Vitorio du Montet, le nouvel atout 5* de Maxime Livio

En participant à son premier CCI 5*-L à l’occasion des Cinq Étoiles de Pau, fin octobre, Vitorio du Montet a signé son entrée dans la cour des grands. Et des grands, il y en avait beaucoup cette année en Béarn, d’autant que tous les CCI 5*-L de la planète n’ont pas pu avoir lieu cette année. Et en se classant huitième, sous la selle de Maxime Livio, ce Selle Français de onze ans a montré qu’il avait l’étoffe des grands chevaux de complet, ceux capables de briller à Pau, mais aussi à Badminton, Burghley, Luhmühlen ou encore Lexington et Adélaïde.



Né pour le saut

Vitorio du Montet (SF, Lando x Arpège Pierreville) est né au lieu-dit… le Montet, à Marboz, un grand bourg situé à vingt kilomètres au nord de Bourg-en-Bresse, dans l’Ain. C’est là qu’Hubert Mazeaud et son épouse Brigitte Mazeaud-Ancel élèvent des chevaux de sport depuis plusieurs décennies. Le partenaire de Maxime est issu d’une bonne souche normande qu’Hubert Mazeaud a pu valoriser en faisant l’acquisition de Vieja (SF, Lieu de Rampan x Uriel), la grand-mère de Vitorio. En croisant cette alezane à l’excellent Arpège Pierreville (ISO 167, SF, Uriel x Jasmin), l’éleveur bressan fait naître la mère de Vitorio, Jenlah des Yvers, qui a aussi donné les bons Nuit Divineb (ISO 120) et Qui va loin (ICC 121).

Pour donner naissance à Vitorio, Hubert Mazeaud a choisi Lando par opportunité, le spectaculaire étalon, vice-champion olympique en 2000 à Sydney sous la selle du maître néerlandais Albert Voorn, était alors stationné près de chez lui, non loin de la frontière suisse. Ce croisement avait d’ailleurs pour but de faire naître un futur champion de saut d’obstacles. Pour autant, si la réussite des produits de Lando en jumping n’est plus à prouver, au regard des performances et de la trempe des SF Ornella Mail*HDC (ISO 175), finaliste de la Coupe du monde en 2012 avec Patrice Delaveau, Oscar des Fontaines (ISO 166), fort bon gagnant international sous la selle de Pénélope Leprevost, Un Amour la Goula (ISO 158) et Vakiry des Saules (ISO 156), sous oublier l’étalon Oldenbourgeois Lacan 2, très grand gagnant international avec l’Allemand Patrick Stühlmeyer, il a aussi produit des performeurs en complet. Citons l’excellent Oslo Biats, champion du monde des six ans au Lion-d’Angers puis vainqueur du CCI 5*-L de Pau en 2011 avec le Britannique William Fox-Pitt ainsi que la très prometteuse Dame Decœur Tardonne, cinquième Mondial des sept ans le mois dernier au Lion-d’Angers avec Camille Lejeune.



Une histoire de famille

Hubert Mazeaud se souvient de Vitorio comme d’un poulain déjà “très présent, avec beaucoup de caractère et de force, mais aussi un très bon tempérament”. À trois ans, le bai est pris en charge par Juliette Bouquet, cavalière amatrice et fille de Brigitte Mazeaud. Celle-ci le confie à Benjamin Massié, un ami cavalier qui a d’ailleurs lui aussi couru son premier CCI 5*-L à Pau cette année. L’Aquitain le présente une fois sur le Cycle classique des chevaux de quatre ans, avant que Caroline Samson le monte lors de quelques étapes du Cycle libre. Benjamin se rappelle un cheval “gentil mais plutôt mou, qui faisait gros bébé. Rien ne laissait alors présager de ses futures performances.” Après quelques parcours de formation avec Alice Rueda, Juliette récupère un temps Vitorio, qu’elle décrit comme “très gentil”.

