Cavalier Royale, toujours au goût du jour (partie 2)

En parcourant les listes de départ des derniers championnats du monde des Jeunes Chevaux de saut d’obstacles, disputés chaque année à Lanaken, sauf en 2020 pour les raisons que l’on sait, un certain Cavalier Royale revient régulièrement dans les pedigrees des chevaux inscrits au stud-book du Cheval de Sport Irlandais (ISH). Ce fils du Selle Français Cor de la Bryère fut le premier cheval de race Holsteiner importé sur l’île d'émeraude. Et son empreinte est indélébile. Voici son histoire.



UN ÉTALON TRÈS CONVOITÉ EN COMPLET.

Marie King a obtenu quelques-uns des plus beaux résultats de sa carrière avec deux fils de Cavalier Royale, Imperial Cavalier ici aux Jeux olympiques de Londres en 2012.

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La première partie de cet article est disponible ici.

Présentant un pedigree riche de 51,76% de sang Pur-sang, Cavalier Royale est également devenu un père de légende en concours complet, produisant un grand nombre des champions ayant évolué avec succès en CCI 4* et 5*. Citons d’abord Captain Christy (ISH, mère par Imperius, Ps), né chez Marion Hughes en 1992 et qui a terminé neuvième des championnats d’Europe de Pau, en 2001, avant de participer aux Jeux équestres mondiaux de Jerez de la Frontera en 2002, aux Européens de Punchestown en 2003, ainsi qu’aux CCI 5*-L de Badminton et Burghley à plusieurs reprises sous la selle de la britannique Kristina Cook.

Aux Jeux olympiques de 2008, à Hong Kong, Cavalier Royale était représenté par trois de ses produits en complet : Call Again Cavalier (ISH, mère par Aristocracy, Ps) avec la Britannique Mary King, Kilkishen (ISH, mère inconnue) aux côtés de l’Irlandais Geoffrey Curran, et Ben Along Time (ISH, mère par Campaigner, Ps) associé à l’Australien Clayton Fredericks. Les bons résultats de Call Again Cavalier, médaillé de bronze par équipes, sont venus s’ajouter à des médailles d’argent individuel et d’or par équipes déjà décrochées aux Européens de Pratoni del Vivaro en 2007. Septième en individuel et médaillé d’argent par équipes en Asie, Ben Along Time avait quant à lui remporté l’argent individuel et le bronze par équipes aux JEM d’Aix-la-Chapelle en 2006. En 2012, Mary King a été médaillée d’argent par équipes aux Jeux olympiques de Londres avec Imperial Cavalier (ISH, mère par Imperius, Ps), un autre légendaire fils de Cavalier Royale, champion du monde par équipes en 2010 à Lexington, médaillé de bronze collectivement aux Européens de Luhmühlen en 2011 et régulièrement classé au plus haut niveau, terminant notamment sur les podium des CCI 5*-L de Badminton, Burghley et Pau.

En tout, la plateforme HorseTelex indique que Cavalier Royale est le père de vingt-cinq chevaux de complet ayant concouru en CCI 5*. En 2007, le Holsteiner a occupé la tête du classement des meilleurs gagnants internationaux en complet. Une année, il a même été désigné meilleur mère de gagnants dans cette discipline aux États-Unis, alors même qu’il n’y a jamais posé un sabot.



UN EXCEPTIONNEL PÈRE DE MÈRE.

On retrouve le chef de race, exceptionnel père de mère, dans le pedigree du crack MHS Going Global, ici à La Baule en 2015.

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Même après sa mort, en 1999, dix ans après avoir débarqué en Irlande, Cavalier Royale, dont il resterait de la semence, est resté l’un des pères les plus influents sur l’île. Sa génétique demeure ancrée depuis des générations dans les meilleures lignées, brillant en saut d’obstacles comme en concours complet. Désormais, ce sont donc ses filles, petites-filles et même arrière-petites-filles qui font le bonheur des éleveurs. Ainsi, la plateforme Hippomundo recense le chef de race en tant que père de mère de pas moins de vingtsept chevaux ayant concouru à 1,60m, et de quarante-cinq autres vus entre 1,45m et 1,50m. 

