L’ambitieux Jack Whitaker se forge un prénom

À dix-neuf ans, le Britannique Jack Whitaker est en constante progression. Fils de l’illustre Michael Whitaker, il a connu le succès chez les Jeunes, avec en point d’orgue une médaille d’argent par équipes lors des Jeux olympiques de la jeunesse il y a deux ans, avant de s’imposer de plus en plus régulièrement au milieu de cavaliers bien plus expérimentés. Alors qu’il peut désormais compter sur le tout bon Selle Français Valmy de la Lande, le jeune homme continue patiemment sa route vers le plus haut niveau, non sans ambition. Portrait d’un digne héritier de la dynastie Whitaker.



Arlo de Blondel a permis à Jack de remporter le titre de vice-champion d'Europe par équipes lors des Européens Longines de Fontainebleau en 2018, chez les Juniors.

© Scoopdyga

Dans la famille Whitaker, voici Jack ! À dix-neuf ans, le fils de Michael se fait peu à peu sa place à haut niveau. Bien que venant d’une famille omniprésente dans le milieu équestre, le jeune homme affirme que “mes parents ne m’ont jamais poussé vers les chevaux, mais cela devait arriver car ils ont toujours été là !” Jack a commencé la compétition vers l’âge de neuf, et s’est notamment illustré avec son poney Zodianne van de Doevenbree (NRPS, Zodiak x Khadiboj van Klaverborch), qu’il a entièrement formé de ses cinq ans jusqu’aux championnats d’Europe en 2015, remportant au passage l’or par équipes! L’année suivante, c’est avec Elando van de Roshoeve (BWP, Rebus G x Quickfeuer van Koekshof) que le cavalier a fait le voyage à Aarhus pour participer à une deuxième échéance continentale à poney. Le succès a de nouveau été au rendez-vous, le couple glanant le titre en individuel et l’argent par équipes. “Quand j’ai gagné les Européens, c’était un grand moment !”, se remémore d’ailleurs le cavalier. 

En parallèle, “j’ai aussi fait beaucoup de football jusqu’à l’âge de quatorze ou quinze ans. Pratiquer les deux sports prenait beaucoup de temps, alors j’ai dû faire un choix, et j’ai choisi le saut d’obstacles”, explique Jack. Une décision qui s’est avérée être la bonne. Définitivement passé à cheval, il compte encore trois participations européennes chez les Juniors, en 2017 avec Street Hassle BH (SF, Quick Star x Beach Boy) et en 2018 avec Arlo de Blondel (SF, Tlaloc M x Kassidi), empochant les deux années l’argent par équipes, et en 2019 avec Scenletha (Han, Scendix x Contendra I). L’année 2018 a signé un tournant dans sa jeune carrière. Jack est sélectionné pour les Jeux olympiques de la jeunesse, qui se tiennent alors à Buenos Aires, en Argentine. Le 9 octobre – jour de son anniversaire - il s’est adjugé avec L V Chance Luck, un hongre prêté pour l’occasion, le titre de vice-champion olympique par équipes, trente-quatre ans après la médaille d’argent par équipes de son père et de son oncle John aux Jeux olympiques de Los Angeles, en 1984. “Cette médaille aux Jeux olympiques de la jeunesse représente beaucoup pour moi. Mon père était présent, c’était fantastique. Des chaînes nationales en ont même parlé. Je suis très heureux de cette expérience, et on n’a pas l’occasion d’aller si souvent en Argentine. Comme pour tous les concours, j’en garde un souvenir spécial. L’équipe était particulière, car c’était une équipe européenne. Habituellement, je fais partie de l’équipe du Royaume-Uni, alors que là les cavaliers venaient de Belgique (Simon Morssinkhof, ndlr), des Pays-Bas (Rowen van de Mheen, ndlr), de Hongrie (Vince Jarmy ndlr) et d’Italie (Giacomo Casadei, ndlr). C’est un sentiment différent d’une Coupe des nations habituelle.” Très tôt, Jack Whitaker a su se détacher de son patronyme. Un nouveau Whitaker en piste peut très vite générer des attentes, et pourtant “je ne ressens pas tellement de pression à cause de mon nom de famille. Je me la mets tout seul de toute manière! J’essaie de me faire mon propre nom comme tout le monde”, avance naturellement le Britannique. 

