“Remplacer Emerald ou Don VHP revient à trouver la relève de Messi ou Ronaldo”, Harrie Smolders

Numéro un mondial sans discontinuer entre mai et décembre 2018, Harrie Smolders figure désormais au vingtième rang de cette hiérarchie internationale. Il faut dire qu’en l’espace de deux ans, le Néerlandais a dû dire au revoir à l’étincelant Emerald, retraité depuis 2018, et Don VHP Z, le métronome alezan brûlé fraichement éloigné du sport. Soutenu par son élève Jennifer Gates, la fille du milliardaire américain Bill Gates, le Néerlandais peut tout de même compter sur Dolinn et son prometteur Selle Français Bingo du Parc, qu’il aimerait emmener du côté de Tokyo l’an prochain, à l’occasion des Jeux olympiques. Parti outre-Atlantique pour concourir au CSI 4* de Wellington cette semaine, l’impassible et jeune quadragénaire a pris le temps de répondre aux questions de GRANDPRIX



Le 11 septembre à Valkenswaard, Don VHP Z a fait son dernier tour de piste à l'occasion du Longines Global Champions Tour.

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Comment allez-vous et pourquoi vous êtes-vous rendu à Wellington, en Floride ? Quelles mesures y sont prises pour limiter le nombre de contaminations de Covid-19 ? 

Pour le moment tout va bien, je ne suis ici que pour une semaine. J’ai quatre chevaux d’âge ici. Un CSI 4* s’y tient cette semaine. Je pense qu’en Europe, la saison indoor va être difficile, particulièrement pour les concours d’envergure. Je n’ai pas l’impression que cet hiver va pouvoir se tenir dans de bonnes conditions. Je prévois donc de faire quelques allers et retours. Concernant les mesures, les États-Unis s’étendent sur un territoire immense. D’après ce que j’ai vu pour le moment, le masque est largement utilisé. Avant de pouvoir entrer sur le site de compétition, on prend notre température. Il y a aussi beaucoup de distributeurs de gel hydroalcoolique. On sent que beaucoup de mesures ont été prises afin que le concours puisse se tenir dans les meilleures conditions. D’un autre côté, en Floride, de nombreux restaurants et magasins sont toujours ouverts. La vie “normale” suit son cours, mais le public doit tout de même porter des masques. 

Malgré les nombreux bouleversements qu’a engendré la pandémie de Covid-19, avez-vous toujours des objectifs pour cet hiver ? 

Avec les règles mises en place et les nombreux concours annulés, il est difficile d’avoir un objectif. La situation est différente chaque jour donc il est difficile d’aller de l’avant et de faire des plans. Je pense qu’il faut s’adapter au jour le jour. Lorsque la situation reviendra un peu à la normale, ce sera différent. Pour le moment, la patience est de mise. Je pense qu’il faut aussi être reconnaissant de pouvoir faire notre métier dans une période aussi incertaine. 

Don VHP Z, qui a été l’un des chevaux les plus réguliers en Grands Prix CSI 5* ces dernières années et qui vous a notamment offert l’argent individuel aux Européens de Göteborg en 2017, a récemment été mis à la retraite. Comment avez-vous vécu la fin de ce chapitre ? 

Don a seize ans, bientôt dix-sept. Je pense qu’il a été extrêmement régulier au cours des quatre ou cinq dernières années. Il est définitivement le meilleur cheval que j’ai connu dans ma carrière. Il n’a pas gagné tant d’épreuves que cela, mais le nombre de parcours sans faute qu’il a signé sur des barres à 1,60m est très impressionnant (cent onze au total, ndlr). Cette année est très étrange, et le fait que beaucoup des plus grands concours n’aient pu se tenir nous a décidés à lui offrir une retraite sportive. C’est pour cela que nous avons directement organisé une cérémonie à Valkenswaard, car nous avions bien vu qu’aucun concours d’envergure se tiendrait prochainement. Nous aurions bien sûr espéré lui offrir une cérémonie devant des tribunes garnies et de nombreux fans, mais cela n’aurait pas pu avoir lieu avant au moins l’an prochain. Compte tenu de la situation actuelle, le Longines Global Champions Tour de Valkenswaard est certainement le concours qui a pu lui offrir le plus d’exposition pour sa dernière sortie, particulièrement grâce aux réseaux sociaux. 

Lorsque le meilleur cheval de votre carrière prend sa retraite, gardez-vous la même motivation ? 

