Une assemblée générale de crise mais sans accroc pour la FEI

Organisée cet après-midi depuis son siège de Lausanne, mais en ligne compte tenu de la situation sanitaire, l’assemblée générale de la Fédération équestre internationale n’a donné lieu à aucun débat, les questions ayant trait aux modifications règlementaires ayant été traitées dès samedi lors d’une session préparatoire. Il n’y a pas eu davantage de surprise lors des votes et élections, marquées par celle du Français Christian Lozano à la tête du comité technique d’endurance. À noter que les pertes financières enregistrées cette année, ainsi que celles prévues l’an prochain, seront entièrement couvertes par les bas de laine bien garnis de l’organisation.



À situation de crise, discours de crise et consensus. Ainsi pourrait-on résumer le ton de l’assemblée générale de la Fédération équestre internationale, qui s’est tenue en ligne cet après-midi, animée depuis Lausanne par Ingmar de Vos, président, et Sabrina Ibáñez, secrétaire générale. “Cette année a été extraordinairement compliquée pour chacun d’entre nous, personnellement et professionnellement. Nous sommes toujours en pleine pandémie. Nos sports continuent à souffrir, de même que de nombreuses organisations liées à l’industrie du cheval. […] Pour autant, nous avons trouvé des solutions pour adapter nos processus de décision face aux restrictions sanitaires qui nous ont été imposées. Pour cette assemblée générale virtuelle, nous avons choisi de nous en tenir à l’essentiel, soit un programme simple et clair, et de nous concentrer sur les décisions comportant une notion statutaire”, a introduit Ingmar de Vos.

“Cette année, près de 60% des concours ont été annulés. Pour certaines communautés comme celles de la voltige, du reining, de l’attelage et du para-équestre, plus de 90% des événements ont disparu du calendrier en raison des conséquences de la pandémie. Pour les athlètes, propriétaires et entourages des chevaux, ainsi que pour les officiels, sponsors et l’industrie de l’événementiel sportif, ces annulations sont très nuisibles. Je suis conscients des sacrifices que chacun doit endurer et je suis dévasté pour toutes les personnes et entreprises qui ont souffert des conséquences de cette pandémie. De même, le report à 2021 des Jeux olympiques et paralympiques de Tokyo a fait l’effet d’un choc dans notre communauté. Même si cette décision fut la bonne, elle a eu de fortes conséquences directes et indirectes. […] Il y aura des mesures d’économie et des règles sanitaires dont on ne connaît pas encore les détails, mais je suis très confiant quant à la tenue de ces Jeux et à la qualité de la plateforme offerte à nos sports. Ce seront les Jeux de l’espoir”, a encore déclaré le Belge, membre du Comité international olympique. “Dès le début, notre principale priorité a été d’atténuer les effets de la pandémie et de trouver des solutions pour protéger notre communauté et notre sport. […] Nous avons réagi rapidement et le temps nous a montré que c’était judicieux. Nous avons depuis adopté plus de cent cinquante résolutions liées aux événements et au sport qui n’ont pas toujours été au goût de tous, j’en conviens. Mais elles ont été le fruit de la collaboration et du consensus et elles reflètent les besoins de notre communauté ainsi que nos valeurs. Dans cet exercice, nous devons toujours trouver un équilibre entre les besoins de flexibilité et la nécessaire préservation de l’intégrité de notre sport tout en garantissant des règles du jeu équitables.”

“Pour nos fédérations nationales, nous avons appliqué des mesures financières visant à alléger la tension des répercussions de la Covid-19, en supprimant complètement les frais de calendrier et en appliquant une réduction de 50% des frais annuels. Plus récemment, en septembre, nous avons lancé un fonds de soutien spécifique. Aujourd’hui, trente candidatures ont déjà été reçues et 230.000 francs suisses (soit 212.912 euros, ndlr) ont été transférés aux fédérations nationales.” La santé financière des fédérations, à commencer par les plus modestes n’est pas un problème imaginaire. Ainsi, celles d’Arménie, d’Azerbaïdjan, de Cuba, de Géorgie, d’Iraq, de Mongolie, du Pakistan, de Palestine, de Syrie et Turkménistan ont été suspendues pour non-paiement de leurs frais annuels de souscription, tandis que celle du sultanat de Brunei a été exclue pour avoir fait défaut deux années consécutivement.



