L'élevage Orchid, élevage de poneys de sport à succès, mais pas que!

Paul et Carla van de Laar sont installés depuis trente ans dans le sud des Pays-Bas. Si les adeptes du circuit Poneys connaissent bien l’affixe Orchid, qui explose à haut niveau ces dernières années, rares sont ceux qui connaissent l’autre versant du haras et sa production de lait de jument! Rencontre avec ces deux éleveurs accomplis à l’histoire atypique.



© Collection privée

Votre parcours d'éleveurs est tout simplement étonnant: comment passe-t-on en quelques années d'une industrie de lait de jument à un titre d'éleveurs NRPS de l'année (2015) aux Pays Bas? 

Nous sommes nés tous deux en 1968. Diplômés d’études agricoles, nous avions l’idée d’élever un jour quelques chevaux de sport. Lors de mon cursus, j’avais entendu parler des propriétés du lait de jument pour le bénéfice humain, et le concept m’a rapidement intéressée. Nos études achevées, jeunes mariés, nous avons emménagé sur un lopin de terre que mon père nous laissait aménager. Restait à trouver quelques juments et les utiliser à la fois pour l’élevage et pour la production de lait. Mais le budget pour une bonne poulinière de sport était bien au-dessus de nos moyens, donc nous avons dû rapidement nous résigner et nous tourner vers des poneys plus rustiques. Nous avons rendu visite à nos voisins du haras de Kantje’s : leur jeune étalon Ronaldo nous a tapé dans l’oeil! Nous leur avons acheté une première poulinière, New Forest, facile et pratique : nous étions en 1990, l’aventure commençait! Puis, la demande en lait augmentant rapidement, nous sommes retournés acheter un lot de poulinières. Des ponettes avec un peu d’âge, afin que nous puissions nous faire une idée de leur production. Parmi elles, Weverijks Santana, suitée de son fils Carlando (Kantje’s Ronaldo), et Kirby, une très petite jument, mère notamment d’Orchid’s Jumelea qui, je crois, est bien connue en France (IPO 142, gagnante en Grands Prix sous la selle de Syndie Rigaut, ndlr). La demande en lait grandissait encore, et en parallèle, nous faisions en sorte d’améliorer nos lignées. Il faut dire qu’il y a toujours eu et qu’il y aura toujours une grande différence entre un prix entre un poulain et un très bon poulain. Nous devions donc garder en tête qu’élever de bons poneys de sport apporterait une belle valeur ajoutée. Nous avons énormément utilisé Kantje’s Ronaldo, puis avons eu la chance d’acheter Monique, une jument NRPS palomino écartée des terrains pour blessure. Nous avons tout de suite su que le croisement NF x NRPS allait apporter quelque chose de plus pour le sport, d'où l’arrivée de Krimh Ox et Kanshebber. Le nombre de nos poneys augmentait en flèche et nous améliorions sans cesse leur qualité! Voilà comment nous avons pu, petit à petit, nous faire un nom. Parce que nous avons élevé énormément de poneys de sport, et qu’un grand nombre d'entre eux se sont révélés excellents, nous avons obtenu le titre d’éleveur de l’année NRPS. C'était pour nous une belle récompense de notre philosophie d’élevage. 

Votre domaine semble immensément grand. Combien de personnes sont-elles nécessaires pour faire fonctionner l’ensemble? Le site est-il clairement séparé entre la production de lait et celle de poneys de sport? 

La ferme n'est pas si grande! Avec l’accroissement de la demande de lait de jument, nous avons petit à petit augmenté notre nombre de juments reproductrices. Cette année, nous avons couvert un peu plus de quarante juments. Nous avons environ quatre-vingts jeunes de zéro à trois ans sur place, deux étalons, et quelques juments retraitées, ce qui nous amène donc à environ 130 poneys. C’est encore beaucoup certes, mais nous gérons cela avec l’aide de mes parents qui vivent également sur la ferme. Nous vendons la plupart de notre lait sous forme de poudre, pour une question de practicité. Au début, nous vendions la plupart de notre lait frais, et pour cela nous devions traire toute l'année. Maintenant, nous pouvons nous contenter de produire du lait pendant la belle saison. À la naissance des poulains, nous ne trayons pas les juments: nous commençons à traire lorsque les poulains ont deux mois. Nous séparons d'abord les poulains pendant quelques heures. Au bout de quelques mois, les poulains sont séparés de leur mère pendant la journée. Nous trayons la jument deux à trois fois par jour, selon la demande de lait, et après la dernière traite nous laissons à nouveau les poulains avec leur mère. Ainsi, ils peuvent têter le soir et la nuit. Nous nourrissons très bien les poulains lorsqu'ils sont séparés. Le sevrage commence aux alentours du huitième mois; ainsi, au début du printemps, les poulains partent au pré en troupeau. Le travail consiste principalement à les nourrir et vérifier qu’ils grandissent harmonieusement. Hors soins, nous ne les éduquons pas avant leurs trois ans et ils grandissent en groupes tranquillement!



