“Je me sens beaucoup mieux dans ma peau”, Ludo Philippaerts

Le week-end passé, Ludo Philippaerts a remis le pied à l’étrier en compétition à l’occasion du CSI 2* d’Oliva, après plus de six ans de pause. Le Belge, partenaire de l’inoubliable Darco et médaillé d’argent en individuel aux championnats d’Europe d’Arnhem en 2001 avec Otterongo van de Kopshoeve, n’a pas démérité, signant plusieurs sans-faute aux rênes de H&M Extra et H&M Legend of Love. Présent pour plusieurs semaines encore en Espagne, le chef de la tribu Philippaerts a pris le temps de confier ses sensations quant à ce come-back. En pleine forme, libéré et bien disposé à “continuer à s’amuser dans le sport” sans se fixer aucune limite, le Flamand de cinquante-sept ans évoque aussi l’évolution du sport et de l’équipe belge, championne d’Europe en titre.



Ludo Philippaerts est ici en selle sur Challenge vd Begijnakker Z, avec lequel il avait couru son dernier Grand Prix en 2014.

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Vous venez de signer votre grand retour en compétition à Oliva. Quelles ont été vos sensations? Vous n’avez pas trop perdu la main après plus de six ans d’arrêt, puisque vous n’avez concédé que quatre points dans le Grand Prix du CSI 2*, en selle sur H&M Extra (KWPN, Berlin x Heartbreaker)…

Je suis très content de pouvoir remonter à cheval. Avec Extra, j’ai eu de très bonnes sensations les deux premiers jours, alors j’ai dit à Olivier: “Pourrais-je monter le Grand Prix, parce que je me sens très bien avec Extra et qu’il est en pleine forme!” Il n’était pas prévu que j’y participe, mais j’ai pris le risque. La dernière fois que j’avais disputé un Grand Prix, c’était en 2014 (lors du CSI 4* de Mons-Ghlin aux rênes de H&M Challenge van de Begijnakker, ndlr) et je n’avais monté ce cheval qu’une seule fois avant de venir ici. Tout s’est déroulé mieux que je ne l’avais imaginé! Je suis heureux de l’avoir fait.

Vous avez également concouru avec H&M Legend of Love (DSP, Landzauber x Corgraf), la jument de tête de votre fils Olivier…

Il s’agissait de la préparer pour la saison 2021 car Olivier avait quelques nouveaux chevaux. Avec Legend, j’ai participé à des épreuves à 1,30m. Ce week-end, Olivier va de nouveau concourir avec elle, car ils s’envoleront ensuite pour Doha. En revanche, je vais monter Extra trois semaines à Oliva. 

Avant ce retour à la compétition, vous avez perdu beaucoup de poids. Comment y êtes-vous parvenu et à quoi ressemble votre routine quotidienne sportive et alimentaire? 

J’ai été opéré en août dernier. J’avais beaucoup de problèmes et j’étais trop lourd. En cinq mois, j’ai perdu près de trente-cinq kilos, et je me sens beaucoup mieux dans ma peau. Manger reste parfois compliqué, mais je peux pratiquer mon sport préféré et remonter à cheval. Avant, ce n’était plus possible. Pour le moment, je ne pratique pas d’autres sports en dehors de l’équitation. Je ne me suis remis à cheval qu’en octobre. En novembre, j’avais accompagné Anthony à Oliva, où j’avais monté un ou deux chevaux. Après cela, j’ai eu l’idée de m’engager à nouveau en concours. Je suis donc retourné en Espagne, et j’ai directement participé au Grand Prix, ce dont j’ai été le premier étonné! Je n’aurais jamais imaginé que tout se passerait aussi bien. Peut-être que ce week-end ne sera pas aussi positif, mais pour le moment, je me sens bien!

Comment le sport a-t-il évolué en six ans, et quel regard portez-vous sur tout ce qui est lié au corps des athlètes, à l’importance du physique et de l’alimentation? 

La plus grande différence que j’ai ressentie concerne le temps. Tous les parcours sont plus techniques, et ils doivent être sautés dans un temps plus court, si bien que les obstacles arrivent plus vite. D’ailleurs, j’ai parfois dépassé le temps imparti, mais je dois m’habituer car tout va plus vite comparé à avant. Aujourd’hui, tous les cavaliers sont des athlètes. On ne voit plus de gros. Autrefois, c’était bien différent!



“Pour le moment, je monte pour mon plaisir”

Certains cavaliers restent présents au plus haut niveau jusqu’à un âge avancé, Nick Skelton est devenu champion olympique en 2016 à cinquante-huit ans… Est-ce que cela vous inspire?

