“Une nouvelle saison sans championnat international serait dure à vivre”, Camille Lejeune

C’est une saison 2020 chamboulée qui s’achève pour les complétistes, qui devraient tous s’en souvenir un long moment. Camille Lejeune revient sur ces derniers mois et notamment sur la belle performance de Dame Decœur Tardonne, cinquième du championnat du monde des chevaux de sept ans le mois dernier au Lion-d’Angers. L’occasion également pour le cavalier, dont les écuries sont situées à Rouvres, en Eure-et-Loir, d’évoquer ses différentes montures et de se projeter vers la saison prochaine, regrettant notamment l’absence de championnats d’Europe au programme international. Enfin, le jeune trentenaire donne aussi des nouvelles de sa fidèle complice Tahina des Isles, que l’on ne reverra plus en compétition.



Comment avez-vous vécu cette saison marquée par un premier confinement de mars à mai et l’annulation de nombreuses compétitions?  

J’ai un effectif de chevaux qui est assez jeune. Pour moi, la priorité a été de ne pas perdre trop de temps dans leur évolution. Il a fallu trouver, avec le peu de concours que nous avions, l’axe de progression le plus intelligent possible pour que les chevaux continuent à progresser. Il a fallu jongler tout au long de l’année.  

Pouvez-vous revenir sur votre cinquième place au Mondial du Lion avec Dame Decœur Tardonne (SF, Lando x Contender), une jument de sept ans?  

Je suis très satisfait du résultat final. Nous avions bien préparé la jument cette année pour espérer obtenir un bon résultat au Lion-d’Angers. J’étais assez contrarié après le dressage, où la jument a été un peu plus contractée que d’habitude, et moi aussi. Cela a décuplé ma motivation, ma concentration et ma détermination pour la suite du concours. Elle a enchaîné sur un double sans-faute qui lui a permis de remonter à la cinquième place. Elle a réalisé un cross vraiment super, elle était très à l’aise (à retrouver en vidéo en fin d’article). Elle n’a montré aucun signe de fatigue. Elle a toujours eu une très bonne qualité de saut, et a été très droite et franche tout au long du parcours, ce qui était une grande satisfaction. Pour l’hippique, elle était déjà fraîche le samedi soir, donc nous n’avions aucun doute là-dessus pour le lendemain. C’est une jument qui saute bien en temps normal, et elle a pu livrer l’intégralité de son potentiel sans être éprouvée par le test précédent.   

Pourrez-vous la conserver dans vos écuries?  

C’est une jument qui présente aujourd’hui toutes les qualités pour faire du sport de haut niveau. Elle n’a pas de défaut. Je compte sur elle pour les prochaines années, mais nous savons tous ce qu’il peut se passer dans la carrière d’un cheval… Pour l’instant, elle n’est pas destinée à la vente et je devrais pouvoir la conserver sous ma selle l’an prochain.   

Quel bilan tirez-vous de votre bonne fin de saison à Montelibretti, où Caryotype Blanc (SF, L’Arc de Triomphe x Laeken) a remporté le CCI 3*-L et Canzonetta des Isles (SF, Rinaldo des Isles x Élan de la Cour*HN) a fini cinquième, tandis que Good Size des Quatre Chênes (sBs, King Size x Figaro de Belle) s’est classé huitième dans le CCI 4*-L, alors qu’ils ont tous trois huit ans seulement?  

Ce sont des chevaux que je monte depuis un moment. Je n’avais emmené qu’un cheval que je connais très peu (Noreway Harry, ndlr), que nous avons acheté l’hiver dernier et qui était également engagé dans le CCI 4*-L. Je suis content et rassuré. Content parce que j’ai investi du temps pour ces chevaux et j’ai toujours beaucoup cru en eux. C’est toujours satisfaisant d’obtenir des résultats. Rassuré car lors d’une année un peu difficile, j’ai réussi à les amener à un niveau qui leur correspond et qui valide leur bonne progression. Les chevaux sont arrivés prêts en Italie et j’ai pu réussir à tenir le “pari” de cette année, qui était de placer les chevaux dans un certain niveau de concours. C’est donc une double satisfaction. Les résultats sont ce qu’ils sont, mais ils se sont surtout bien comportés. 

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Camille Lejeune estime que Dame Decoeur Tardonne “présente toutes les qualités pour faire du sport de haut niveau”. Crédit: Pauline Chevalier

 





“La convalescence de Tahina des Isles a été assez longue”

Rétablie après une blessure contractée l'année dernière à Jardy, Tahina des Isles ne retrouvera pas la compétition.

© Scoopdyga

Ces performances vous permettent de gagner trente places au classement mondial, où vous pointez désormais au soixantième rang. Faîtes-vous de ce classement un objectif? 