© Collection privée

Comment choisissez vous vos poulinières? Certaines affichent une production phénoménale, comme Melle Malou, Dayana, Black Star... Ces juments se consacrent-elles uniquement à l'élevage, ou sont-elles également utilisées pour la laiterie? 

Nous avons commencé avec un lot de juments très différentes mais issues de solides souches New Forest. Nous les avons sélectionné principalement pour leur papier et leur facilité d’utilisation à l’élevage, et non sur leur production laitière, car la vente de lait de jument a toujours été limitée. Leur modèle nous importait peu; l’important étant qu’elles aient un bon mental, de bonnes articulations et des dessous solides. Il a fallu du temps avant d'avoir de très bonnes poulinières issues de notre propre élevage. Nos poulinières ne sortent pas en concours, et ont leur premier poulain à l'âge de trois ans. Avec une gestion raisonnée de leur carrière à l’élevage, elles produisent bien: Melle Malou et Orchid’s Dayana, par exemple, ont eu leur dernier poulain cette année à l’âge de vingt-cinq ans. Maintenant, elles vont profiter d’une retraite bien méritée à la maison! L’histoire est d’autant plus particulière avec Dayana, que nous avons failli perdre à quatre mois, atteinte d’une lymphagite aigüe. Lorsque le vétérinaire est arrivé, elle suffoquait: il l’a sauvée en réalisant une trachéotomie. Et à vingt-cinq ans, elle a toujours son trou dans sa trachée! Elle nous a donné sept poneys de niveau international, et sans doute plus à venir... C’est notre meilleure poulinière! Toutes nos juments sont utilisées pour la traite, sans aucune distinction liée à la qualité de leurs produits. Nous n’avons pas recours au transfert d’embryon, toutes les saillies se font en main, et les rares inséminations artificielles que nous avons réalisées ici ont été pour utiliser Dexter Leam Pondi et Marcho Carwyn, afin de varier les croisements. 

Vous avez énormément utilisé Kantje's Ronaldo, puis Kanshebber. Et il semble que son fils Kristall van Orchid's suive maintenant ses traces à l'élevage. Avez-vous plusieurs étalons maison ou continuez-vous régulièrement à apporter du sang neuf? 

Au début, nous n’avions pas d’étalon. Nous avons eu la chance d’avoir Kantjes Ronaldo stationné à seulement vingt kilomètres de notre haras. Lorsqu'il a déménagé en France, nous avons cessé de l’utiliser. Son fils Kantje’s Carlando a été notre premier étalon, mais il n’a pas été approuvé par le studbook New Forest qui ne souhaitait pas conserver les lignées de Golden Wonder. Nous l’avons donc utilisé sur notre ponette NRPS, Monique, ce qui nous a donné Orchid’s Cestanii, et l’année suivante, Orchid’s Cestannica, la mère de Kristall van Orchids. La plupart de nos meilleures juments reproductrices sont par Kantje’s Carlando ou Orchid’s Cestanii. Mariées ensuite à Kanshebber, elles nous offrent un croisement en or. Après le départ de Kantjes Ronaldo, nous avons commencé à utiliser Krimh Ox, puis son fils Kanshebber, qui nous a finalement rejoint à la maison. Après notre titre d’éleveurs de l'année, celui-ci a couvert de plus en plus de juments issues d'autres élevages, parfois de Belgique, d’Allemagne, de France et d’Angleterre! Kanshebber et Kantje’s Carlando sont morts en 2018, respectivement à vingt-quatre et vingt-sept ans. Kristall van Orchid’s est la combinaison parfaite de nos meilleurs étalons. En début d’année, cinq de ses frères et sœurs ont commencé la compétition internationale. Nous sommes donc sûrs que la prochaine génération sera bonne. Comme nous n’avons pas recours à l’insémination artificielle, Kristall a assez vite pris le relais de Kanshebber sur nos juments. Nous avons également acheté un nouvel étalon, Zapp VR. C’est une lignée que nous recherchions depuis un moment: le sang de Zodiac revient régulièrement à haut niveau en saut d’obstacles Poneys. Et Zapp a également très bien tourné en concours complet. C’est une chance d’avoir pu l’acheter. Nous utilisons un nombre limité d’étalons. Quand nous avons un bon poulain, nous recommençons le croisement, encore et encore! Nous gardons nos poulinières et vendons les produits. Nous n’avons pas besoin de beaucoup de sang neuf.

