Une ponette retrouvée sur le dos et le postérieur attaché à un arbre en Ardèche

Le 6 novembre, dans un petit hameau d’Ardoix, en Ardèche, Caroline a retrouvé sa ponette couchée sur le dos, un postérieur en l’air, attaché à un arbre. L’animal a finalement été libéré par son mari. Alors que le couple a d’abord cru à un accident, de nombreux éléments leur font penser à un acte de malveillance, des dizaines de cas de mutilations de chevaux ayant été relevés ces derniers mois à travers la France. Alors que leur ponette noire peine encore à se remettre physiquement et moralement, les Ardéchois ont porté plainte et espèrent pouvoir trouver des réponses à leurs nombreuses questions. 



Depuis le 6 novembre, le comportement d'Haïdi a changé, cette dernière devenant plus méfiante et parfois sur la défensive.

© Lucas Tracol

“Cela fait bizarre de revenir ici”, dit Caroline en retournant près du chêne où elle a retrouvé sa ponette Haïdi sur le dos, le 6 novembre au matin, le postérieur droit attaché à une corde, elle-même reliée à l’arbre. Une dizaine de jours plus tard, cette mère de famille et son mari, installés dans un hameau paisible d’Ardoix, dans le nord de l’Ardèche, ne comprennent toujours pas ce qui a pu se passer. “De toute façon, nous n’aurons malheureusement jamais de réponse. Nous pensions que nous étions épargnés, mais cela peut tomber sur n’importe qui”, explique Caroline, qui avait connaissance des cas de mutilations constatés ailleurs en France depuis plusieurs mois déjà. “Étant donné que nos poneys sont juste devant chez nous, nous pensions que nous étions à l’abri de tels agissements, d’autant qu’il est rare de voir passer des inconnus dans le hameau; une voiture par semaine, peut-être même moins”, poursuit-elle

Alors qu’elle s’apprête à conduire ses enfants à l’école, Caroline perçoit quelque chose qui ne va pas dans le pré où vivent Haïdi, sa mère Smarties et la mule Nola, face à la maison familiale. “J’ai entendu hennir Smarties. C’est là que j’ai vu Haïdi au loin, sur le dos et la patte en l’air. J’ai d’abord cru qu’il s’agissait d’un accident ou qu’elle avait fait une attaque. J’ai immédiatement prévenu mon mari, mis les enfants dans la voiture, et suis partie pour qu’ils ne voient pas la ponette dans cet état. En courant dans le pré, mon mari a vu qu’elle était attachée par le postérieur droit, qu’elle respirait et que ses yeux bougeaient”, relate Caroline. Immédiatement, son époux va chercher un outil et coupe la corde pour libérer la jeune ponette noire. Pourtant dans la force de l’âge, Haïdi se laisse tomber sur le flanc et met du temps à se relever. “Elle n’a que trois ans et n’a pas encore été débourrée. Même si nous parvenons à lui mettre le licol d’habitude, elle ne se laisse pas faire facilement”, détaille Caroline. “Elle est d’abord longtemps restée au sol et nous avons dû la solliciter pour qu’elle se relève. Là, nous sommes parvenus à lui mettre le licol sans problème. Elle était complètement éteinte”. Lorsque la vétérinaire vient constater les blessures de l’animal, le couple pense encore à un accident, ayant laissé la corde dans l’arbre des mois auparavant. 



“On m’a demandé si je n’avais pas retrouvé des bougies, de la cire ou des croix”

Plus de dix jours après, Haïdi porte toujours la trace de la corde qui a certainement servi à la mettre à terre.

