“J’essaie de prendre du recul et de tirer du positif de chaque situation”, Robin Muhr

Robin Muhr vient de signer la deuxième victoire de sa carrière en Grand Prix CSI 3*, dimanche dernier à Valence, en Espagne, avec son fidèle Vino Z. Le cavalier de vingt-cinq ans, installé en famille à Aix-en-Provence, continue de faire ses armes parmi les grands en mettant toutes les chances de son côté. Depuis 2018, le Provençal court pour les couleurs d’Israël, ce qui lui permet d’espérer un accès moins difficile aux plus beaux concours. Le jeune homme garde néanmoins la tête sur les épaules face à la pression de la compétition et aux éléments perturbateurs, comme la pandémie de Covid-19.



Comment avez-vous vécu votre victoire de dimanche dans le Grand Prix CSI 3* de Valence, en selle sur Vino (Z, Vigo d’Arsouilles x Darco)?

J’étais vraiment content de Vino. Il n’y a eu que six sans-faute sur cinquante-six partants, ce qui prouve que cette épreuve était sélective. Le temps était serré, mais cela ne nous a pas posé de problème outre mesure. 

Comment vont vos chevaux en ce moment? Il n’y a pas eu de problèmes de remise en route après le premier confinement?

Vino a prouvé qu’il était en forme en remportant le Grand Prix de dimanche! Je suis aussi très content de Stawita PS (OS, Stakkatol x Lawito), que je monte seulement depuis le début d’année. Elle n’a que huit ans et elle a déjà pu sauter trois parcours à 1,45m le week-end dernier, ce qui est déjà beaucoup pour une jeune jument. Pour mon autre jument, Uline de Chanay (SF, Ogrion des Champs x Cardero), c’est un peu plus compliqué en ce moment, je ressens une baisse de forme. Nous avons commis beaucoup de fautes cette semaine, alors qu’elle est habituellement très respectueuse et régulière en termes de performances. On peut aussi l’expliquer par le fait qu’elle a déjà douze ans, et qu’elle vient de produire un embryon transféré. Il est peut-être normal qu’elle se soit un peu déréglée. Au retour de Valence, la semaine prochaine, tout le monde aura droit à un repos bien mérité. Pour la reprise, nous aviserons en temps voulu, le calendrier étant difficilement prévisible pour l’instant.

Comment vivez-vous cette période troublée par la pandémie de Covid-19?

On peut dire que je la prends avec philosophie. Même si le virus a effectivement chamboulé nos programmes, nous avons pu profiter de concours comme ceux de Grimaud, Valence, Vilamoura et Oliva qui organisent des épreuves durant trois, quatre, voire cinq semaines d’affilée, ce qui permet de s’installer durablement dans le travail. Nous avons l’opportunité de nous installer un mois ou plus sur de bons terrains d’entraînement et de concours, si bien que le travail de mes chevaux a été moins haché dernièrement qu’en début d’année.

Comment s’est organisé le travail à la maison, spécialement pendant le premier confinement?

J’ai plusieurs jeunes chevaux en formation qui sont restés en France et avec lesquels je reprendrai l’entraînement à mon retour d’Espagne. Ni eux ni mes chevaux de tête n’ont été plus perturbés que ça par le confinement parce qu’ils n’en saisissent pas le concept comme nous. Leur moral est intact. Nous, cavaliers, sommes davantage perturbés par ce qui nous arrive. Nous n’avons plus les mêmes repères que d’habitude et nous les montons différemment, d’où des changements de comportement qu’on peut parfois détecter chez eux. De plus, nous concourons moins. Or, pour qu’un cheval soit performant, il doit enchaîner les concours.

La situation n’est-elle pas plus difficile à vivre pour un jeune comme vous, qui doit encore faire ses armes à haut niveau?

Si, bien sûr. Néanmoins je pense aussi que pour être bon et durer à haut niveau, il faut vraiment s’adapter à chaque période, bonne ou mauvaise, du mieux qu’on peut. Avec la Covid, la Terre nous rappelle qu’on ne peut pas tout contrôler donc j’essaie de prendre du recul et de tirer du positif de chaque situation, même de celles qui ne nous font pas plaisir. Si l’on reste bloqué sur quelque chose qu’on ne peut pas contrôler, on n’avance pas et on ne peut pas progresser.



“Notre équipe vise vraiment la performance aux JO, ni plus ni moins!”