De sérieuses pertes mais aucun risque de faillite

Comme annoncé à la fin du printemps, la FEI a dû réviser son propre budget 2020 à la baisse. “Nous sommes confrontés à une chute de deux tiers de nos revenus et avons prévu une perte de 8,2 millions de francs suisses (7,59 millions d’euros) pour 2020 en raison de la Covid-19”, a rappelé le président. “Nous avons travaillé dur au cours des derniers mois pour réduire cette perte au minimum. Nous procédé à un examen complet de tous nos programmes et projets, en supprimant ou en reportant toutes les dépenses non essentielles en 2020, placé plus de 70% du personnel en chômage partiel – pour en moyenne 30% de la durée totale du travail – grâce à un programme proposé par le gouvernement suisse, et tous nos directeurs ont réduit leurs salaires de façon unanime et volontaire. Ces mesures ont permis de limiter significativement nos pertes. Pour 2021, nous avons projeté une perte de 40% de nos revenus tout en poursuivant nos efforts pour réduire nos coûts et aboutir à un déficit estimé à 1,3 million de francs suisses (1,2 million d’euros). Heureusement, nous avons toujours été prudents dans nos prévisions en sous-estimant nos revenus et surestimant nos dépenses. Cela a conduit à des résultats très positifs ces derniers années. En conséquence, mais aussi grâce à un solide plan de gestion des risques, nous avons constitué une réserve stratégique, qui nous permet d’absorber ces pertes et de sauvegarder l’organisation pour le futur. La FEI reste donc dans une situation financière saine, contrairement à beaucoup d’autres fédérations internationales, qui ont dû recourir à des prêts bancaires, de même que le CIO.” Le directeur financier, Claude Praz, espère pouvoir encore limiter ses pertes en négociant un maintien partiel du soutien de ses sponsors malgré l’annulation de la plupart des championnats et étapes des différents circuits fédéraux.

Dans la foulée, il a été demandé aux délégués des fédérations nationales, dont le nombre s’est établi aux alentours de cent tout au long de cette réunion, de ratifier la suspension de la Fédération des Émirats arabes unis en raison des violations règlementaires maintes fois constatées dans ses épreuves d’endurance organisées l’hiver dans le désert. “Ce n’est pas une décision que nous avons prise à la légère”, s’est défendu Ingmar de Vos, personnellement engagé dans ce bras de fer. “Mais le conseil d’administration s’est montré résolu et unanime dans le traitement de cette affaire. En tant que communauté, nous ne pouvons pas accepter qu’une Fédération nationale applique nos règlements quand et comme bon lui semble, spécialement quand il s’agit d’intégrité et de bien-être du cheval. En même temps, le Tribunal arbitral du sport a confirmé cette suspension de trois mois pour toutes les disciplines ainsi que l’amende. C’est cette sanction que nous vous demandons aujourd’hui de ratifier.” Entre les lignes, il faut aussi comprendre que des courses nationales d’endurance devraient bien pouvoir se tenir à partir de janvier, la TAS n’ayant pas approuvé la suspension supplémentaire de trois mois prononcée par la FEI pour cette seule discipline. Si les organisateurs locaux ne respectent pas le quota de cavaliers étrangers admis à concourir dans leurs épreuves, par exemple, il y a fort à parier qu’une suspension plus longue sera prononcée. “J’espère que cette suspension mènera à des changements au sein de cette fédération et ouvrira une nouvelle ère pour l’endurance aux Émirats arabes unis.” Elle a finalement été ratifiée par soixante-dix-huit fédérations; deux ont voté contre et dix-sept ont voté blanc ou se sont abstenues.

Quant au reining, toujours sous le coup d’un possible désengagement de la FEI, qui en laisserait alors la gestion à la seule National Reining Horse Association (NRHA), organisation américaine établie à Oklahoma City, le conseil d’administration a décidé de différer la décision. “Après maints efforts, nous ne sommes pas parvenus au moindre accord avec la NRHA pour nous répartir le marché et garantir le respect nos statuts. Nous allons continuer à travailler avec notre comité technique de reining et les fédérations nationales pour voir comment préserver l’héritage de l’engagement de la FEI dans le reining.” Sans surprise aucune, les modifications règlementaires proposées au vote ont été adoptées sans heurt ni question dérangeante, les réserves déposées par les fédérations nationales et parties prenantes du sport ayant été traitées dès samedi lors d’une session préparatoire. De même, les nouveaux règlements de lutte contre le dopage, équin et humain, ont été approuvés sans question ni opposition notable.