© Collection privée

Peu à peu, l’idée qu’une ou plusieurs personnes aient fait du mal à leur ponette mûrit : “Je ne voulais pas en parler devant les enfants, mais dès que notre fille a vu la vétérinaire arriver à midi, elle nous a dit « c’est à cause des gens qui font du mal aux chevaux ». Le soir en cogitant, nous nous sommes dits que ça ne pouvait pas être un accident et qu’Haïdi n’avait pas pu se prendre les pieds dans la corde, car le nœud était un nœud de pendu. Il semblait aussi évident qu’elle avait été endormie…” Plus tard, le couple constate une autre blessure, sous l’antérieur droit. “Elle a une marque de corde au niveau de la sangle et qui passe par le dos. On voit aussi que la corde a été entourée de son antérieur droit, où elle a été blessée. On pense qu’ils l’ont couchée par ce biais, on nous a dit qu’il s’agissait d’un moyen connu pour coucher les bêtes”, relate le couple, qui note d’autres signes suspects. “Par ailleurs, nos clôtures étaient neuves et la jambe de force, qui n’aurait pas pu tomber ainsi toute seule, était posée sur le fil afin que le courant ne passe plus. Au niveau du poitrail, on voit qu’elle est gonflée, ce qui laisse penser qu’elle a été frappée. Une poignée qui relie deux champs et qui n’aurait pas pu s’ouvrir toute seule était par terre. Nous n’en avons pas dormi de la nuit, et tout cela mis bout à bout, je me suis dit que je devais aller porter plainte à la gendarmerie. Je leur ai expliqué, en craignant qu’ils me prennent pour une folle, mais ils m’ont prise très au sérieux compte tenu des affaires qu’il y a dans toute la France, et même à l’étranger. À la suite de ces attaques, ils doivent remplir un dossier comportant de très nombreuses questions. Ils veulent notamment savoir comment les chevaux sont nourris, comment est la clôture, quand est venu le maréchal ferrant pour la dernière fois… À un moment je ne suis même demandée s’ils ne m’accusaient pas. Ils m’ont expliqué qu’ils tombaient parfois sur des propriétaires mal intentionnés. On m’a aussi demandé si je n’avais pas retrouvé des bougies, de la cire ou des croix car ils soupçonnent des sectes. Il y a tellement eu d’attaques, qu’il y a quatre pages de questions très diverses. Les scientifiques sont venus faire des prélèvements, des photos de clôture”, précise la mère de famille.

Bien sûr marqués par cet épisode, les propriétaires d’Haïdi s’estiment toutefois chanceux que cette dernière soit encore en vie. “Les gendarmes ont dit qu’ils avaient certainement dû être dérangés, car sinon nous ne l’aurions sûrement pas « juste » retrouvée sur le dos et avec le postérieur attaché à l’arbre”, expliquent-ils, encore choqués par cette trouvaille. “On ne veut même pas croire que des fous sont venus chez nous. Cela aurait pu être pire, dans notre malheur nous avons la chance qu’Haïdi soit encore là. Pour l’instant, on ne sait pas comment va évoluer l’état de son postérieur. La corde l’a pincée, et étant donné qu’elle était endormie, elle pesait un poids mort, sa patte a donc été très atteinte. Je ne crie donc pas victoire trop vite, et nous craignons toujours de la perdre. La vétérinaire va revenir pour la soigner, et elle ne peut pas encore se prononcer. Les chairs se nécrosent et il ne faudrait pas que cela empire”, énonce prudemment Caroline. 



“Psychologiquement, on a du mal à encaisser”

Parmi ses blessures, Haïdi porte toujours une trace sous l'antérieur droit.

© Lucas Tracol

Pour l’heure, peu d’indices sont à la disposition du couple et de la gendarmerie, la seule piste étant le passage d’une voiture dans le hameau et garée non loin de là quelques jours avant les faits. “Mon mari a vu une 406 bleue foncée passer à deux reprises, ce qui est inhabituel. Cette même voiture a été vue garée à l’entrée d’un champ, chez des voisins. Deux hommes étaient à côté”, détaille Caroline.   

Si aucune explication n’a pour l’heure être donnée, les conséquences de cet épisode ont été importantes pour la famille et la ponette. “Moralement et physiquement, nous voyions qu’Haïdi allait mal dans les jours qui suivaient. Je la voyais abattue, vraiment en retrait. J’ai aussi rappelé la vétérinaire, car je ne me sentais pas de refaire le pansement moi-même quelques jours après. J’avais peur de lui faire mal. Nos chevaux, c’est un peu comme nos enfants...”, explique avec émotion la mère de famille. “Depuis cet épisode, les deux ponettes et la mule ont changé de comportement. Alors que ma fille la monte habituellement et qu’elle est toujours sage, Smarties ne se laissait plus attraper. Elle et la mule commencent à revenir plus facilement vers nous, tandis que Haïdi s’est mise à mordre lorsque l’on s’approche d’elle, ce qu’elle n’avait absolument jamais fait par le passé. On voit qu’il s’est passé quelque chose”, regrette Caroline, qui vit désormais dans l’angoisse. “Désormais, nous allons voir les chevaux toutes les deux heures, même plusieurs fois dans la nuit. Nous n’avons pas pu dormir les trois premières nuits qui ont suivi les faits. Dès qu’il y avait un bruit, nous craignions que quelque chose se passe. Lorsqu’une voiture passe, on est vigilant. C’est à devenir fou ! On a l’impression d’avoir été observés. Psychologiquement, on a du mal à encaisser. Et on se demande comment des gens peuvent faire cela… Et pourquoi nous ?”