L’élevage d’Elbe, bon sang de filles ne saurait mentir

En août 2016, Sydney Une Prince, jument selle français, fille de Baloubet du Rouet et de Girl d’Elbe, s’emparait de la médaille d’or par équipes aux Jeux olympiques de Rio, avec le cavalier tricolore Roger-Yves Bost. Si l’impétueuse et attachante Sydney Une Prince, a bien vu le jour aux haras des Princes, chez Marius Huchin, aux Attaques dans les Hauts-de-France, un certain 27 avril 2006, sa mère Girl d’Elbe a grandi non loin de là, à Montigny en Ostrevent, chez Georges Dufossez, à l’élevage d’Elbe. Rencontre avec un éleveur passionné, à l’origine d’une souche maternelle intéressante et qui a donné de nombreux gagnants.



“Chatelet Girl, la jument d’une vie”

Chatelet Girl en compétition.

© Collection privée

Georges Dufossez fait partie de ces personnages discrets mais émerveillés dès qu’il est invité à narrer la belle histoire qu’il noue depuis plusieurs années avec ses chevaux, aux côtés de son épouse Précilia et son fils Mathis. Chauffeur poids lourds dans la vie, il n’a pas évolué dans le milieu équestre étant enfant. “À l’âge de douze ans, on m’a offert un petit cheval pour ma communion. J’ai majoritairement appris à monter seul, puis j’ai ensuite été beaucoup aidé par Monsieur Francis Deroullers et son fils Philippe (de l’élevage de Beuvry, ndlr). Je leur ai acheté Favori de Frévent, un trotteur avec lequel j’ai pas mal concouru dans les D1 de l’époque”, se souvient Georges Dufossez. Ce self-made-man s’est lancé dans l’aventure de l’élevage familial en 1993, en jetant son dévolu, sur une certaine Chatelet Girl. “J’ai acheté Chatelet Girl, alors qu’elle avait un an en Normandie. C’est la jument de ma vie, je n’en n’ai jamais eu de telle. Elle avait un coup de saut formidable, mais je n’ai jamais été qualifié pour la monter à haut niveau. La jument était fort jolie, dans le sang, avec du caractère, et un coup de saut phénoménal. Elle me plaisait bien”, se rappelle l’éleveur. Cette fille de Quabri de Laleu, (SF) et de Sigma II, par El Toro (PS), présente une génétique riche, comprenant des chefs de race emblématiques tels que Almé, Night and Day, ou encore Elf III. Parmi sa fratrie, on peut citer le très bon performer Goya Chatelet (Galoubet A), étalon approuvé (ISO 151) qui a réalisé une remarquable carrière sous la selle du cavalier français Fabrice Lyon jusqu’en CSI 4*, mais également Fantasia Chatelet, propre sœur de Goya, qui a quant à elle évolué à un niveau amateur sous la selle de Marius Huchin (ISO 132). Outre Girl d’Elbe, Chatelet Girl a donné naissance aux internationaux Unique d’Elbe, un fils du KWPN Président, monté un temps par le cavalier français Laurent Le Vot, puis par l’amazone suisse Mathilde Cruchet, notamment en Coupe des nations Jeunes Cavaliers, mais également dans des épreuves jusqu’à 1,60m ; et Rolls d’Elbe, fils du Selle Français Luccianno, et fidèle complice de la cavalière belge Nadège Janssens, qui évolua jusqu’en CSI 3*. Elle a aussi eu un premier produit, Nacre d’Elbe, une fille de Kannan, décédée prématurément.



Girl d’Elbe en cheffe de file

Girl, la cheffe de file de l'élevage d'Elbe.

