Katchina Mail, la grande dame de Brullemail

Notre série de seize portraits baptisée “Trésors de championnes” s’intéresse aujourd’hui à Katchina Mail. Pour rappel, GRANDPRIX s’est appuyé sur une sélection de juments nées après 1995, ayant obtenu d’excellents résultats sportifs, matérialisés par l’obtention d’un indice de performances supérieur à 160, et ayant engendré au moins deux produits eux-mêmes indicés à 140 et plus. Grâce aux titres de Delstar et Catchar Mail, alors âgés de quatre et cinq ans, Katchina, médaillée d’argent par équipes aux Jeux équestres mondiaux de Lexington en 2010, est devenue la première jument à engendrer deux champions de France lors de la Grande Semaine de Fontainebleau, en 2017. Et la saga ne semble qu’à son commencement.



Après avoir connu les honneurs sur le Grand Parquet, où elle avait remporté le titre de championne des six ans en 2004 doublé d’une victoire dans le Grand Criterium, Katchina Mail a réussi une brillante carrière internationale sous la selle de Patrice Delaveau. Lauréate de nombreux Grands Prix internationaux (Marnes-la-Coquette, Auvers, Verquigneul, Le Mans, Geesteren, Birmingham, Gijón), Katchina a remporté de nombreuses épreuves sur les plus beaux terrains du monde, gagné les Coupes des nations de Rome et Gijón, et contribué à la médaille d’argent de l’équipe de France aux Jeux équestres mondiaux de Lexington, en 2010, quelques mois après s’être classée onzième de la finale de la Coupe du monde de Genève.

Katchina est le fruit de trente ans d’élevage et de conviction pour son naisseur. L’histoire débute à la fin des années 80, quand Bernard Le Courtois, en visite à l’élevage van de Helle en Belgique, tombe amoureux d’Adoret Z, une fille d’Almé, étalon qu’il a fait revenir en France après son passage au haras de Zangersheide, et d’une mère Hanovrienne par Gotthard, qu’il décide de ramener en France. La suite de l’histoire montre qu’il a eu du flair, puisqu’Adoret a d’abord donné Chergar Mail (ISO 165, Laudanum, Ps), malheureusement mort à neuf ans d’une occlusion intestinale alors qu’il semblait promis à une belle carrière internationale. Elle a ensuite mis au monde deux autres produits de Laudanum, Pur-sang dont Bernard Le Courtois gérait la distribution: Elvira Mail et Fergar Mail. Brillant sur le Cycle classique avant d’être vendu au Mexicain Alfonso Romo – et rebaptisé Chapultepec La Silla – Fergar Mail a engendré plusieurs très bons gagnants internationaux dont les étalons Lamm de Fétan (ISO 184), ancien crack de Timothée Anciaume, et Singular LS, gagnant international avec l’Allemand Marcus Ehning. Dans la production d’Adoret, on trouve également Hoggar Mail (Hand in Glove, ISO 145), champion des six ans en 2001 avec Patrice Delaveau, et de nombreuses poulinières.

L’excellent étalon Fergar Mail, ici aux côtés de son naisseur, est issu de la même souche que Katchina.

© Collection privée



Une famille olympique

Sheena Mail, fille de Katchina, s’était classée troisième du championnat de France des six ans avec Félicie Bertrand.

© Scoopdyga

Contrairement à ses frères, Elvira Mail n’a pas été testée en concours, mais destinée directement à la reproduction. “Comme Chergar commençait à très bien se comporter et que Fergar sautait déjà magnifiquement bien à deux ans, j’ai considéré que leur sœur n’avait pas besoin de concourir, d’autant qu’elle était moins démonstrative qu’eux. Je ne regrette pas mon choix, car si elle avait suivi le circuit des quatre et cinq ans, elle ne m’aurait donné ni Jaguar, ni Katchina, ce qui aurait été dommage! Elvira a été saillie à trois ans par Narcos II, mais la gestation n’est pas allée à son terme. L’année suivante, j’ai utilisé Hand in Glove. Je l’ai croisée à des étalons avec de la taille et de la force, car elle était très typée Laudanum. C’est une jument avec un très bon caractère, qui sautait bien et avec style, mais dont les moyens étaient difficiles à apprécier car elle n’était pas très démonstrative”, se rappelle Bernard Le Courtois.

Le premier produit d’Elvira est donc Jaguar Mail, un étalon bai qui produits d’excellents chevaux de saut d’obstacles et plus encore de concours complet, où il est depuis plusieurs années l’un de tout meilleur père de gagnants internationaux – le troisième en 2020. Avant de se consacrer à l’élevage, il a amplement fait ses preuves sur les terrains de sport, avec Patrice Delaveau jusqu’au plus haut niveau mais aussi sous la selle du Suédois Peter Eriksson, avec lequel il s’est classé cinquième du Grand Prix CSIO d’Hickstead et septième de celui de Rotterdam, avant de contribuer à la sixième place de la Suède aux Jeux olympiques de 2008 à Hong Kong.

Après Jaguar, l’éleveur ornais présente Elvira à l’imposant Holsteiner Calvaro (Caletto I x Capitol I), qu’il a été le premier à utiliser en France, pour donner Katchina, seul produit français de l’étalon Holsteiner né en 1998. “Je diffusais Calvaro, étant l’agent français de Zangersheide à l’époque. Je l’ai utilisé jusqu’à la génération des ‘O’, puis je me le suis fait piquer par les Haras nationaux. Il correspondait vraiment bien à ce que je recherchais. J’ai refait le même croisement une fois, et malheureusement, cela nous a donné une pouliche qui souffrait d’une malformation congénitale et que nous avons été contraints d’euthanasier”, explique le fondateur du haras de Brullemail.

