L’information aux éleveurs et la génomique au coeur de la politique de recherche et développement du Selle Français

Le Stud-book Selle Français, en charge du programme de sélection de la race, entreprend depuis cinq ans des travaux de recherche et développement afin de créer de nouveaux outils de sélection et d’aide aux croisements pour les éleveurs via la génomique.



Ayant pour mission de conduire et d’assurer l’orientation, la sélection et l’amélioration génétique des équidés de race Selle Français, mais aussi d’accompagner les éleveurs afin de développer et promouvoir cette race, le Stud-book Selle Français s’attèle à établir le meilleur processus de sélection possible. Si elle peut déjà compter sur des données utilisées dans des évaluations classiques comme la génétique et les performances, et organise chaque année des concours d’élevage et des championnats afin de déceler les meilleurs jeunes chevaux, l’association nationale de la race a lancé un programme basé sur la génomique il y a cinq ans, dans le cadre de sa politique de recherche et développement. Déjà très développée dans les secteurs bovin et porcin notamment, la génomique est une discipline de la biologie moderne qui valorise les informations issues de l’analyse de l’ADN obtenues grâce aux nouvelles technologies de génotypage. “Nous menons un processus de sélection depuis plus de quarante ans, qui est basé sur l’étude de la génétique, des statistiques et des indices de performances, et auquel s’ajoute aujourd’hui le développement de la génomique”, confirme Benoît Chaigne, directeur technique du Stud-book Selle Français. “La génomique permet de faire parler les gênes eux-mêmes de manière scientifique, et d’aller chercher si l’on peut, via l’ADN, à identifier des critères de sélection.”

Pour tenter d’identifier des critères de sélection, comme la taille, des caractéristiques physiques précises, des aptitudes ou même le risque de contracter une maladie, le Stud-book Selle Français, en collaboration avec l’Institut français du cheval et de l’équitation (IFCE) et l’Institut national de la recherche agronomique et environnemental (INRAE), travaille sur des bases statistiques. “Pour avoir des résultats significatifs et témoigner de la corrélation entre génomes et aptitudes, il faut pouvoir étudier sur la base d’une population de référence. Il y a plusieurs objectifs à ce nouveau processus de sélection que nous espérons pouvoir mettre en place”, comme l’indique Benoît Chaigne. “C’est intéressant pour les éleveurs de pouvoir disposer du maximum d’informations possible. Au-delà des performances de leurs produits, et de l’expertise des éleveurs, les résultats de la génomique seront de nouveaux éléments qu’ils auront à disposition. Cela pourrait notamment leur permettre d’affiner leur avis sur quel cheval concentrer les efforts de valorisation dans le sport et/ou l’élevage. Pour le Stud-book, ces analyses nous permettront de renforcer les moyens d’identifier des équidés qui pourraient se révéler comme les meilleurs étalons ou reproductrices à l’avenir. Toutes les informations que l’on peut accumuler pour améliorer la race sont les bienvenues.” Ces dernières pourraient également être, à terme, un argument commercial dans le marché du cheval de sport.



DES ANALYSES AU MODÈLE...

S’il est encore en cours et que le Stud-book travaille sur du long terme, ce processus de sélection se traduit par une marche à suivre très précise. “Nous avons travaillé sur un volet de caractérisation des chevaux. Avec l’IFCE et l’INRAE, nous avons par exemple fait des mesures en morphométrie, via des caméras spéciales, sur deux mille sujets âgés de quatre et cinq ans, que nous sommes capables de reconstituer dans les moindres détails en 3D”, explique Benoît Chaigne, représentant du stud-book. “En résumé, nous avons analysé les différences de modèles de ces chevaux, et avons essayé de voir s’il existait des liens avec les performances. De ces études, nous avons établi qu’il existait dix grands types de critères morphologiques: la taille du cheval, la longueur du dos, la largeur du poitrail, etc. Nous n’avons pas réussi à établir quel modèle de cheval était plus performant qu’un autre en saut d’obstacles. En revanche, nous avons trouvé une corrélation plutôt positive entre le format du cheval, c’est-à-dire les proportions d’un modèle, à ne pas confondre avec la taille, et la performance. Du reste, nous effectuons encore des recherches.”



... ET LORS DU SAUT EN LIBERTÉ

“Nous avons également mené une étude via un accéléromètre afin de prendre les mesures de différents chevaux pendant le saut en liberté”, poursuit Benoît Chaigne. “Nous avons étudié mille chevaux âgés de trois ans. Nous mesurons leur battue d’appel, leur durée de plané, le temps qu’ils mettent à retrouver leur équilibre après la réception, etc. De ces analyses, une importante corrélation a été décelée: un jeune reproducteur ayant une durée de plané longue a des prédispositions pour produire des performers en compétition. Pour valider ce critère définitivement, nous continuons d’effectuer des analyses sur de jeunes équidés. De la même manière, il a été identifié un critère de taille très présent sur le chromosome 3, ce qui pourra par exemple intéresser les éleveurs de poneys.” 

Avec ce nouvel outil de sélection encore en cours d’élaboration, le Stud-book Selle Français espère donc servir la progression génétique de la race et les éleveurs, qu’ils soient naisseurs de chevaux de sport ou de loisir. “Dans quelques années, je pense que ces travaux pourront servir tous les éleveurs et propriétaires”, indique Benoît Chaigne. “Nous disposerons probablement d’une bibliothèque portant sur les gènes équins, qui donneront des informations sur les robes, les tailles, etc. Dans le milieu des courses par exemple, des scientifiques se sont aperçus qu’un gène semblait marquer une aptitude plus importante pour le trot. Les informations que nous récolterons pourront également concerner la santé des chevaux. Nous connaissons déjà aujourd’hui le gène de la maladie du poulain fragile (une maladie génétique du cheval de sport caractérisée par une extrême fragilité de la peau, qui n’a malheureusement pas de traitement connu, ndlr) par exemple, ce qui intéressera tous les éleveurs et les propriétaires. Pour rappel, si un seul parent est porteur du gène, la maladie ne sera jamais déclarée. Un risque apparaît si les deux parents sont porteurs du gène. En connaissant cette information, les éleveurs peuvent savoir quelle jument croiser à quel étalon afin d’être sûrs de ne pas mettre en danger leur produit. En bref, ce programme génomique pourra vraiment servir la race Selle Français et nous apporter davantage d’informations pour nous aider dans notre programme de sélection.”

Cet article est paru dans le dernier numéro du magazine GRANDPRIX.