© Collection privée

Le premier produit de Chatelet Girl qui a véritablement marqué l’empreinte de l’élevage d’Elbe est Girl d’Elbe, une fille d’Alfa d’Elle qui a été vendue à l’âge de six mois à Marius Huchin. “J’ai vendu la pouliche, mais elle est toutefois restée un temps à la maison, je l’ai élevée jusqu’à trois ans. Nous la faisions déjà sauter en liberté, et déjà là, elle était inarrêtable”, se remémore Georges Dufossez. Girl d’Elbe entame ses classes Jeunes Chevaux avec le Nordiste Nicolas Delmotte. La jument se qualifie à la finale de Fontainebleau à quatre ans, où elle est Élite, puis à cinq ans. Elle poursuit sa carrière en alternance avec son propriétaire Marius Huchin, en épreuves amateures, anciennes classes C, et Guillaume Foutrier en B2 open pour se consacrer ensuite à sa carrière de poulinière. Tout comme sa mère, Girl d’Elbe est une jument pleine de sang, un facteur héréditaire qu’elle a transmis à nombre de ses produits. Le premier d’entre eux à voir le jour est Rectiligne Un Prince (Kannan), qualifié à Fontainebleau à cinq et six ans, avant que ne naisse l’année suivante la grande championne Sydney Une Prince*Treize. La fille de Baloubet du Rouet présente des qualités indéniables pour le grand sport et débute sous la selle du complétiste Frédéric Aronio de Romblay, avec lequel elle obtient la mention “Très bon” dans le championnat des six ans à Fontainebleau. L’alezane se déclenche véritablement à sept ans, année où elle termine treizième du championnat de sa catégorie d’âge. On lui connait ensuite la magnifique carrière internationale qu’elle entame avec Roger-Yves Bost, pour décrocher le graal sacré, l’or par équipes lors des Jeux olympiques de Rio de Janeiro en 2016. Sydney est par la suite vendue à l’américaine Katie Dinan. Nommons aussi Variance Une Prince, par Crown Z qui s’illustra jusqu’en épreuves internationales 1.45m avec Roger-Yves Bost, Tanka une Prince (Kashmir Van’t Schuttershof), lauréate en Grand Prix Pro 1,35m avec Benjamin Hédin.

Heureux concours de circonstances, le haras des Princes décide de réduire ses effectifs quelques années plus tard. “À l’époque, nous ne désirions pas acheter un autre cheval, mais nous sommes allés voir Girl par coup de cœur, et nous n’avons pas hésité une seconde à la reprendre. Elle était alors âgée d’une quinzaine d’années. Nous étions vraiment très heureux car je n’avais à ce moment-là plus de produits issus de la descendance de Chatelet”, expose Georges Dufossez. C’est ainsi que de nouveaux poulains vont pointer le bout de leur nez, cette fois pour le compte de l’élevage d’Elbe. À commencer par Babygirl d’Elbe, une fille de Kannan, Dakota d’Elbe (Ogano Sitte), classée dans les épreuves de sept ans avec Emeric George, Fée d’Elbe, fille du KWPN, Numero Uno. La jument de cinq ans se classe en Cycles Libres 1ère année cette saison, avec Précilia, l’épouse de Georges. La jument est première au classement national des Cycles Libres, avec treize sans-fautes sur quatorze parcours réalisés. Il est prévu qu’elle reste à l’élevage familial. Vient ensuite Goliath d’Elbe, un fils du Selle Français Maloubet de Pléville, né pour le petit clin d’œil l’année du sacre de sa sœur Sydney. “J’ai d’ailleurs eu pas mal de demandes, mais je l’ai vendu finalement pour le compte de Gènes Diffusion et de Dominique Baganas”. Goliath se classe huitième du championnat des quatre ans à Fontainebleau cette année, sous la selle d’Alexis Lheureux, tout en venant d’être approuvé étalon. Harkange d’Elbe, un jeune fils de Nervoso, vendu à Nicolas Delmotte, qui aura trois ans en 2021. Et enfin Jackpot d’Elbe, un fils de l’holsteiner Connor, toujours à maison qui vient aussi d’être vendu à un particulier.



“Une lignée en or”

Si Girl d’Elbe est aujourd’hui à la retraite, l’envie de poursuivre cette belle lignée est bien présente. “Nous avons toujours Babygirl pour prendre la relève, pleine de Clarimo cette année. Nous allons essayer de faire tourner en compétition un peu Fée, pour pouvoir ensuite continuer la reproduction. J’ai racheté également une poulinière Skalia de Lojou SF, (Caletto III x Gemme du Mûrier par Galoubet A) que l’on a confié à Goliath d’Elbe pour la saison prochaine. Aujourd’hui, mon souhait est vraiment de garder cette souche d’Elbe, la base de Chatelet Girl, que l’on retrouve aussi dans la production de l’élevage Treize de Monsieur François Badel, le propriétaire de Sydney. La priorité est ainsi donnée aux femelles que je souhaite garder à l’élevage. Je vends les mâles à l’âge de six mois car cela représente déjà moins de frais, et les risques sont amoindris. Sur le plan économique, il faut aussi faire des choix. J’ai la chance de disposer d’une bonne souche. Elle me donne envie de continuer et d’avancer. Elle est le rêve de tout éleveur. Des chevaux guerriers, gentils et prêts à tout donner pour leurs cavaliers”, résume Georges Dufossez.