“Après des années d’apprentissage et de voyages, j’espère être à la hauteur du défi que je me suis lancé”, Laetitia du Couëdic

À vingt-quatre ans, Laetitia du Couëdic a jugé qu’il s’agissait du bon moment pour prendre son envol. Installée pendant presque un an près de Deauville au haras de la Chesnaye, particulièrement actif dans le commerce de chevaux, la Suissesse a désormais posé ses valises à une dizaine de kilomètres, au haras de Beaufour. Un temps élève du champion olympique par équipes Kevin Staut ou encore de l’Israélien Daniel Bluman, l’amazone se fait une place, notamment grâce à son cher Arizona Star, mais reste comme toujours discrète, modeste, et garde la tête sur les épaules. Pour GRANDPRIX, Laetitia du Couëdic évoque les contours du nouveau défi qu’elle s’est lancé.



Malgré son déménagement, Laetitia du Couëdic a pu conserver Corradina.

© Scoopdyga

Il y a quelques semaines, vous avez quitté le haras de la Chesnaye, où vous étiez installée depuis près d’un an. Pourquoi avoir pris cette décision et où êtes-vous désormais installée ? 

J’ai travaillé au haras de la Chesnaye pendant près d’un an, ce qui était mon objectif. J’avais besoin d’une expérience lors de laquelle je pouvais monter plus de chevaux de tous niveaux et de tous âges. Je n’avais jusqu’alors jamais eu cette opportunité en Suisse. Je suis désormais installée à mon compte et je suis locataire de boxes au haras de Beaufour depuis début octobre. J’y accueille des chevaux de tous genres, que ce soit dans un but commercial ou sportif. J’ai aussi gardé mon bon cheval – le seul qui m’appartient – Arizona Star. 

Pourquoi avoir choisi de rester en Normandie, près de Deauville ?

Je suis très attachée à cette région, qui est très importante pour le milieu du cheval. L’élevage y est extrêmement développé grâce aux grands espaces et les concours y sont nombreux en temps normal. Je trouve que malgré la pandémie, nous avons été d’ailleurs plutôt chanceux car il y a eu le Longines Deauville Classic, les CSI 2* et 3* de Canteleu, le CSI 4* de Saint-Lô qui a finalement pu être maintenu… Il y a ici toujours de beaux concours qui nous permettent de faire évoluer les chevaux, du CSI 4* en passant par le National jusqu’au concours Jeunes Chevaux. En plus de cela, j’ai créé une sorte de deuxième famille en Normandie. Je m’y plais, j’y ai des amis très proches et j’aime être là. 

Avec ce nouveau chapitre, comment se compose votre piquet de chevaux ? 

J’ai gardé Corradina, propriété de son éleveur Jean-Paul Coche, qui a également fait naître Arizona Star. Nous nous sommes rencontrés lorsque j’ai acheté ce dernier. J’ai beaucoup de reconnaissance et d’estime pour lui car il est le premier à m’avoir fait confiance en me confiant un cheval. Corradina m’a donc suivie à la Chesnaye et maintenant au haras de Beaufour. Elle évolue très bien car elle a pris part à son premier Grand Prix CSI 2* à huit ans (le 24 octobre à Saint-Lô, où elle a commis une faute, ndlr) malgré une saison quelque peu raccourcie. Depuis mon déménagement, de nouveaux propriétaires me font confiance. Pour l’heure, j’ai récupéré une jument de huit ans, Colombia de Beaufour, dans un but commercial. L’idée est de la valoriser afin qu’elle soit vendue dans les mois qui viennent. À côté de cela, j’ai plutôt des jeunes chevaux dont deux de quatre ans et une jument de cinq ans. Je vais devoir les former et les valoriser afin qu’ils soient eux aussi vendus. Presque tous les chevaux que je monte seront disponibles à la vente un jour ou l’autre. Je crois que cela est nécessaire pour avancer. 

Avec qui vous entraînez-vous ? 

Je suis toujours en correspondance avec Jean-Maurice (Bonneau, ancien entraineur et sélectionneur de l’équipe de France puis de celle du Brésil, ndlr), avec qui je n’ai plus pu m’entrainer l’année passée. Cela m’a manqué donc j’essaie d’être en contact avec lui plus fréquemment désormais. Il a toujours suivi mes parcours en vidéo et nous en avons toujours un peu débriefé, mais cela était plus difficile car il ne connaissait pas les chevaux que je montais. Il a par exemple pu venir à Canteleu, et si la situation sanitaire le permet, j’aimerais qu’il vienne me faire travailler un peu cet hiver.



