“J’ai déjà les yeux tournés vers les Mondiaux de 2022”, Gireg Le Coz

Véritable révélation de la saison 2019 avec son excellent Aisprit de la Loge, Gireg Le Coz a conclu sa saison le week-end passé à Pratoni del Vivaro avec trois prometteuses montures de huit ans. Le discret et talentueux Breton revient sur sa saison 2020 et les espoirs qu’il place en Caramel d’Orchis et Drakkar Littoral, évoque son souhait de retrouver à son meilleur niveau Aisprit, son plus fidèle complice et le seul qui pourrait lui permettre de prétendre aux Jeux olympiques de Tokyo. Toujours aussi motivé par la perspective d’une première sélection en équipe de France, le trentenaire confie aussi sa déception face à l’absence de championnats d’Europe au calendrier de 2021.



Quel bilan tirez-vous de vos bons résultats à Pratoni del Vivaro, et particulièrement de la quatrième place de Chaman Ginn (SF, Lancelot Roc O Cerf x Vas y Donc Longane) dans le CCI 3*-L et la douzième place de Corleone Tops (SF, Tinka’s Boy x Adagio IV) dans le CCI 3*-S? Ils sont tous deux âgés de huit ans, et vous ne concourez avec eux que depuis quelques mois? 

J’ai la chance d’avoir récupéré plusieurs bons chevaux cette année, mais un peu tardivement pour certains. Chaman Ginn m’a rejoint en juillet et Corleone Tops fin septembre, avec un objectif de valorisation et de commercialisation. Le concours de Pratoni a été positif pour eux, avec de bonnes reprises de dressage. Cela récompense le travail effectué depuis que je les ai récupérés et c’est encourageant pour la saison à venir. Après le travail hivernal, je serai sûrement plus compétitif l’an prochain.

Caramel d’Orchis (SF, Snaike de Blondel x Apache d’Adriers), huit ans également et treizième du CCI 4*-S de Pratoni, vous appartient. Quel regard portez-vous sur son potentiel? 

J’espère l’amener à haut niveau, pour disputer des épreuves de format long. Il est davantage taillé pour cela car c’est un grand cheval, avec beaucoup d’envergure. Ce sera notre objectif la saison prochaine. Nous essaierons de nous lancer en CCI 4*-L, éventuellement en juin à Bramham. 

Comptez-vous vous rendre à Barroca d’Alva, où des concours sont programmés ces prochaines semaines, ou bien votre saison s’est-elle achevée en Italie?

Elle s’arrête là, car nous avons accompli une bonne saison. Malgré le confinement, j’ai réussi à planifier de belles épreuves pour chacun de mes chevaux.

Quel regard portez-vous sur votre saison 2020 et comment avez-vous vécu le premier confinement?

Avec le recul, je dirais que le premier confinement m’a été bénéfique dans le sens où il m’a permis d’apprendre à connaître les nouveaux chevaux qui venaient d’arriver. Je pense avoir réussi une assez bonne saison, notamment avec Drakkar Littoral (SF, Qlassic Bois Margot x A Dur), qui a participé au Mondial du Lion-d’Angers. Pour des chevaux comme Chaman, Corleone ou Enzo Louvo (SF, Vigo Cécé x Pasternak), six ans, les mois qui viennent vont me permettre d’effectuer un travail de fond, que je n’ai pas encore fait avec eux, pour essayer de les faire progresser là où ils présentent quelques lacunes. J’ai de bons chevaux pour l’an prochain et j’espère qu’ils vont concrétiser un peu plus les attentes placées en eux. Cette année, j’ai souvent eu l’impression qu’ils réussissaient deux épreuves sur trois, et qu’ils flanchaient un petit peu lors de la troisième. J’espère que ce travail hivernal leur permettra d’obtenir de meilleures performances.  

Avec Drakkar Littoral, vous avez écopé de 28,8 points au cross, puis de deux fautes à l’hippique au Lion-d’Angers, mais vous semblez satisfait de ses qualités. Le conserverez-vous la saison prochaine? 

C’est un cheval qui n’a débuté le complet qu’en mai 2019, alors courir le Mondial à peine plus d’un an après est déjà très bien. Il manquait un peu d’expérience mais il a progressé de façon incroyable tout au long de l’année. Donc oui, je suis content de lui, même si notre performance n’a pas été exceptionnelle. Cela n’enlève rien à son potentiel et je pense que c’est un cheval d’avenir. Il est très bon sur les trois tests, il a énormément de qualités. Il a beaucoup d’allure et de classe sur le rectangle de dressage. C’est un guerrier au cross, où il fait montre de beaucoup de sang et d’une grande galopade. Et il est très respectueux à l’hippique, où il faut cependant réussir à canaliser son énergie. Ce n’est pas toujours simple, mais il devrait mûrir, et tout devrait bien se passer. Normalement, Drakkar devrait effectivement rester dans mes écuries.

À Pratoni, Gireg Le Coz a également performé avec Caramel d’Orchis, treizième du CCI 4*-S © Massimo Argenziano



“Je souhaite de tout cœur qu’Aisprit revienne à son meilleur niveau”

Quel est votre sentiment quant à l’annulation de l’Event Rider Masters, circuit qui vous avait révélé aux yeux du grand public l’an passé?