Son petit-fils le plus célèbre est peut-être MHS Going Global (ISH, Quidam Junior), né chez Ita Brennan, la regrettée sœur de Seamus et John Hughes et monté avec succès par l’Irlandais Greg Patrick Broderick, jusqu’aux Jeux olympiques de Rio en 2016, non sans avoir participé aux Européens d’Aix en 2015 et à deux finales mondiales des Coupes des nations Longines, à Barcelone. Après quelque temps sous la selle de l’Italien Alberto Zorzi, le crack poursuit sa carrière avec la Grecque Athina Onassis. “Cavalier Royale a été un pilier de l’élevage irlandais. On le trouve dans les origines de tout bon cheval provenant d’Irlande depuis vingt ans”, affirme d’ailleurs Tom Brennan, le fils d’Ita. “Toutes les lignées de mon élevage comportent le sang de cet étalon, à l’exception d’une dont j’ai essayé d’avoir une pouliche, sans succès. Le croisement m’a donné HHS Calais (ISH, mère par Obos Quality 004, qui s’affirme actuellement à 1,55m avec l’Irlandais Michael Pender, ndlr). Autrefois, nos ISH avait des allures un peu réduites. Cavalier Royale leur a apporté de l’amplitude, une très bonne action des postérieurs et un trot fantastique. Il a également redonné à notre production une souplesse qu’elle avait perdue, ce qui est essentiel en jumping et plus encore en complet. Sans Cavalier Royale, nous serions tombés bien bas dans les classements mondiaux des stud-books. Par ailleurs, il produit de beaux chevaux. Par exemple, nous surnommons Black Beauty la mère de MHS Going Global (Gowran Lady, ndlr) depuis le jour de sa naissance. À trois ans, les champs n’étaient pas assez grands pour elle lorsqu’elle se mettait à trotter. Aujourd’hui, elle a vingt-quatre ans et se porte comme un charme.”

Élevé par Marion Hughes, HHS Acorado (ISH, Acorado), fils de HHS Riverdance (ISH), une propre sœur de La Gata et La Dona, a franchi le cap des épreuves à 1,50m avec Miguel Bravo, tandis que HHS Amazing Grace (ISH, The Echo Factor), demi-sœur de celui-ci, est apparue à 1,45m avec Michael Pender et Molly Hughes Bravo. “J’ai aussi eu une jument nommée Heritage HHS Fortuna, avec laquelle j’ai dû remporter une quarantaine d’épreuves internationales. Elle est issue d’Heritage Fortunus, l’étalon que j’avais monté aux JO d’Athènes en 2004 et de Dreaming of U, propre sœur de Dreamin. Cette jument est également la mère du hongre HHS Figero, qui a sauté 1,65m sous la selle de la Britannique Alexandra Thornton”, rappelle Marion. “Le croisement entre Fortunus et China Cavalier, autre fille de Cavalier Royale, nous a donné HHS Burnchurch, onzième du Grand Prix CSI 5* de Genève l’an passé avec Michael Pender. Je chéris la présence de Cavalier Royale dans mes lignées maternelles. Ses descendantes transmettent un beau modèle, moderne, avec de l’amplitude, de l’action et un très bon mental. C’est un fantastique père de mère. Bref, il tient vraiment une place primordiale dans mon élevage.”

Performante jusqu’à 1,50 m avec le Brésilien Rodrigo Pessoa, Stardust VI (ex-Clona, ISH, mère par Yellow Rover, Ps), propre sœur de Mr Flanagan, a engendré Aymara des Bergeries (sBs, Canturo), qui a concouru jusqu’à 1,60m sous la selle du Mexicain José Antonio Chedraui Prom. Dollar Day (ISH, mère par Cut Above, Ps), était particulièrement appréciée à l’élevage Billy Stud, des Britanniques Pippa et William Funnell. En effet, son fils Billy Grand (ISH, Animo) a concouru jusqu’à 1,60m avec William et son compatriote Daniel Moseley, et son autre fils, Billy Beware (SHBGB, Kannan), a accompagné Pippa jusqu’en CCI 5*, tandis que Billy Dollar B, propre sœur de ce dernier, a produit quatre AES vus dans des épreuves entre 1,40m et 1,55m : Billy Yen (Cevin Z), Billy Penny et Billy Pukka (Chacco-Blue) ainsi que Billy in Fashion (Billy Congo). Mentionnons encore A Touch Imperious (ISH, Touch Down), deux fois deuxième du Derby d’Hickstead avec la Britannique Harriet Biddick (ex-Nuttall), JB’s Hot Stuff (AES, Locarno 62), classé en Grands Prix Coupe du monde Longines avec le Britannique Michael Whitaker, Coral Springs (ex-Halltown Royal, ISH, ARD VDL Douglas), vu aux JEM de 2018 à Tryon avec le Coréen Manjun Kwon, ou encore le prometteur Pacato (ISH, Pacino, ex-Eldiam de Rêve), monté comme son père par l’Irlandais Clem McMahon jusqu’à 1,60m.