“J’ai peur que la situation que nous traversons ne devienne la nouvelle normale”

Meilleur cheval de la Suissesse, Arizona Star a un tempérament bien particulier.

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Justement, quel va être votre programme cet hiver ? 

Il me reste deux concours nationaux cet hiver. Cela sera une bonne chose pour ma nouvelle jument de huit ans et me permettra également de faire concourir Arizona Star, qui a besoin de sauter assez régulièrement. Après le mois de novembre j’aurai terminé. J’ai ensuite prévu de partir en tournée en Espagne dès le mois de février. 

Jusqu’où pourra aller Arizona Star ? 

Je n’ai pas vraiment de mots pour décrire ce cheval, dont je suis vraiment fan et sur lequel j’ai du mal à porter un regard objectif (rires). En vérité, je crois que je ne me suis pas trompée en l’achetant chez Christian Hermon à la fin de son année de six ans. Il n’avait pas beaucoup concouru à l’époque. Avec le recul et l’expérience dont je dispose aujourd’hui, je me rends compte que je ne l’aurais sûrement pas acheté si on me l’avait proposé aujourd’hui. Il n’avait pas de résultats mais je ne savais pas les lire assez bien et je pense vraiment que si je cherchais à acheter un cheval aujourd’hui, je ne me serais pas arrêté sur lui. Ce que j’apprécie est que nous avons lui et moi une réelle connexion. Ce n’est pas un cheval que tout le monde aimerait avoir dans ses écuries car il est assez spécial. Arizona est très nerveux et a besoin d’être constamment rassuré. Il doit être dans un environnement calme et serein, sinon il peut être vraiment ingérable. Plusieurs fois, alors que nous avions commencé une séance, pour une certaine raison il devenait vraiment chaud. Cela pouvait être parce que nous avions passé une barre au sol, qu’il y avait eu un bruit etc. Jean-Maurice m’a appris à aller le promener plutôt que de continuer, et de reprendre l’après-midi. Cela arrive assez souvent. Il faut vraiment s’adapter, mais il se donne énormément. Il veut toujours bien faire et dispose d’énormément de moyens et de force. J’ai toujours dit que s’il était chez un autre cavalier il aurait pu percer dans de très grands concours, mais je n’ai pas très envie de m’en séparer (rires). Comme je l’ai dit tous mes chevaux sont à vendre, mais je ne pense pas que dans son cas il partira de sitôt, déjà par rapport à son tempérament mais aussi parce que je ne vais pas le laisser filer facilement. 

En tant que jeune citoyenne, que la situation actuelle vous inspire-t-elle ? 

C’est très inquiétant. J’en parlais encore avec mes amis et ma famille récemment et j’ai peur que nous soyons déjà dans une nouvelle normale. Même le jour où je vaccin sera trouvé, il risque d’être difficile de vacciner toute une population. Au-delà de la crise sanitaire, le monde en général a de quoi inquiéter sur de nombreux aspects. Que ce soit les élections aux États-Unis, les maladies qui se répandent, les actes terroristes… Nous traversons une période au cours de laquelle les gens de notre génération doivent réfléchir à deux fois avant d’avoir un enfant ou de se lancer dans des projets, compte tenu du risque économique que cela implique. Il faut faire attention, mais le monde du cheval reste à part. J’essaie de garder les pieds sur terre et j’ai la conviction que nous avons énormément de chance de faire ce que nous faisons. 

Avant de prendre la décision de vous mettre à votre compte, le contexte actuel vous a-t-il questionné ?

Oui et non, car cela fait très longtemps que j’ai le désir d’être à mon compte et de pouvoir travailler avant tout pour moi, de manière indépendante. Lorsque l’on lance un business, il faut bien entendu prendre en compte le contexte, mais j’ai la chance de pouvoir compter sur un important soutien de la part de ma famille et de mes amis, qui m’ont poussé à avancer dans cette voie. Après des années d’apprentissage et de voyages (la Suissesse a notamment concouru au Winter Equestrian Festival de Wellington, en Floride, sous la houlette de l’Israélien Daniel Bluman, ndlr), j’espère avoir acquis l’expérience nécessaire pour être à la hauteur du défi que je me suis lancé. Je pense que oui, mais je suis loin d’être au bout de mon apprentissage !