Christian Lozano élu président du comité d’endurance et membre du conseil d’administration

Christian Lozano

© DR

L’ordre du jour est alors arrivé aux élections. Seuls en lice, le Canadien le Canadien Mark Samuel, premier vice-président de la FEI, la Barbadine Monique Archer, le Taïwanais Jack Huang, le Japonais Kimihiro Okubo, la Namibienne Brigitte Mathias et la Kenyane Mary P. Binks ont été élus aux postes respectifs de président et vice-présidente du groupe régional IV, président et vice-président du groupe VIII, et présidente et vice-présidente du groupe IX. Idem pour la Hongkongaise Amanda Bond, à la présidence du comité de para-dressage, l’Américain Mark Hart, à la présidence du comité médical, et la Britannique Janice Shardlow, à la présidence du comité d’audit et de conformité. Pour la présidence du comité de voltige, l’assemblée générale a préféré la juge et déléguée technique slovaque Pavla Krauspe au longeur britannique John Eccles, en poste depuis fin 2015. À noter que les présidents des comités médical, de voltige et para-équestre ont été élus pour le première fois par l’assemblée générale, ce qui leur permet d’intégrer de plein droit le conseil d’administration.

Comme anticipé, le Français Christian Lozano, adoubé par l’état-major de la FEI et le comité temporaire chargé de la refonte des règlements, a été élu président du comité technique d’endurance. Le juge, steward et directeur de cours l’a emporté dès le premier tour, obtenant 62,11% des voix, contre 20% au Qatarien Dhafi Rashid Almarri et 17,89% à l’Espagnol Daniel Fenaux. Cela porte à quatre le nombre de Français aux affaires dans les hautes instances de la FEI. En plus de Constance Popineau, directrice juridique du Comité national olympique du sport français (CNOSF), engagée de longue date au sein du tribunal, jeudi, Pierre Le Goupil et Benjamin Aillaud ont été nommés par le conseil d’administration membres des comités de concours complet et d’attelage par le conseil d’administration.

Naturellement, la Fédération française s’est félicitée ce soir de cette nouvelle victoire, d’autant que Christian Lozano lui permettra de disposer d’une précieuse voix au conseil d’administration de la FEI. “Ces nominations récompensent le dynamisme et le savoir-faire de nombreux experts français œuvrant sur la scène internationale. Ils contribuent à véhiculer une image positive de la FFE et des sports équestres français dans leur ensemble”, a ainsi salué le président Serge Lecomte. “Au regard du rang mondial des acteurs français des sports équestres, il est fondamental d’être présent et influent sur la politique sportive afin de défendre nos valeurs et l’équitation telle que nous la concevons en France. Si aujourd’hui nous avons autant d’acteurs élus dans les instances, c’est le signe de notre proactivité et de la qualité de ces personnalités. Ces trois experts sont de véritables hommes de terrain, qui sauront être à l’écoute de tous les acteurs de la compétition”, a réagi Sophie Dubourg, directrice technique nationale.

“Acteur actif et investi depuis de nombreuses années dans le monde de l’endurance, Christian Lozano est un amoureux de la discipline tout en étant conscient de ses faiblesses”, décrit la FFE. “Juge et délégué technique international d’endurance de niveau 4*, il a toujours lutté contre toutes formes de tricheries, comme le dopage ou la corruption.” Dans ce communiqué fédéral, Christian Lozano a livré ses premiers mots. “Je souhaite m’impliquer davantage et contribuer à ce que l’endurance mondiale ait un avenir durable au sein de la communauté de la FEI.” Le Tarn-et-Garonnais de cinquante-deux ans entend axer son mandat autour du respect du cheval et de l’intégrité sportive et “sera un relais privilégié de la conception française de l’endurance”.

Dans son discours de clôture, Ingmar de Vos a formé le vœu que la prochaine assemblée générale, prévue dans un an à Johannesbourg, en Afrique du Sud, puisse se dérouler en présentiel. À cette occasion, la FEI fêtera ses cent ans.