En grandissant, le mâle prend de la force et du caractère. Il a besoin d’un travail sur le plat plus approfondi et devient plus technique à monter. Il a donc fallu “trouver un cavalier qui puisse utiliser son talent”, reconnaît Juliette. D’un commun accord avec sa famille, elle confie Vitorio à son frère, Thomas Bouquet, écuyer au Cadre noir de Saumur. C’est alors que Vitorio découvre le concours complet, tantôt sur le circuit de la Société hippique française, tantôt dans des épreuves disputées sous l’égide de la Fédération française d’équitation. Selon Brigitte Mazeaud, Thomas a tout de suite “senti qu’il avait affaire à un bon cheval”. Pour le Saumurois, “Vitorio est une machine, qui méritait qu’on s’occupe pleinement de lui et qu’on s’investisse à fond dans sa formation.” Or, avec son travail au Cadre noir, il ne parvient pas à consacrer à Vitorio tout le temps qu’il faudrait. Il le présente alors à Maxime Livio, qui lui semble le cavalier idéal pour relever le défi. Acheté par un syndicat de propriétaires, fin 2016, le bai rejoint alors les écuries Livio, à Dénezé-sous-Doué, tout près de Saumur. Pour autant, les Mazeaud n’ont jamais cessé de suivre leur poulain. “Nous sommes très heureux que Maxime ait cru en ce cheval. Vous savez, nos chevaux, on les aime et on en est fiers”, déclare Brigitte avec émotion.



Un cheval taillé pour tous les CCI 5*?

Alors âgé de sept ans, Vitorio va confirmer ses qualités de complétiste et surtout se tailler la réputation d’excellent cheval de cross, grâce à son courage et sa galopade, tout en concourant régulièrement en jumping. En 2017 à Bazoges-en-Pareds, il se classe quatrième de son premier CCI 3*-S, puis neuvième du CCI 3*-L du Pouget. En 2018, le couple boucle sans encombre les CCI 4*-S de Baborowko et 4*-L de Strzegom, mais subit une élimination dans le cross du CCI 4*-S du Pouget. La saison 2019 démarre très fort au CCI4*S de Barroca d’Alva, au Portugal. Après un cross parfait, Vitorio prend la tête de l’épreuve et la conserve lors de l’hippique, mais perd la victoire sur tapis vert en raison de protège-boulets non conformes. Le duo se rattrape vite, terminant huitième du championnat Pro Élite à Pompadour et dix-neuvième du réputé CCI4*-L de Bramham. Engagé au CCIO 4*-S de Waregem et au CCI 5* de Pau, Maxime Livio termine finalement sa saison plus tranquillement en prenant part au CCI 3*-S de Montelibretti puis au CCI 4*-L de Pratoni del Vivaro.

La saison 2020 doit marquer les débuts du couple en CCI 5*-L. Seulement, en raison des restrictions sanitaires et des défis financiers posés par la pandémie de Covid-19, ceux-ci sont annulés les uns après les autres : Lexington, puis Badminton, Luhmühlen, Burghley et Adélaïde, en Australie, où les Européens ne se rendent de toute façon jamais. Heureusement, les organisateurs palois eux, tiennent le choc, donnant à bien des grands cavaliers leur seul grand objectif de l’année. Avant de s’élancer en Béarn, Maxime et Vitorio se classent dans les CCI 4*-S de Marnes-la-Coquette et Arville, puis le CCI 3*-L de Lignières.

À onze ans, pour sa première à ce niveau, Vitorio, idéalement piloté par Maxime, se paie le luxe de boucler un magnifique double sans-faute devant le public français, lui permettant ainsi de conserver ses points de dressage et de remonter de la trente et unième à la huitième place finale! Grâce à cette performance, il confirme tous les espoirs placés en lui. En effet, c’est un cheval que Maxime Livio prépare exclusivement pour le niveau 5*. “Vitorio est un bon crosseur mais il n’a pas la force et la locomotion des meilleurs chevaux de dressage. Je dois le présenter de manière à ce que nous nous placions le mieux possible après le dressage, mais il ne sera pas aux avant-postes. Si j’arrive à obtenir des points corrects et à les conserver, il ne devrait pas être loin du compte”, avait-il d’ailleurs déclaré avant sa performance paloise. Lors du test de fond, en revanche, Vitorio a montré que ni la technique, ni la hauteur et ni la distance ne le perturbent puisqu’il a franchi la ligne d’arrivée en avance et en affichant de la fraîcheur.

On l’aura compris, plus les cross sont durs, plus le bai aura de chances de tirer son épingle du jeu. C’est pourquoi il semble destiné à se confronter aux plus prestigieuses épreuves de la planète. Découvrira-t-il Badminton dès l’an prochain? “Il n’a pas de superbes allures au premier abord mais Maxime a cru en lui, et il a eu raison. En plus, il a vraiment un super caractère, un très grand cœur”, salue encore Juliette Bouquet, sa première cavalière. Espérons que ces qualités lui permettront de continuer à briller dans ces grandes épreuves que l’on a tant hâte de retrouver.

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