En 2018, aux championnats d'Europe Poneys de Bishop Burton, on comptait pas moins de six de vos produits dans les trois disciplines olympiques (Karim, Cenda et Kamirez en saut d'obstacles, Megan et Tigersun en concours complet et Borneo en dressage). Que ressent-on face à une telle réussite? 

On ne peut pas décrire le sentiment éprouvé. Cela va au-delà de ce que nous pouvions imaginer! Les championnats d’Europe sont le niveau le plus élevé que vous puissiez atteindre en tant que cavalier et en tant qu’éleveur chez les Poneys. Nous apprécions surtout le saut d'obstacles et le complet, mais c’est par exemple une immense satisfaction d’avoir vu Borneo évoluer en dressage! Nous avions déjà eu Romantico (Kantje’s Ronaldo x Orchid’s Davincii) aux championnats d’Europe de 2003. “Notre” première sélection! Il n’avait pas démérité puisqu'il avait fini quatrième en individuel et médaillé d'argent par équipes. En 2005, Mirror (Orchid’s Exel x Kantjes Ronaldo) a également terminé quatrième en individuel et médaillé d'argent par équipes. Nous aurions voulu le voir de nos propres yeux! Alors l’année suivante, nous sommes allés à Saumur pour voir Karwin (par Kantjes Ronaldo et Melle Malou), qui a été sacré champion d'Europe par équipes et onzième en individuel. C’était fantastique! Quant à Kosmo van Orchid, et Kanshebber et Kantje’s Ronaldo avant lui, il compte des produits classés dans toutes les disciplines aux championnats d’Europe. Il a d’ailleurs fait encore mieux puisqu’il a terminé lui-même trois fois finaliste! Lorsque nous recevons une vidéo d'un enfant qui s'amuse dans les champs sur un poney né chez nous, c’est déjà une immense satisfaction. Tous ces classements lors des championnats d’Europe ajoutent simplement une immense fierté. Lorsque l’on essaie d'élever des poneys de sport polyvalents et que l’on atteint un tel objectif, c'est merveilleux!



Ken Van Orchid et Ilona Mezzadri.

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Tous vos poulains sont-il vendus avant leurs trois ans? Comment repérez-vous les futurs poneys de haut niveau? 

Notre idée était de garder tous les jeunes jusqu'à leurs trois ans, mais depuis quelque temps, bon nombre d’entre eux sont déjà vendus avant leur première année. Faire naître un bon poney est une chose, mais il est également très important de leur laisser le temps de grandir, ensemble, en troupeau, au pré ou en stabulation libre. Et sans distinction. Ceux que nous pensons réellement exceptionnels restent aussi avec le groupe. Il est toujours difficile de prédire quel poney atteindra le haut niveau car le chemin pour y parvenir est long. Nous élevons un pourcentage élevé de poneys talentueux, à nous de faire en sorte de les vendre aux bonnes personnes. Et puis, tous les acheteurs ne souhaitent pas acheter un futur poney de Grand Prix! Nous essayons toujours de trouver le bon poney pour les bons acheteurs. Il doit être au bon endroit pour apprendre: la clé du succès repose aussi sur un bon entraîneur et un bon cavalier. Et puis, parfois, vous avez besoin de chance. 