L’an passé à Lanaken, la médaille d’or du championnat du monde des chevaux de sept ans fut une véritable affaire de famille! En effet, elle a récompensé Cuffesgrange Cavadora (ISH, Z Wellie 72 x Luidam x Cavalier Royale), victorieuse sous la selle de Seamus Hughes Kennedy, alors âgé de dix-sept ans. En 2017, Cuffesgrange Cavalidam (ISH, Luidam x Cavalier Royale), la mère de Cavadora, avait remporté la finale du Ponies Jumping Trophy, sorte de mini-Coupe du monde Poneys, avec le même Seamus Hughes Kennedy! Par la suite, elle a d’ailleurs permis à un autre jeune Irlandais, Max Wachman, de glaner quatre médailles en deux participations aux championnats d’Europe Poneys, dont deux en or en 2019 à Strzegom. “Cavalidam, dont le précédent propriétaire vivait dans la ferme voisine, est une fille de Cuffesgrange Millennium, élevée par Ita Brennan”, raconte Claire Hughes, la mère de Seamus Hughes Kennedy. “Trois descendants de Cavalier Royale, issus de mères différentes, ont été médaillés au championnat du monde des sept ans”, rappelle Tom Brennan. “Il s’agit de Ballypatrick Mystique (ISH, Fortunus x Cavalier Royale), en bronze en 2010, MHS Washington (ISH, Obos Quality 004 x Cavalier Royale), en argent en 2015, et Cavadora, en or en 2019. La mère de Mystique et la grand-mère de Cavadora sont d’ailleurs sœurs, de même que la mère de Washington est une sœur utérine de la grand-mère de Mystique. Ce sont des détails anodins en apparence mais qui rendent l’élevage si passionnant! La grand-mère de Cavadora, Cavalidam, m’appartient toujours.”



DERNIÈRES PAILLETTES EN VUE...

La force que Cavalier Royale transmet à ses filles est si remarquable qu’il est encore utilisé par des éleveurs espérant en obtenir une pouliche. C’est notamment le cas du Néerlandais Sjaak van der Lei, qui a fait naître en 2018 New Usha van’t Studutch (KWPN, mère par Elvis ter Putte). “Cavalier Royale a produit de nombreux performeurs et il est connu pour sa force en tant que père de mères. Prenez l’une de ses filles n’ayant aucun résultats sportifs: si vous vous penchez sur sa descendance, vous y trouvez sûrement des chevaux capables de sauter 1,50m ou 1,60m. J’apprécie aussi les gènes de Cor de la Bryère et il est intéressant de se rapprocher du sang de Rantzau. Par ailleurs, Cavalier Royale provient d’une souche maternelle exceptionnelle. Il transmet un bon galop et de la poussée, ce que je souhaitais combiner aux qualités de mes juments. Si l’on a la chance d’en obtenir une pouliche, c’est de l’or pour un élevage! J’aurai d’ailleurs à nouveau recours à sa semence, car j’ai finalement vendu ma pouliche. Je n’avais pas l’intention de le faire, mais je l’ai montrée à la commission de sélection de la vente de Prinsjesdag, pour voir ce que les experts allaient en dire. Et elle a été immédiatement sélectionnée, puis a obtenu le top price (53 000 euros, ndlr) chez les poulains.”

Fin avril, une autre pouliche de Cavalier Royale est née en Irlande chez Aidan Flanagan.“Nous l’avons utilisé car c’est l’un des plus grands étalons importés en Irlande. De fait, trois chevaux ont eu une influence considérable sur l’ISH: Cruising, Master Imp et Cavalier Royale. Malheureusement, le nombre de ses paillettes disponibles serait très limité. En effet, nous avons entendu dire que certaines avaient été perdues car la cuve dans laquelle elles se trouvaient a décongelé...” 

Ayant mené une très belle carrière en tant que cavalière de saut d’obstacles, Marion Hughes a également hérité de ses parents la fibre pour élever des chevaux de haut niveau, dont beaucoup sont donc issus de Cavalier Royale. “J’avais pour habitude de débourrer tous les chevaux de mon père. Avec les ISH d’autrefois, il me fallait deux ans pour obtenir un changement de pied. En revanche, il m’était très facile d’enseigner cela aux produits de Cavalier Royale parce qu’ils présentent une meilleure élévation du garrot au galop, ce qui rend ce mouvement plus simple et naturel.”

“En Irlande, son succès a été fulgurant. Nous avions besoin d’un père capable de transmettre plus de puissance à nos chevaux. Et pour ne rien gâcher, sa production s’est avérée être belle, agréable à monter et très courageuse. Ses filles et fils étaient des machines à sauter. Et s’ils avaient King of Diamonds dans leur lignée maternelle, qui transmettait sa technique des antérieurs, alors ils atteignaient des sommets”, s’enthousiasme encore John Hughes. “Nous l’avons beaucoup utilisé, ce qui était sûrement un peu risqué car nous aurions très bien pu n’obtenir que des chevaux moyens, mais nous en avons eu pas mal de formidables. Par ailleurs, il n’a jamais produit un seul alezan. Il n’y a eu que des bai, bai brun et gris”, complète Marion Hughes. “Dans son écurie, il aimait écouter “Le Beau Danube bleu” de Johann Strauss pour l’aider à récupérer après les prélèvements de semence. Il faisait partie de la famille. Un jour, en le conduisant devant la maison, j’ai trébuché et il a même essayé d’arrêter ma chute en me rattrapant avec sa bouche!”, conclut John Hughes. Il est vraiment des chevaux qui laissent des traces indélébiles dans les mémoires de ceux qui les ont côtoyés et aimés.

Cet article est paru dans le magazine GRANDPRIX heroes n°118.