Mise en condition du cheval de complet

Parcourir un cross nécessite une bonne préparation, tant technique que physique. Le cheval doit être préparé à fournir ces efforts, parfois longs suivant le niveau d’épreuves, sans entamer son potentiel ni son moral.



Marie-Christine de Laurière, cavalière d’expérience aux multiples médailles, explique sa façon de procéder pour entraîner ses chevaux: “Je suis de la vieille génération et j’entraîne en continu, car j’utilise les prés environnants, contrairement à d’autres cavaliers qui entraînent en fractionné, une méthode qui nécessite de bons terrains. Pour entraîner, je pratique des galops, en utilisant le vallonnement naturel des prairies: je demande à mon cheval de ralentir en descente et de se propulser en montée. C’est très éducatif, c’est ce que j’apprends aux chevaux de quatre ans, sans les forcer. Ils apprennent ainsi à galoper et on retrouve cette facilité dans l’équilibre sur des terrains de cross du type de celui de Pompadour. En fonction du niveau de mon cheval, j’adapte le temps et le nombre de séances: à quatre ans, ils galopent deux minutes à deux minutes trente, à cinq ans on passe à quatre minutes, puis à cinq ou six minutes pour les six ans en prévision de la finale. Les chevaux d’âge d’un niveau une à deux étoiles galopent une fois par semaine. J’adapte mon entraînement en fonction du concours prévu: l’avant-dernier galop correspond à la même distance du cross, et je retire une minute sur le dernier galop de préparation.” Pour vérifier la progression, Marie-Christine observe le souffle de son cheval: “Le cheval doit récupérer son souffle moins de dix minutes après la fin du galop. D’ailleurs, je déconseille de galoper en montée dans la dernière minute de galop, le cheval produit beaucoup de lactates inutilement. À ce propos, pour les brûler, je trotte en récupération active après chaque séance un peu forte durant sept à huit minutes sur le plat. L’idéal est de vérifier le taux avec une prise de sang juste après un galop: au dessus du niveau huit, le cheval a produit trop d’efforts, en dessous de trois, il n’en a pas fourni! Cette méthode est infaillible pour ne pas se tromper dans son entraînement.” 

Disciple de Jean Teulère plus de trois années durant, Maxime Mercier s’est depuis quelques mois installé à son compte non loin de Saumur. Fort de cette formation de choix, entre autres expérience similaires, il nous explique sa méthode d’entraînement: “La mise en condition des jeunes chevaux se travaille en trottings réguliers de quarante-cinq minutes, environ deux à trois fois par semaine. J’intègre une minute de galop pour le plaisir. Cela permet de conserver le moral des chevaux tout en leur forgeant leur mise en souffle, surtout sur une topographie vallonnée. Par la suite, un travail quotidien régulier d’une demi-heure à trois quarts d’heure met en condition un cheval pour les épreuves Amateur. Pour des épreuves d’un niveau plus fort, à partir de la Pro1, un niveau de préparation plus conséquent se justifie. Avec les chevaux adultes, je travaille mes séances de galop tous les cinq jours, à raison d’environ quatre galops avant une échéance, en montant progressivement en puissance. Sur une piste avec un bon sol, j’adapte mon entraînement en fonction de la capacité physique de mon cheval mais je ne galope jamais très vite et je veille à changer régulièrement de pied. L’idéal est de travailler sur une pente légère qui met bien en souffle le cheval: en montée, je laisse un peu passer mon cheval devant moi pour lui ouvrir les poumons, tout en conservant les fondamentaux de l’équilibre. J’augmente progressivement le temps de galop: cinq minutes, puis six, puis six et demi, jusqu’à sept minutes. De même pour la vitesse, j’augmente de 450m/mn à 550m/mn. Le dernier galop, dans la semaine avant l’épreuve, est moins fort: environ cinq minutes.” 

Et Maxime précise: “Avant de partir sur ce type de séance, j’équipe correctement mon cheval de cloches et de guêtres fermées, surtout sur les antérieurs, adaptées au cheval et à la bonne taille, sinon le risque d’échauffement ou d’irritation est important. Il ne faut pas non plus que du sable ou autres éléments puissent s’y glisser: il s’agit d’efforts intenses et les membres des chevaux sont fragiles. Je choisis aussi une embouchure qui me permettra de rester au contrôle de mon cheval, en général celle que j’utilise habituellement sur le cross.” Pour la récupération, Maxime utilise la récupération active: “Suite au galop effectué, je trotte environ vingt minutes. J’observe bien mon cheval qui doit redescendre en rythme cardiaque et en souffle dans le quart d’heure qui suit la séance. Au retour, je le douche en fonction de la saison pour le refroidir, j’applique de la terre d’argile sur les tendons, et je lui administre des électrolytes. Pour ne pas tomber dans le surentraînement, je reste attentif à mon cheval: son état général, s’il mange bien, s’il récupère facilement... Il faut bien sûr que l’alimentation soit adaptée aux efforts fournis.”

Cet article est paru dans le magazine GRANDPRIX n°5.