre un cheval et son cavalier est plus important que le potentiel,” assure la dresseuse. Son entraineuse Nathalie zu Sayn-Wittgenstein a contribué à la réussite du couple et lui est d’un grand soutien.

“À la maison, c’est un solitaire”, affirme Cathrine Dufour. Lorsqu’il est dans son box, Bohemian n’aime pas être dérangé. En concours, sa porte de box est toujours fermée. Il aime qu’on le laisse tranquille, mais une fois sorti, il est d’accord pour qu’on s’occupe de lui. Tout le reste du temps, c’est son moment à lui, tout simplement. Il n’est pas le genre de cheval qui aime être câliné et bichonné, à l’inverse de sa camarade d’écurie, Cassidy. “Cassidy aime être brossée et recevoir de l’affection. Bohemian est différent, parfois un peu mal aimable.” Si les deux cracks ne se ressemblent pas du point de vue du caractère, tous deux montrent la même attitude exemplaire sur le rectangle.

 Pour “Bo” ou “Bobby”, comme on l’appelle à l’écurie, le prochain objectif est l’élaboration d’une nouvelle version de la Reprise Libre en Musique. “Nous allons rester dans le même thème. La reprise est relativement facile à améliorer. Nous allons changer la chorégraphie et y ajouter quelques difficultés.”