Par ailleurs, la philosophie de Jack Whitaker pour évoluer avec ses chevaux est simple. “Toujours faire ce qu’il y a de mieux pour eux. Si quelque chose ne se passe pas bien, il faut voir ce que je dois changer. Il est important d’être un homme de cheval afin que les choses fonctionnent.” 



Valmy de la Lande, son nouvel atout

Michael Whitaker a joué un rôle déterminant dans la carrière de son fils Jack, lui transmettant de nombreux savoirs.

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Travailleur, le jeune homme se distingue par son sang-froid en piste, sa compétitivité et son envie de gagner. Demandez-lui ses qualités et ses “défauts”, et voici ce qu’il vous répondra en toute sincérité. “En qualités, je dirai que j’ai la tête froide et que je sais rester calme malgré la pression. Quand j’entre en piste, j’ai un plan et je m’y tiens. En défaut, j’ai parfois tellement envie de gagner que cela occasionne des erreurs. Au barrage, je ne dirais pas que je perds la tête, mais je vais trop vite sur le dernier obstacle et quand on veut gagner, c’est le genre de faute qui arrive. Et quand quelque chose ne va pas, j’ai tendance à beaucoup me blâmer, et je devrais probablement prendre les choses moins à cœur, mais c’est difficile.”

Forcément façonné et influencé par son réputé père, ce dernier lui a transmis de nombreux savoirs. “Une des choses les plus importantes que m’a appris mon père est de rester calme et relax, faire des plans pour que tout aille comme je veux lors d’un parcours, ou encore ne pas me faire trop de souci quand quelque chose ne va pas.” Cet héritage familial a joué un rôle déterminant dans le succès qu’il rencontre depuis ses plus jeunes années. Pointant le rôle de son père mais aussi de sa mère, Jack confie avec reconnaissance: “Je ne serais pas ici sans eux, j’ai conscience d’être très chanceux.” Sans surprise, il admire la carrière et la longévité au plus haut niveau de Michael et John, son oncle, mais la liste de ses idoles compte également son compatriote Scott Brash. “J’aime la façon dont il travaille ses chevaux, comment il les fait évoluer”, abordant également le grand nombre de chevaux de Grands Prix qu’il a fait éclore et à quel point sa victoire sur le circuit du Rolex Grand Slam en 2015 avec Hello Sanctos “était énorme”.

Au milieu de cette année 2020 chamboulée par la pandémie de coronavirus, un confinement quasi planétaire entre mars et mai et les multiples annulations de concours, le jeune homme estime que “cette saison n’est pas trop mal pour moi. Je faisais partie d’une équipe de la Global Champions League (les Cascais Charm, aux côtés de Carlos et René Lopez, François Mathy Jr, Roger-Yves Bost et Sadri Fegaier, ndlr). J’ai pu participer à quelques beaux concours comme Valkenswaard et Doha, ainsi qu’aux Émirats Arabes Unis en début de saison. Après ça, j’ai participé aux concours auxquels j’ai pu, pour continuer à travailler les chevaux et sauter quelques Grands Prix!”

Le confinement a surtout permis à Jack de prendre ses marques avec le gris de onze ans Valmy de la Lande (SF, Mylord Carthago*HN x Starter), l’une des bonnes montures de son père, qu’il a acheté alors qu’il n’avait que six ans. Un changement de selle avec une ambition affichée pour le jeune homme de rejoindre le plus haut niveau. “L’objectif avec Valmy est de participer aux plus grands concours. Avec de la chance, je pourrais prendre le départ la Coupe des nations de Vilamoura avec lui (le couple fait partie des sept sélectionnés britanniques pour le CSIO 3* du 16 au 19 novembre, ndlr). Je continue d’avancer vers le haut niveau avec Valmy, et je vais essayer de gagner quelques Grands Prix! (Rires)” Le couple a couru ses premiers parcours et l’entente semble être au rendez-vous, avec une troisième place obtenue mi-octobre dans le Grand Prix à 1,50m/1,60m du CSI 3* de Vilamoura. “Nous avons fait notre premier gros concours à Valkenswaard (un CSI 5* en août, ndlr) et Valmy a très bien sauté. Lors de la grosse épreuve du dimanche, nous avons fait une malheureuse faute en première manche et un sans-faute ensuite. Cette faute était tellement stupide! J’aurais pu facilement réaliser un double sans-faute… Mon sentiment était incroyable. Il a tellement de qualités et il est très doué avec ses pattes!”

