Christian Lozano, ardent défenseur d’un sport équitable pour tous

Élu président du comité d’endurance fin novembre lors de l’assemblée générale de la Fédération équestre internationale, Christian Lozano affiche ses ambitions et sa bienveillance pour sa discipline de cœur. Juge et délégué technique international 4*, le Tarn-et-Garonnais entend mettre à profit ses expériences variées en Europe et au Moyen-Orient pour recoller les morceaux d’une communauté sportive divisée.



Le nouveau M. Endurance de la FEI est du genre fédérateur, passionné. Carrure de rugbyman, teint mat et sourire contagieux, Christian Lozano est le nouveau président du comité technique d’endurance de la Fédération équestre internationale (FEI). Le 23 novembre, lors de l’assemblée générale de l’organisation, le Français, soutenu par l’état-major, a remporté haut la main l’élection devant le Qatarien Mr Dhafi Rashid Almarri et le Belge Daniel Fenaux, dont la candidature était portée par la Fédération royale espagnole. Il faut dire que Christian Lozano, cinquante-sept ans, n’est pas un poulain de l’année en matière d’endurance. Même s’il a peu monté à cheval, ce juge de niveau 4 est aussi délégué technique et commissaire en chef de niveau 3. Peu d’officiels ont atteint de degré de qualification. Son dada, c’est la transmission des savoirs. Aussi, il se fait un honneur et un plaisir d’assurer la formation des juges, délégués techniques et stewards en tant que directeur de cours désigné par la FEI.

`Pourtant, Christian Lozano n’est pas tombé tout petit dans la marmite de picotin. Titulaire d’un BTS chaudronnerie, il est parti trois ans en Grande-Bretagne pour peaufiner son anglais, avant de revenir à Tarbes, sa ville d’origine, pour travailler dans l’aéronautique. Ce solide gaillard, qui pratiquait la course à pied, est venu à l’endurance “complètement par hasard. Je courais des semi-marathons et des marathons. J’ai assisté à ma première course d’endurance à la fin des années 1990, près de Bordeaux.” Il s’agissait d’une épreuve de 90km Vitesse Libre, où il était venu suivre Joël Marescassier. “C’était une course de sélection en présence de Pierre Cazes, alors sélectionneur de l’équipe de France”, relate Christian, qui se rappelle avoir fait la connaissance d’autres grands noms de la discipline, à l’image de Jack Bégaud ou Jean-Noël Lafaure. “J’ai trouvé cela fantastique. Il y avait de la stratégie, de l’adrénaline… On pouvait aussi lire la douleur sur le visage de certains cavaliers… Cela me rappelait la course à pied.” Sans compter l’ambiance et la fête d’après-course qui le replongent dans convivialité du rugby. “J’ai rapidement eu envie de m’impliquer.”

Dans le même temps, alors qu’il travaille au sein de GIAT (Groupement industriel des armements terrestres) Industries, société renommée Nexter en 2006, dépendant du ministère de la Défense, Christian Lozano part aux Émirats arabes unis pendant six ans avec femme et enfants, dans le cadre d’une mission concernant la vente de chars Leclerc. Là-bas, j’ai découvert qu’il y avait déjà de nombreuses épreuves d’endurance. J’y suis allé en tant que spectateur, notamment à Abou Dabi. Ce n’est pas le même esprit, il y a moins d’opportunités de pouvoir intégré les équipes d’assistance (mission généralement assurée par les grooms des écuries, ndlr), mais j’ai découvert un autre aspect très attrayant quand on m’a proposé de devenir steward.” En lien avec la Fédération d’équitation et de course des Émirats arabes unis, Christian Lozano enfile alors le costume d’officiel, chargé de veiller au bon déroulement des épreuves. “Nous devons nous assurer du respect des règles, partout sur le terrain, aux check-points, mais aussi lorsque nous accompagnons chevaux et cavaliers au contrôle antidopage. On m’a alors emmené partout, et j’ai pas mal buché le règlement pour devenir incollable”, se souvient le Français.