Cela doit surtout vous miner vis-à-vis des CSI 5* auxquels vous pouviez prétendre cette année…

Oui, c’est ça qui est le plus embêtant, car les grands concours comme Lyon ou Bordeaux offrent du beau sport. Nous rêvons tous d’y participer. Maintenant, il faut savoir attendre le bon moment. J’y crois pour 2022!

En parlant de grandes échéances, il y a aussi les Jeux olympiques de Tokyo et les championnats d’Europe de Riesenbeck qui devraient se dérouler en 2021. Vous sentez-vous concernés par ces deux événements?

Cela me tient évidemment à cœur. Les JO sont mon objectif à long terme et j’essaie d’être régulier dans mes résultats pour pouvoir y prétendre dans le futur. Quel cavalier n’a jamais rêvé d’avoir l’or olympique autour du cou? Après, je sais aussi que c’est une question de temps. Simplement, on ne choisit pas toujours quand on est bon ou pas. Pour le moment, mes chevaux sont en forme. J’en suis très content, et je sais que cela va m’aider à me construire en vue de plus grandes épreuves, mais aussi à traverser les inévitables périodes de creux. Actuellement, avec le virus, tout va très vite. Les perspectives de concours se sont réduites aux tournées en Espagne, au Portugal et à Grimaud. Aussi, sur des épreuves qui devraient me permettre de préparer mes chevaux au haut niveau, il y a beaucoup d’excellents cavaliers et chevaux auxquels il faut se confronter, aussi bien physiquement que mentalement. Néanmoins, c’est aussi un bon entraînement. 

De fait, la préparation mentale prend de plus en plus de place chez les cavaliers. La résilience est-elle une notion naturelle chez vous ou bien avez-vous recours au service d’un préparateur?

Je n’ai pas de coach mental attitré mais je parle beaucoup à mon entourage, surtout avec mon ami Aurélien Leroy, ainsi qu’aux autres cavaliers que je rencontre en concours. Je n’ai que vingt-cinq ans, je suis entouré de gens beaucoup plus matures que moi, qui ont vécu beaucoup plus que moi, alors échanger avec eux m’est toujours bénéfique. Pour le reste, j’essaie de rester moi-même et de faire du mieux possible. Sinon, on se laisse facilement happer par de mauvaises périodes qui peuvent ruiner une carrière à long terme.

À long terme justement, vous visez donc les Jeux olympiques, sous les couleurs israéliennes que vous portez depuis 2018 après avoir toujours couru pour la France…

Notre équipe vise vraiment la performance aux JO, ni plus ni moins! Le fait d’avoir changé de nationalité me donne beaucoup plus de chance d’y accéder, car la France compte beaucoup de cavaliers talentueux avec lesquels j’aurais dû ferrailler pour me faire une place dans l’équipe nationale. Maintenant, j’ai aussi pas mal de cavaliers talentueux à mes côtés, qu’ils vivent en Europe ou en Amérique du Nord, dont Daniel Bluman et Dany Waldman (ex-Danielle Goldstein, ndlr), qui ont déjà beaucoup d’expérience à haut niveau. L’apport de Jeroen Dubbeldam constitue un énorme atout dans notre manche. Nous sommes régulièrement en contact entre nous et avec la fédération israélienne pour continuer à développer l’équipe en vue des grandes échéances internationales. Cela m’a permis de prendre part au CSI 5*-W de Longines Equita Lyon l’an passé par exemple, et j’espérais continuer cette année, avant que la pandémie ne vienne compliquer les choses.

Comment s’organise concrètement le travail de cette équipe israélienne?

Encore une fois, la pandémie nous a compliqué la vie. Pour le moment, nous avons déjà établi des relations en dehors du cheval grâce à des rendez-vous fréquents, pour solidifier les liens de notre très jeune équipe. Pour ce qui est du cheval, personnellement, je n’ai pas encore travaillé avec Jeroen. Je vais beaucoup en concours en ce moment et nous n’avons pas toujours pu caler nos plannings. Ce qui compte aussi, c’est la performance et les résultats qu’il y a au bout du chemin; il ne faut pas laisser l’entraînement avec un nouveau coach prendre le dessus sur des résultats qui étaient déjà là. Pour autant, quand je m’exerce, j’envoie des vidéos à mes préparateurs afin qu’on juge ensemble du travail à faire. Au bout du compte, chacun doit faire ce qui lui correspond et donner le meilleur de soi-même en piste pour obtenir les meilleurs résultats possibles.

En juin, Robin Muhr et Vino Z s’étaient déjà classés troisièmes d’un Grand Prix CSI 2* disputé dans le cadre de l’Hubside Jumping de Grimaud