Les amateurs rongent leur frein à l’aube d’une saison incertaine (2/2)

L’année 2020 n’a pas été des plus épanouissantes pour les cavaliers amateurs en termes de compétition équestre. En raison de la pandémie de Covid-19, leur saison a été réduite à peau de chagrin, avec une interruption de mars à juillet, puis à nouveau depuis novembre. Beaucoup d’échéances très attendues ont été annulées, dont les championnats de France. Pour 2021, l’incertitude semble être le maître-mot… Pour le moment, même si des concours sont programmés, seules se déroulent les manifestations à huis clos et réservées aux professionnels. Alors force est de constater que les uns et les autres naviguent à vue. Comment réagissent les amateurs? Entre espoir, résignation, lassitude et réinvention de leur modèle, GRANDPRIX a recueilli leurs témoignages.



Valentine Poncheaux

© Scoopdyga

Valentine Poncheaux, cavalière de saut d’obstacles de Normandie: “La crise sanitaire est arrivée à un très mauvais moment pour ma jument et moi, car nous étions en phase ascendante. Elle venait de changer de mode de vie, en passant au pré la journée, ce qui lui a extrêmement bien réussi. J’ai pu participer à deux Grands Prix CSI 1* en Espagne en début d’année, mais dès mon retour, le confinement a été décrété. Je préfère ne pas trop faire sauter ma jument en dehors des concours, alors nous nous sommes peu entrainées à l’obstacle durant cette période. Nous avons pu participer au CSI 1* de Canteleu, en septembre, puis il y a eu le deuxième confinement… J’ai vraiment hâte de reprendre les concours mais je sais que je suis déjà très chanceuse d’être plongée dans l’équitation et les chevaux au quotidien, étant donné que j’habite avec mon compagnon, cavalier professionnel, et auprès de mes juments. La situation est encore plus difficile pour les personnes qui n’ont pas cette chance. Pour le moment, le travail de ma jument reste assez léger. J’en profite pour sortir à la plage et me concentrer sur son moral. En 2021, j’espère pouvoir concourir un peu avec la jument de quatre ans que je me suis achetée. Je voudrais aussi pouvoir profiter de la super forme physique de mon autre jument et retrouver la belle dynamique dans laquelle nous étions avant tout ça.”

Lola Kollmannsberger, cavalière de saut d’obstacles d’Île-de-France: “Début 2020, j’ai pu disputer quelques concours. Je venais de quitter mon ancien club pour m’installer dans les écuries de ma mère afin d’être davantage présente en compétition, et à un meilleur niveau. J’ai commencé à m’entraîner plus souvent, environ trois ou quatre fois par semaine, en prenant des cours de saut mais aussi de dressage avec des coaches extérieurs. Aller les voir pendant les confinements a été un peu compliqué, car les déplacements étaient très contrôlés. Globalement, j’ai quand même pu continuer à travailler sérieusement avec mon poney, mais je pense que mes entraînements ont été un peu moins intenses, et nous en avons profité pour améliorer des points précis. Les concours ne font pas tout pour moi mais je suis un peu inquiète pour les championnats de France, qui pourraient être annulés cette année, et j’ai peur de ne pas pouvoir me qualifier. Et puis, mon objectif ultime, c’est les championnats d’Europe, sauf que je ne peux m’y qualifier que tant que j’ai moins de seize ans! Il ne faudrait pas que tout cela dure trop longtemps… J’espère en tout cas qu’il n’y aura pas de nouveau confinement car cela deviendra à nouveau compliqué pour moi d’être coachée. De plus, je n’ai pas de manège chez moi! J’aimerais bien me lancer en AS Poney 1 lorsque les concours reprendront.”



“Quand j’ai enfin pu retourner au club, j’ai ressenti une vraie délivrance”