Je ne vais pas trop en dire mais j’aurai cinquante-huit ans cette année moi aussi… Je viens de reprendre et je ne sais pas où cela va me mener, ni ce que je ferai après. Je verrai avec Olivier combien de temps je monterai Extra. Pour le moment, c’est pour mon plaisir et participer à des CSI 2*. Ensuite, je verrai bien.

Votre fils Thibault s’entraîne désormais aux côtés de Marco Kutscher, en Allemagne. Quel regard portez-vous sur cette nouvelle collaboration?

Il est en stage là-bas. J’ai pu lui organiser cela et lui donner cette possibilité de se perfectionner chez Marco Kutscher. C’est un excellent cavalier, qui dresse très bien ses chevaux, donc j’ai dit à Thibault d’aller chez lui pour apprendre à mieux monter. Il a pris six chevaux avec lui.

Vos enfants sont désormais grands et concourent à haut niveau. Avez-vous changé votre organisation familiale en termes d’entraînement? Les voir prendre leur envol vous rend fier ou vous attriste un peu?

L’idée est de changer notre organisation cette année, oui. Nicola est pour le moment à Wellington, Olivier est à Oliva, Thibault en Allemagne… Cela me donne aussi plus de liberté, pour monter moi-même, en tout cas je l’espère! Les enfants ne sont pas partis, ils travaillent tous pour la même société. C’est la vie que l’un soit en Amérique ou l’autre en Allemagne. À la fin, ils reviendront à la maison. Je suis très fier de pouvoir vivre cela avec mes enfants. 

Une bonne partie de votre activité est liée au commerce. Comment s’est déroulée l’année 2020 et qu’attendez-vous de 2021?

L’année 2020 n’a pas été très bonne, compte tenu des annulations de concours, notamment de niveau 5*, car il n’y a pas eu beaucoup de gains. Et le commerce a accusé une petite baisse d’activité. J’espère que cela ira mieux cette année et que tout va se remettre en marche. Nous pouvons faire le dos rond un ou deux ans, mais il serait difficile de continuer cinq ans de cette façon. 

 



“Monter à cheval a été ma vie pendant cinquante ans”

S’il avait arrêté de concourir en 2014 pour aider ses enfants (ici avec Olivier au CSIO de Lummen en 2017), Ludo Philippaerts y a aussi été contraint à cause de problèmes de santé.

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Êtes-vous optimiste pour la suite de la saison sportive, et le maintien des Jeux olympiques et des Européens?

Je pense que les Jeux auront lieu cette année, et que quelques concours comme ceux du Longines Global Champions Tour vont repartir. Je pense que ceux de Doha auront lieu et que beaucoup de concours vont suivre. J’ai entendu que le CSI 5* de Bois-le-Duc était maintenu (à huis clos, ndlr), tout comme la finale de la Coupe du monde, à Göteborg. En tout cas, c serait bien pour le sport. 

La Belgique est championne d’Europe en titre. Comment avez-vous vécu cette victoire historique et quel regard portez-vous sur l’évolution de cette équipe, qui est redevenue performante depuis quelques années? 

Notre pays est actuellement très fort en saut d’obstacles. Il y a de très bons cavaliers avec de bons chevaux, ce qui est positif pour les prochaines saisons. De fait, il n’est pas simple d’intégrer l’équipe belge! Il y a une dizaine de cavaliers qui peuvent prétendre à une sélection en championnats. L’équipe a très bien évolué ces dernières années. Certains cavaliers gardent leurs meilleurs chevaux pour le sport, ce qui a permis de belles réussites. 

Quel regard portez-vous sur l’évolution de votre sport, et notamment le système d’invitation en CSI remodelé par la Fédération équestre internationale (FEI)? 

Cette année, la FEI a imposé un nouveau système, que je ne connais pas encore très bien car je reprends tout juste les concours. C’est bien pour les cavaliers bien placés au classement mondial, mais pour les autres, participer à de grands concours n’est pas facile… Nous verrons comment vont se passer les premiers mois de l’année. Peut-être faudra-t-il y changer quelque chose encore. C’est difficile à dire maintenant, il y a moins de concours, en raison de la pandémie. À un moment, la vie doit évoluer et les règlements aussi. Est-ce positif ou pas, je ne sais pas, mais ne sera pas plus facile.

Que peut-on vous souhaiter pour la suite? 

Une bonne santé. J’ai connu beaucoup de misères alors j’espère que ma santé restera bonne, afin que je puisse continuer de faire ce que j’ai toujours aimé: monter à cheval. Cela a été ma vie pendant cinquante ans. J’ai arrêté parce que j’ai dû aider mes enfants mais aussi parce que j’étais un peu lourd. Depuis, j’ai fait beaucoup d’efforts pour en arriver là, je suis fit et cela me plaît bien. J’espère donc continuer à m’amuser dans le sport.