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Valmy de la Lande, acheté à six ans par Michael Whitaker, évolue désormais sous la selle de Jack. Crédit: Sportfot

 





Ambition et détermination

L'an passé, Jack Whitaker et Scenletha ont conclu le Grand Prix des Espoirs dédiés aux U25 avec une faute, dans le cadre du mythique CHI de Genève.

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Disposant de bons chevaux, deux autres montures de Grands Prix composent actuellement ses écuries. “J’ai également Scenletha, qui a couru quelques Grands Prix et qui est une très bonne jument. Elle est très régulière et a déjà participé à quelques épreuves majeures à 1,55m/1,60m.” Dans le Grand Prix CSI 3* de Vilamoura le week-end passé, le couple a d’ailleurs terminé huitième avec un parcours initial à quatre points rapide. “Je peux aussi compter sur Elucar V.E. (KWPN, Cardento 933 x Lupicor), qui a dix ans. Il a certainement été mon meilleur cheval l’année dernière et a déjà réalisé deux parcours sans faute en Grands Prix 5* (un double sans-faute et une sixième place lors du Grand Prix Coupe du monde du CSI 5*-W de Sharjah en février puis deux semaines plus tard dans la première manche du Grand Prix CSI 5* de Doha , ndlr). Le cavalier cite leur deuxième place dans le Grand Prix du CSI 4* de Liverpool en fin d’année 2019 comme l’un des moments de sa carrière dont il est pour l’instant le plus fier. “C’est une sacrée histoire. Quand nous l’avons acheté, c’était un cheval un peu bizarre, mais j’avais un sentiment fantastique lorsqu’il sautait. Je savais qu’il deviendrait un excellent cheval de Grand Prix. Ce jour-là, il m’a prouvé que j’avais raison! (Rires)”

Actuellement au Portugal pour participer à la tournée de Vilamoura – où il en profite pour jouer un peu au golf –, Jack avoue “ne pas avoir vraiment planifié la suite. Nous verrons ce qu’il se passera et essayerons de participer à quelques compétitions quand même. Actuellement au Royaume-Uni, les règles sanitaires liées à la Covid-19 sont strictes, donc je pense qu’il ne se passera pas grand-chose. Les chevaux auront une pause et nous leur donnerons un peu de calme, ils ont beaucoup sauté ici et bien. Nous avons pas mal de jeunes chevaux entre quatre et six ans donc nous allons profiter de ce temps pour les faire évoluer.” Concernant le quotidien aux écuries familiales de Nottingham, Jack détaille d’ailleurs que “nous ne sautons pas beaucoup, sauf peut-être avec les plus jeunes. Les chevaux les plus âgés partent en concours, alors ils travaillent sur le plat et sont montés tous les jours. Ils vont également au paddock.” 

S’entraînant majoritairement avec son père, le jeune homme a également pris quelques leçons avec des cavaliers de dressage. Membre de la promotion 2020 de la Young Riders Academy, il aura également l’opportunité dans les prochains mois de rejoindre pour un temps la Belgique et les écuries de Jos Lansink, afin de parfaire sa formation.

Si plusieurs propriétaires lui accordent leur confiance, “nous faisons également un peu d’élevage, ce qui nous permet d’avoir des jeunes chevaux” et il précise être “très heureux à la maison”, réfutant l’idée de déménager car se sentant à l’aise au sein de la grande équipe qui évolue dans le Midlands. “Je peux dans tous les cas devenir indépendant tout en restant ici.”

La saison prochaine, Jack Whitaker aura vingt ans et toujours l’âge de concourir chez les Jeunes Cavaliers. “Si le plan est de courir des épreuves Jeunes, alors j’y participerais”, commence-t-il. “Mais je veux aussi participer aux meilleurs concours auxquels je puisse, vu les chevaux qui composent mon écurie. Je sens que je peux participer à de belles compétitions. J’ai encore beaucoup à prouver, donc j’espère pouvoir participer à de gros concours et éventuellement des Coupes des nations. Je saisirai toutes les occasions qui me sont données.”

Confiant et des rêves plein la tête, le jeune homme entend se donner les moyens de ses ambitions et espère “suivre les traces de mon père et participer aux Jeux olympiques. Je veux aller le plus loin possible et être compétitif, remporter des Grands Prix.” Véritable espoir de l’équipe britannique de saut d’obstacles, il y a fort à parier que l’on entendra encore longtemps parler de la dynastie des Whitaker, et de Jack en particulier.