Anastasia Lebarbier

© Collection privée

Norman Ouakil, cavalier de saut d’obstacles vivant en Île-de-France et montant en Normandie: “Pendant le premier confinement, je n’ai pas pu aller en Normandie. Du coup, je suis resté trois mois à Paris, sans voir les chevaux du club. Cela a été très difficile pour moi qui ai l’habitude de passer mes week-ends et vacances au Pôle international du cheval Longines de Deauville. Quand j’ai enfin pu y retourner, j’ai ressenti une vraie délivrance, même s’il n’y avait pas d’échéances concrètes en vue desquelles s’entraîner. J’étais super content de pouvoir remonter. Nous nous sommes davantage concentrés sur les bases, à travers pas mal de séances de dressage et de mise en selle, ce qui m’a permis de progresser. Je suis quand même très déçu de cette année, car je vis ma dernière année au lycée et j’aurais eu beaucoup de temps pour monter à cheval. J’ai peur d’en avoir moins après, quand je serai en études supérieures. J’aurais vraiment aimé en profiter pour progresser et concourir à un niveau plus élevé. Les concours sont pour moi un “plus”, c’est vrai, mais il est non négligeable, et j’attends avec impatience de pouvoir reprendre. Je voudrais aussi vraiment pouvoir passer mes journées au club comme avant, sans avoir à me dépêcher de rentrer à cause des couvre-feu et autres restrictions sanitaires. Pour le moment, je suis plutôt content car selon le programme que le Pôle nous a envoyé pour le début de l’année, il devrait y avoir un concours auquel je pourrai participer en février! J’espère qu’il sera maintenu… De toute façon, je pense que la priorité est que la situation s’arrange pour les centres équestres et les poney-clubs, qui ont beaucoup souffert de la crise.”

Anastasia Lebarbier, cavalière de dressage en Normandie: “Le premier confinement a été très compliqué pour moi. Je n’ai pas eu le droit d’aller voir mon cheval car seuls les soigneurs et professionnels étaient autorisés à se rendre aux écuries. Cela a été très difficile, en particulier à cause de la perte de lien avec mon cheval, Jazz. J’ai aussi dû gérer mes études qui m’ont demandé beaucoup de travail en autonomie, ce qui a également été compliqué. J’ai quand même eu beaucoup de chance car mon père, cavalier de dressage professionnel, a pu s’occuper de lui. Lorsque je l’ai retrouvé, il était vraiment en forme, j’ai pu voir qu’il avait bien travaillé! Le deuxième confinement a heureusement été beaucoup plus agréable, car j’ai pu continuer à voir et monter mon cheval comme en temps normal. J’ai profité de l’absence de concours pour travailler ma technique et continuer à progresser. Je pense que mon état d’esprit a un peu changé car j’ai travaillé de façon plus détendue. Le plus important était de pouvoir retrouver la compagnie de mon cheval, et de sortir de la routine du confinement. Je sais que les concours reprendront un jour, et je préfère voir tout ça de façon positive: je profite de la situation pour progresser et je pense que tout cela me sera bénéfique, comme à bien d’autres cavaliers. À la reprise, certains pourront peut-être participer à de plus belles épreuves qu’avant grâce à cela!”



“Je n’ai jamais vu mon poney aussi en forme”

Amélie Mouronval, cavalière de saut d’obstacles et de dressage en Champagne-Ardenne: “J’ai eu beaucoup de chance, car l’année 2020 n’a pas été trop compliquée pour moi sur le plan professionnel. J’ai toujours travaillé de la maison et j’ai réussi à garder la même quantité de travail que d’habitude. Au niveau de l’équitation, en revanche, on ne peut pas en dire autant! Pendant le premier confinement, je n’ai pas du tout pu voir mon poney, Tivoli, parce qu’il était chez mes parents et que je n’étais pas confinée là-bas. C’était vraiment dur mais j’ai pu garder le lien avec lui grâce à mes parents qui me donnaient de ses nouvelles. Parfois, je l’appelais même en visio! En tout cas, mon poney a passé trois mois à manger de l’herbe, et l’idée de pouvoir concourir rapidement m’a semblé de plus en plus compliquée. À la sortie du premier confinement, j’ai décidé d’installer mon poney dans des écuries à cinq minutes de chez moi, pour ne jamais revivre cette séparation. Heureusement, j’ai pu aller le voir normalement pendant le deuxième confinement et j’ai retrouvé un quotidien assez proche de celui d’avant la crise sanitaire. Cela dit, je considère que 2021 sera une année blanche en termes de concours. J’avais pris ma licence Amateur mais j’ai bien compris qu’elle ne me servirait pas, à part pour l’unique concours de saut d’obstacles auquel j’ai pu participer en 2020. Le positif dans tout ça est que je n’ai jamais vu mon poney aussi en forme. Je suis impatiente de voir comment cette progression va se traduire en compétition. En même temps, je ne pense pas que ce soit pour tout de suite. Même si les concours Amateurs vont peut-être pouvoir reprendre en extérieur, je vois mal de gros rassemblements tels que les championnats de France avoir lieu avec toutes ces restrictions sanitaires.”