Bien sûr, si je voulais vraiment remplacer Emerald (l’un des autres cracks d’Harrie Smolders, deuxième de la finale de la Coupe du monde de Göteborg en 2016 et retraité depuis deux ans, ndlr) ou Don rapidement, je crois que je tomberais très vite en dépression. Cela revient à trouver la relève de Messi ou Ronaldo. J’aime profondément faire progresser des chevaux et tout le cheminement que cela implique. Cela me donne énormément de plaisir, tout comme la réussite de mes élèves (dont fait partie Jennifer Gates, la fille du milliardaire américain Bill Gates, ndlr). Je ne retire en effet pas du plaisir que dans le fait de concourir au plus haut niveau avec l’un des meilleurs chevaux au monde. Mais bien sûr, nous faisons de notre mieux pour tenter de trouver un cheval aussi bon un jour. 



“Si les Jeux s’étaient tenus cette année, je n’aurais pas pu être sélectionné”

Pour les Jeux olympiques de Tokyo, Harrie Smolders compte notamment sur Bingo du Parc, avec lequel il ne concourt que depuis septembre.

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À ce jour, quels sont vos meilleurs atouts ?   

Je compte notamment Dolinn, qui est sur le devant de la scène depuis quelques mois maintenant. Elle a douze ans, s’est classée deuxième du championnat national et a obtenu de bons résultats aux CSI 5* de Grimaud et Valkenswaard. L’an prochain, elle devrait être mon premier cheval. J’ai aussi un cheval de neuf ans qui s’appelle Bingo du Parc et qui est né en France (chez André Herouart, il est le fruit du croisement entre Mylord Carthago et Tsigane Semilly, par Diamant de Semilly, ndlr). C’est un cheval très prometteur, qui montre beaucoup de moyens et de capacités. J’espère les améliorer jour après jour, et ces deux chevaux devraient faire partie du grand sport l’an prochain. J’ai également toujours Monaco, qui est un super cheval, ainsi que des chevaux en devenir comme Escape Z, qui n’a que huit ans, et Nixon van’t Meulenhof, âgé de sept ans. Ces deux-là représentent l’avenir. 

Pensez-vous que Dolinn ou Bingo du Parc puisse vous emmener jusqu’aux Jeux olympiques de Tokyo l’an prochain ? Le report de l’échéance ne vous a-t-il pas avantagé compte tenu du peu d’expérience de vos chevaux ? 

Oui, je pense que Dolinn et Bingo auront définitivement leur carte à jouer l’an prochain pour Tokyo. Dans mon cas, si les Jeux s’étaient tenus cette année, je n’aurais en effet pas pu faire partie de l’équipe néerlandaise. Étant donné qu’ils se tiendront finalement l’an prochain, je vois des possibilités. 

Vainqueur de quatorze épreuves internationales sous votre selle dont la Coupe du monde Longines de Malines en 2017, Zinius n’a plus concouru depuis juillet. Est-il prévu qu’il reprenne la compétition ? 

Oui, je vais tenter de le faire revenir à la compétition une nouvelle fois. Il va également avoir dix-sept ans l’an prochain et ce cheval ne nous doit plus rien. S’il est heureux de concourir et en bonne santé, alors il reviendra. Il fait partie des chevaux qui apprécie l’adrénaline des concours, il adore cela. Et il est vraiment fâché lorsque le camion part sans lui…  

En 2014 et 2015, les Pays-Bas ont été imbattables aux Jeux équestres mondiaux de Normandie et aux championnats d’Aix-la-Chapelle, vos compatriotes ayant raflé l’or par équipes et en individuel à chaque fois. Comment expliquez-vous que votre pays soit moins sur le devant de la scène ces dernières années ? 

Je crois qu’il n’y aucun pays qui peut remporter des médailles ou même prétendre à monter sur le podium à chaque championnat. Parfois, il y a une sorte de vague qui rend tout très facile. Cinq bons chevaux rencontrent cinq bons cavaliers en même temps. Mais parfois, cela n’est pas aussi simple. La Hollande est plutôt un petit pays. Je pense que nous avons quelques bons cavaliers, mais je crois qu’il est difficile de toujours compter un cheval de championnat dans ses écuries. Cela fait partie de notre sport : le plus grand challenge qui se dresse face à un cavalier est de trouver et former un cheval capable de remporter des médailles. C’est la partie la plus difficile de notre métier. Par ailleurs, nous sommes dans un pays de commerce et nous n’avons pas peur de vendre des chevaux pour en former d’autres. Cela prend donc du temps. 

Ci-dessous, Harrie Smolders avec le bon Bingo du Parc dans une épreuve à 1,45m au CSI 4* Grimaud, le 15 octobre.