Artisan de la victoire française aux Mondiaux de Dubaï

En 2005 à Dubaï, Christian Lozano vit une nouvelle étape particulièrement enrichissante en apportant une aide logistique à l’équipe de France, venue participer aux championnats du monde. “C’était l’occasion d’épauler Pierre Cazes. Je connaissais les rouages de l’endurance aux Émirats. J’ai pu fournir à l’équipe des assistants ainsi que des véhicules pour aller dans le désert, etc.” Il donne aussi un coup de pouce aux chevaux en organisant “un dernier point d’assistance pour arroser les chevaux à deux kilomètres de l’arrivée.” Une belle découverte mutuelle entre “copains d’ici et de là-bas”, qui s’est soldée par la superbe victoire individuelle de la Franco-Suisse Barbara Lissarrague avec Georgat. Une première dans ces championnats! “Nous avons vécu une très belle fête après la course”, se souvient l’ancien expatrié.
De retour en France en 2006, Christian Lozano devient co-organisateur des courses disputées jusqu’en 2014 à Ibos, juste à côté de Tarbes, dans les Hautes-Pyrénées. En point d’orgue, on se souvient des septièmes championnats du monde Jeunes, en 2013, remportés en équipe par les Bleuets. Christian Lozano continue d’officier en tant que commissaire aux Émirats, tout en poursuivant sa formation et en dispensant ses premiers cours. Selon les endroits, il alterne les casquettes de juge ou délégué technique et prend toujours autant de plaisir à assister ses amis cavaliers dans d’autres CEI. On l’a également beaucoup vu officier au sud de la Loire, notamment à Monpazier, Castelsagrat ou Ribiers, mais aussi en Espagne et à Abou Dabi.

“J’aime être force de proposition, et cela occupe tout mon temps libre”, se plaît-il à dire. On le retrouve aussi au Qatar, où il préside les jurys de trois à quatre courses par an… Jusqu’à ce qu’une nouvelle opportunité professionnelle se présente. “En 2013, on m’a propose de travailler à temps plein pour faire évoluer l’endurance au Qatar.” Christian restera quatre ans en poste. “J’ai énormément appris. Nous avons travaillé conjointement avec les Qatariens, en lien avec le staff de la FEI.” À son retour, le Frenchie reprend sa carrière dans l’Hexagone et, en parallèle, s’investit davantage encore dans les cours et la formation des juges internationaux. “Je ne veux pas garder pour moi ce que j’apprends, j’aime partager mes connaissances. Avec cette activité, on tisse des liens dans le monde entier, ce qui est formidable.” 

Depuis un certain temps, avant même son élection, Christian Lozano travaillait de concert avec la vétérinaire britannique Sarah Coombs, présidente du comité temporaire chargé de remettre à plat les règlements d’endurance. “J’ai notamment formulé des propositions pour aider les juges. Et quand la FEI a lancé son appel à candidatures pour intégrer le nouveau comité, je n’ai pas longtemps hésité à postuler”, relate l’intéressé, qui se veut acteur de la discipline. “Cela c’est fait naturellement, qui plus est avec le soutien des dirigeants de la FEI. Il est toujours appréciable d’être épaulé par les personnes avec qui l’on va travailler.”

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De 2013 à 2017, Chistian Lozano, ici aux Mondiaux Jeunes de 2015, à Santo Domingo, au Chili, a travaillé au service de la Fédération qatarienne.