Vous êtes sans conteste des passionnés. L'élevage de poneys de sport a-t-il maintenant pris le dessus par rapport à la production laitière? Quels sont vos prochains objectifs? 

Au début, le lait représentait 90% de nos revenus, mais l'élevage a maintenant pris une part beaucoup plus importante. Je dirais 50-50 à l’heure actuelle. Donc, sans le lait, nous n'aurions jamais été un élevage aussi accompli, et c'est toujours une partie importante de notre entreprise. Nous sommes très satisfaits de notre parcours d'éleveurs. Nous avons deux fils, mais aucun des deux n’a la passion des chevaux, donc nous n'avons pas à transmettre notre haras à la génération suivante. Nous allons prendre notre temps et nous faire plaisir à élever de jolis poulains avec tout ce qu’il faut pour performer dans le sport. Nous continuerons à faire en sorte que les acheteurs repartent avec le poney qui leur convient le mieux. Nos poneys sont destinés en grande majorité à être montés par des enfants: le plus important restera qu’ils apportent beaucoup de bonheur à leurs jeunes cavaliers. Ceci dit, il nous manque tout de même un objectif, ou peut-être deux… Une médaille individuelle aux championnats d’Europe.


Ken Van Orchid, un excellent poney passé sous couleurs françaises
NRPS né en 2010, bai, 1,48m, par Kanshebber et Kantje’s Ronaldo
Étalon à la reproduction en France depuis 2016 (62 produits à l’heure actuelle)
IPO 168, BSO +29 (champion de France As Poney Élite 2019, vainqueur CSIO-P au BIP de Fontainebleau en 2019, gagnant As Poney Élite au Mans, à Quincampoix et Lamotte-Beuvron, gagnant des Grands Prix Amateur 1 de Maison-Lafitte, Magnanville et Chaumont, vice-champion de France As Poney Élite en 2018. 

L'avis de l'éleveuse, Carla van de Laar: ”L'année de sa naissance, nous avons fait naître cinquante-cinq poulains, mais je me souviens de Ken car c’était un poulain chic, aux membres longs, facilement repérable dans le troupeau. Il avait quelque chose de spécial dans la façon dont il se tenait et se déplaçait en liberté. Nous sommes ravis de ce croisement, que nous avons effectué plusieurs fois. Nous avons suivi de près son évolution et sommes fiers de son parcours!”

L'avis d'Ilona Mezzadri, son ancienne cavalière: “Ken est arrivé aux écuries en juin 2017 dans le but d’épauler Callas Rezidal Z, ma ponette de tête. Mon coach, Éric Denarnaud, l’avait repéré sur une TDA et m’a tout de suite dit que c'était un crack. En effet, à sept ans, il courait ses premiers Grands Prix Excellence! Ken est exceptionnel, vraiment hors norme. C’est un très beau poney, d’une gentillesse incroyable, très calme et facile au quotidien bien qu’il soit étalon. Il possède une fantastique galopade et une force incroyable, il sauterait 1,40m de pied ferme. Pourtant, il est relativement fin à monter, presque sensible. Et ça, il m’a fallu six mois pour le comprendre! C’est un poney qui nécessite un gros travail sur le plat, il faut sans cesse le garder concentré: il est appliqué mais aussi très joueur. Je me souviens d’un paddock de détente à Stuttgart particulièrement animé, où Bosty était venu me taquiner pour me demander comment se passait mon débourrage! Je suis heureuse qu’il soit resté aux écuries (Ken est passé sous la selle de Léo Nerzic, quinze ans, en début d’année 2020, ndlr). Je le croise tous les jours, des souvenirs pleins la tête. Ensemble, nous avons foulé les plus belles pistes d’Europe!”

Les étalons “made in Orchid” disponibles en France en 2020
- Ken van Orchid, élevage des Muses - 78670 Villennes
- Kryptonite van Orchid, haras des Lyres, 28200 Lanneray 

Quelques poulinières “made in Orchid” produisant sur le sol français
- Orchid’s Merina, élevage des Trèfles - 14710 Mandeville en Bessin
- Orchid’s Whitney, élevage du Mont d’Or - 25 370 Les Longevilles Mont d’Or
- Orchid’s Mira et Orchid’s Liantha, élevage des Étoiles - 50880 La Meauffe