Cette année, ce circuit n’était pas mon objectif premier. J’espère que les organisateurs vont réussir à tout remettre en place pour la saison prochaine car c’est une initiative intéressante pour les cavaliers. J’ai l’impression que ses promoteurs ont du mal à le dynamiser et à trouver d’autres sponsors. 

Comment va Aisprit de la Loge, qui n’a plus concouru depuis votre élimination lors du test hippique du CCI 4*-S de Marnes-la-Coquette, en juillet?

Aisprit a connu un souci de santé, mais il est désormais de retour au travail. Il va bien et devrait participer aux stages fédéraux pour reprendre la compétition l’an prochain comme mes autres chevaux. 

Comment analysez-vous cette élimination? Avez-vous changé votre façon de travailler avec lui depuis lors? 

Cette élimination était liée à son souci de santé. Il n’était pas à 100%. Sur le moment, je l’avais senti et cela m’a perturbé. Je ne vais rien changer à ma façon de travailler, car tout se passait très bien jusque-là. Nous nous connaissons parfaitement. Je souhaite de tout cœur qu’il revienne à son meilleur niveau. Je ne me fixe donc pas d’objectif particulier avec lui. Ce serait déjà super qu’il retrouve son niveau. Je verrai ensuite comment nous avancerons.  

Les Jeux olympiques de Tokyo ont été reportés d’un an. En faites-vous votre objectif principal la saison prochaine? 

Si jamais j’avais une chance d’aller aux JO, ce serait avec Aisprit. Je n’ai pas d’autre cheval pour Tokyo. Les autres seront sans doute prêts pour les échéances des années suivantes, car trois d’entre eux ont huit ans et un autre sept ans. Pour 2021, ce sera donc Aisprit, mais je ne fais pas de plan à ce sujet aujourd’hui. J’avoue que la saison à venir est un peu floue. Je souhaite disputer un CCI de format long avec mes chevaux qui prendront neuf ans, soit à Bramham en juin, soit à Boekelo en octobre. Pour Drakkar, je pense qu’il s’agira d’une année de transition, où il restera au niveau 3* car il manque encore d’expérience et a besoin de mûrir psychologiquement. Je suis également à la recherche d’autres jeunes chevaux à former, pour compléter mon écurie et assurer la relève.

L’an passé, Gireg et Aisprit de la Loge s’étaient véritablement révélés en brillant lors de plusieurs étapes de l’Event Rider Masters. © DR/ERM



“Il serait dommage d’avoir deux saisons d’affilée sans échéance majeure”

Outre vos activités de cavalier, l’enseignement et les stages vous permettent d’équilibrer votre modèle économique. Avez-vous souffert des deux confinements ou bien avez-vous profité de cette crise sanitaire pour renforcer et sécuriser votre système?

Je n’ai pas vraiment souffert du premier confinement. En revanche, le deuxième s’avère un peu plus compliqué. En automne et en hiver, nous, cavaliers de complet, avons traditionnellement plus de temps pour organiser des stages, ce dont nous avons besoin pour vivre. J’ai déjà eu deux annulations au mois de novembre, alors j’aimerais bien que la situation se débloque à ce sujet. Ce re-confinement complique donc un peu les choses. Pour renforcer mon modèle économique, outre les stages et l’enseignement, la seule solution qui s’offre à moi serait de mettre davantage l’accent sur le commerce. Cependant, il faut du temps pour mettre en place cette activité. Il y a un juste milieu à trouver entre vendre des chevaux, en garder, faire du sport… Sincèrement, ce n’est pas simple. 

Pour l’instant, il n’y a pas de championnats d’Europe de complet programmés en 2021, faute d’organisateur, selon la Fédération équestre internationale. Est-ce une déception pour vous? 

Franchement, c’est une énorme déception. Seuls trois couples seront désormais sélectionnés pour les JO (plus un remplaçant, ndlr), donc c’est assez fermé. Les championnats d’Europe me laissaient beaucoup plus d’opportunités d’obtenir une première grande sélection en équipe de France. J’aimerais vraiment qu’une solution soit trouvée avec un organisateur et que les Européens puissent finalement avoir lieu. Si c’était le cas, ce serait un bel objectif pour moi l’an prochain, avec Aisprit ou l’un de mes chevaux de neuf ans. Par ailleurs, si les JO étaient finalement annulés, il serait dommage d’avoir deux saisons consécutives sans échéance majeure. De fait, j’ai déjà les yeux tournés vers les Mondiaux de 2022, qui auront lieu à Pratoni. Et entrer en équipe de France est définitivement mon objectif à long terme.

De nombreux débats agitent le monde du complet ces derniers mois, entre la faiblesse des dotations et la sécurité. Que pensez-vous de l’évolution de la discipline ces dernières années? Vous semble-t-elle sur la bonne voie? 

En termes de sécurité, nous sommes sur la bonne voie. D’après ce que j’ai vu en concours cette année, j’ai l’impression que des efforts ont été accomplis, notamment sur les profils d’obstacles. J’ai également l’impression qu’il y a plus de rigueur et de contrôle de manière générale. En ce qui concerne les dotations, je n’ai pas forcément de solution, et je comprends que ce soit compliqué pour les organisateurs de faire mieux…