Non. Je navigue depuis deux ans entre la quarantième et la centième place mondiale, alors cela fait toujours un peu de bien à notre égo. Après, je pense que ce classement prend toute son importance lorsqu’on est dans le top dix et qu’on y reste. Pour les sponsors ou les propriétaires, c’est une vraie plus-value. À mon échelle, je suis content, mais cela ne change pas ma vie.  

Vous semblez apprécier former vos chevaux dès le départ et grimper les échelons petit à petit jusqu’au plus haut niveau… 

Cela va avec ma construction professionnelle. J’adore les jeunes chevaux et les former. Arriver à amener un cheval de ses plus jeunes années au haut niveau nous donne des avantages par rapport à un couple qui vient de se former. Je connais mes chevaux sur le bout des doigts, j’ai tous mes boutons et mes réglages. Cela s’est aussi fait naturellement. Avec mes propriétaires, nous avons commencé à acheter des jeunes et maintenant nous investissons parfois dans des chevaux plus âgés. Au-delà d’un état d’esprit, c’est aussi ma carrière professionnelle qui m’a amené à fonctionner de cette façon. J’arrive à travailler à long terme avec l’ensemble de mes propriétaires. Ce sont des personnes que j’apprécie énormément et avec qui je peux dialoguer. Au-delà du sport, nous vivons une vraie histoire et partageons une vision commune, ce qui fait que notre relation fonctionne et perdure dans le temps.  

Comment va Tahina des Isles (SF, LBH Calvados x Élan de la Cour*HN), qui s’est blessée à Jardy l’année dernière et qui n’a pas concouru cette saison? 

Tahina des Isles entame une nouvelle carrière de maman. L’an dernier à Jardy, sa blessure était un coup de massue. Sa convalescence a été assez longue et nous avons pris la décision de ne pas reprendre le sport.

 



“Le sport ne s’arrête pas aux championnats”

Avez-vous déjà défini des objectifs précis pour l’année prochaine?  

C’est un peu compliqué. Pour moi, si les Jeux olympiques ont lieu, cela serait prématuré d’y participer. L’idée de la saison prochaine va être de stabiliser mon effectif au plus haut niveau possible, en fonction de chacun, et que mes chevaux soient performants sur les épreuves qu’ils courront. Ce ne sera pas une saison sans pression, mais plutôt de préparation pour les années suivantes. A priori, je peux envisager les CCI 5* de fin de saison, Burghley et Pau. Concernant le niveau 4*, cela devrait commencer assez rapidement dans la saison.  

Sur quels chevaux pourrez-vous compter pour les plus gros concours? 

J’ambitionne d’amener au niveau 5* Noreway Harry (ISH, Hannibal van Overis Z x Courage II), qui a onze ans et pour lequel j’ai beaucoup d’estime. R’du Temps Blinière (SF, Airborne Montecillo x Ukase) a déjà effectué ce genre de parcours. Elle va très bien et nous dira ce que nous pourrons faire la saison prochaine. La jument n’a rien à prouver aujourd’hui, et avec sa propriétaire nous voulons juste nous faire plaisir sur de beaux parcours. Que cela nous emmène vers des CCI 5* ou que nous restons sur des CCI 4*, cela sera bien. Mes autres chevaux seront un peu jeunes. À neuf ans, pour être engagés sur des CCI 5*, il faudrait qu’ils aillent très bien. Nous verrons comment ils évolueront au cours de la saison.  

Le report des Jeux olympiques de Tokyo a entraîné l’annulation des championnats d’Europe du Pin-au-Haras l’été. Contrairement au dressage et au saut d’obstacles, ils n’ont pas été reprogrammés en concours complet. Est-ce une déception pour vous?  

C’est une déception pour le sport en général et encore plus si les Jeux olympiques n’ont pas lieu. Une nouvelle saison sans championnat international serait dure à vivre. Nous aurons certainement une concurrence beaucoup plus accrue lors des épreuves de niveau 5*, en tout cas j’ose l’imaginer ainsi. Je trouve cela dommage que nous n’ayons pas eu d’organisateur en mesure de les accueillir. 

Personnellement, c’est une déception parce que j’ai des chevaux qui pourraient avoir un niveau européen l’an prochain. Après, sans Européens, nous allons faire avec et trouver des objectifs tous aussi motivants dans la saison. Le sport ne s’arrête pas non plus aux championnats, mais c’est un objectif qui s’évapore.   

En parallèle de votre carrière de cavalier, vous encadrez également plusieurs élèves. Ce nouveau confinement vous impacte-t-il? 

Pour l’instant non. Ce qui est compliqué, c’est que nous ne pouvons pas organiser de stages pour les cavaliers. Sur cette période de l’année, c’est peut-être ce qui est le plus handicapant. Par contre, au niveau de la formation de mes cavaliers et de l’entretien de leurs chevaux, à ce moment de l’année, cela ne l’est pas.  

Le parcours de cross de Dame Decœur Tardonne au Mondial du Lion-d’Angers le mois dernier