© Collection privée



Vers des courses plus techniques

Son ambition pour l’endurance? “Redonner aux grands événements toute leur dimension sportive”, résume Christian Lozano, citant des terrains particulièrement “roulants” comme ceux de Šamorín, hôte slovaque des championnat d’Europe de 2015 et des Mondiaux de 2016, ou de Pise, théâtre Italien des Européens puis Mondiaux Jeunes de 2018 et 2019 et surtout des prochains Mondiaux Seniors, en 2021… en contre-exemples. “C’est plat, ça galope à peu près partout. Or, nous souhaitons revenir à une endurance technique”, justifie le nouveau président du comité. “Il n’y a pas que le cheval qui compte. J’aime cette notion de couple que nous pouvons mettre particulièrement en avant dans les courses techniques.’ Quid des pays du groupe VII, où se disputent les fameuses courses dans le désert et où se concentrent les plus riches écuries de la planète, qui constituent le principal débouché commercial des éleveurs et cavaliers formateurs et valorisateurs français? “Les Émirats, et le Moyen-Orient de façon plus générale, ont emprunté une voie qu’on ne peut pas suivre. Nous n’avons pas le même niveau, mais il y a surtout des conditions de course extrêmement différentes”, pose le Français. Pour tendre vers cette technicité, il compte sur l’un des points du nouveau règlement, en vigueur depuis cette année, stipulant que les parcours doivent comporter au moins 25% de pistes naturelles. “Nous ne voulons plus de terrains plats pour les grands rendez-vous internationaux. Les Emiratis devraient progressivement se rapprocher de nos circuits, et nos pratiques sportives tendront ainsi à se rapprocher.”

Christian Lozano assume pleinement des valeurs qu’il peut résumer en deux mots: “intégrité et éducation”. Son crédo? “Choisir des officiels qui tiennent la route, et les placer au bon endroit.” De quoi aider à assainir la discipline, comme le réclament un grand nombre d’acteurs européens? “Je plaide moi aussi pour des officiels de haut niveau et des circuits plus techniques. Ce n’est pas utopique. Nous allons choisir les sites, et bien annoncer les principes.” Concernant le Moyen-Orient, le Français cite en exemple Bou Thib. Ce site établi dans l’émirat d’Abou Dabi propose depuis plusieurs années des circuits techniques, avec des passages dans les dunes. “Ce genre de terrain technique peut constituer une bonne préparation. On le voit avec le recul, ces changements de parcours abaissent les vitesses moyennes, et des chevaux dits moins rapides peuvent à leur tour tirer leur épingle du jeu avec la technicité. Une bonne récupération ouvre aussi l’éventail des possibles, redonnant à nouveau de la place aux lignées autres que celles qui produisent des chevaux typés pour les courses de plat, par exemple.” “De plus, ce genre d’épreuves est beaucoup plus intéressant à suivre, car on voit des stratégies émerger, comme en Europe. On peut faire le parallèle avec le grands tours cyclistes, où les étapes plates sont bien moins passionnantes que celles de montagne.” Confiant, Christian Lozano entend rassembler tous les acteurs de l’endurance. “Je ne suis pas un belliqueux. On peut fédérer autour de ce projet et proposer le même sport à tous, avec les mêmes règles. Tout le monde va s’adapter.”

Si la crise sanitaire rend difficile les rencontres présentielles, le nouveau comité technique s’est déjà mis au travail. “Nous allons échanger chaque mois en visioconférence et partager nos idées par WhatsApp aussi souvent que nécessaire”, assure le Français. Pour aider les nations émergentes à occuper une place plus importante sur l’échiquier mondial, Christian Lozano envisage aussi de donner un coup de pouce aux pays des Balkans. “On peut envisager d’attribuer des championnats de niveaux CEI 1* et 2*, et mettre en place des grands événements continentaux. Cela donnerait une meilleure visibilité à ces manifestations. Cela permettrait qu’il n’y ait pas uniquement des Mondiaux sur 160km tous les deux ans.” 

Quant au nouveau règlement international, régulièrement qualifié de trop contraignant eu égard aux nombres de qualifications nécessaires pour passer d’un niveau à l’autre, Christian Lozano souhaite apaiser les tensions, que l’on a notamment vu émerger en France et en Espagne. “Nous nous inscrivons dans la continuité (du travail mené par le comité temporaire, ndlr) mais tout n’est pas forcément figé définitivement. Nous comprenons qu’il ait pu être compliqué de valider des qualifications dans de bonnes conditions cette saison, surtout en raison de la crise sanitaire provoquée par la pandémie de Covid-19. Nous restons ouvert et sommes loin d’avoir tout passé en revue…” Sans oublier que le comité technique doit encore trouver son quatrième membre, représentant les cavaliers, le Saoudien Tarek Taher, élu en 2018, ayant rendu son tablier voici quelques mois.