Ayant disputé les JO en 2008, Jaguar Mail, frère utérin de Katchina, réussit une très belle carrière d’étalon, en jumping et plus encore en complet.

© Marielle Andersson Gueye



Deux étalons et nombre de prometteuses poulinières

Depuis l’an passé, l’étalon Catchar Mail, ici à Grimaud, poursuit son ascension sous la selle d’Edward Levy.

© Sportfot

À l’élevage, Katchina a d’abord eu cinq filles perpétuant sa lignée, chez Bernard Le Courtois et au haras des Coudrettes d’Armand et Emmanuèle Perron-Pette. Parmi celles-ci figurent Sheena Mail (ISO 145, Iowa), qui s’était distinguée à Fontainebleau en se classant troisième du championnat des six ans avec Félicie Bertrand, avant de poursuivre une belle carrière avec Marc Dilasser et la Brésilienne Monika Guillon et de revenir chez son naisseur, mais aussi Shana (SF, Quite Easy), exportée en Argentine, Velvetina (SF, Quite Easy), récemment revenue en pension à Brullemail, Talissa (SF, Alligator Fontaine), poulinière dans l’Orne, tout comme Orangeade (SF, Fergar Mail), mère de l’étalon Tygar Mail (ISO 134, SF, Quidam de Revel) et Candar (ISO 143, SF, Lando) et grand-mère d’Athina Mail (ISO 145, SF, Jaguar Mail). Puis, Catchar (ISO 141, SF, Diamant de Semilly) et Delstar Mail (ISO 139, Utrillo van de Heffinck), premiers fils de la grande championne, ont été sacré champions de cinq et quatre ans en 2017 à Fontainebleau, respectivement avec François-Xavier Boudant et Grégoire Hercelin.

Après avoir déjà signé le doublé en remportant les CIR d’Auvers et Saint-Lô, à Fontainebleau, ils avaient offert une belle consécration à leur naisseur, qui avait alors du mal à contenir son émotion: “Si je m’en réfère à ce que disent les gens, c’est une forme de consécration, une récompense pour trente ans de sélection. Cela me fait aussi oublier les regrets que j’ai parfois eus de ne pas avoir vendu Katchina, dont j’aurais pu tirer beaucoup d’argent, donc c’est la récompense de beaucoup de sacrifices. Je pense que c’est plus fort que si c’était des produits d’une autre jument de l’élevage. Nous sommes tous profondément attachés à Katchina, qui sortait de l’ordinaire, donc j’attends plus de ses poulains que de ceux d’une autre. Quand ils concrétisent nos espoirs, c’est encore plus satisfaisant.”

Depuis leur sacre bellifontain, les deux fils de Katchina poursuivent leur progression vers le haut niveau. “Je fonde de grands espoirs en Catchar, qui a toutes les qualités nécessaires pour sauter de très belles épreuves”, a déclaré en septembre dernier Edward Levy, qui le monte depuis début 2020. “L’an passé, nous avions eu le projet de le confier à Peder Fredricson, en Suède, mais les conséquences de la crise sanitaire, à commencer par la réduction drastique du nombre de concours, m’ont encouragé à changer mon fusil d’épaule. Après avoir fait la monte, il a repris gentiment la compétition avec Grégoire Hercelin, puis avec Edward, qui apprécie beaucoup son respect, sa régularité et son galop. Cette année, l’objectif de reprendre gentiment à 1,40m et 1,45m, avant d’aborder la hauteur suivante. J’espère évidemment qu’il franchira le cap”, commente Bernard Le Courtois, qui n’écarte pas la possibilité d’une vente à plus ou moins long terme. Quant à Delstar, “après un début d’année 2020 chez Edward, il est reparti faire la monte, et cette année, j’ai décidé de le laisser sous la selle de Grégoire avec pour objectif de continuer à concourir à 1,40m. Pour la suite, je verrai le moment venu. J’aurais pu le vendre l’an passé, mais je préfère le conserver encore un peu.”

Après avoir réduit de moitié son élevage en 2014, pour faire désormais naître en moyenne une dizaine de poulains par an, Bernard Le Courtois se concentre essentiellement sur la souche d’Adoret, et notamment sur Katchina et ses filles. Depuis 2014, la championne a produit, par transferts d’embryons, neuf autres poulains. Nés en 2014, Eluna (SF, Numero Uno) a été exportée en Colombie, Ekita (SF, Quality Touch) a été vendue, de même que Eliza Mail (SF, Utrillo van de Heffinck), qui poursuit sa formation au haras de Pléville avec Mélanie Cloarec, tandis que l’éleveur normand a conservé Everstar (SF, Quality Touch), au travail chez Grégoire Hercelin. Ce dernier forme également Hanisha (SF, Diamant de Semilly) et Halvar (SF, Baloubar Mail), alors que Haviva (SF, Kannan) est à Brullemail. Enfin la petite dernière, Jamisha (SF, Utrillo van de Heffinck) a été exportée en Italie. À n’en pas douter, cette souche devrait continuer à donner d’excellents chevaux de sport, dignes de leurs aïeux.

Katchina est également la mère du magnifique étalon Delstar Mail.

© Les Garennes



En 2010, malgré une faute, Katchina Mail s’était classée troisième du Grand Prix Coupe du monde de Bordeaux.

En juillet dernier à Deauville, Catchar a fini septième d’une épreuve Pro 2 à 1,35m avec Edward Levy.

Il y a deux ans, Bernard Le Courtois avait raconté l’histoire de Katchina Mail sur GRANDPRIX.tv.