Razzia des Sables, atypique et géniale protégée de la famille Chanclud

Petite par la taille, mais grande par le talent. Ainsi est décrite par son entourage, l’atypique mais si accomplie Razzia des Sables. Tous en parlent avec tellement de passion que même sans la connaître, on ne peut qu’être touché par leur foi en leur protégée. “Une véritable machine de guerre”, “elle mérite qu’on parle d’elle”… Les substantifs ne manquent pas pour décrire une des juments les plus performantes sur le circuit national et en CSI 2*, demoiselle au caractère bien affirmé qui a donné du fil à retordre à ses cavaliers, avant de se révéler à force de travail et de compromis.



Du haut de son mètre soixante au garrot, Razzia des Sables ne paie pas de mine de prime abord. L’énergie qu’elle dégage est pourtant suffisante pour se faire retourner sur ses pas n’importe quel quidam à l’œil un peu exercé. Et une fois en piste, quelle démonstration maîtrisée ! Comme montée sur des ressorts, la petite lionne baie sort ses griffes, fait parler sa puissance et sa rapidité, et impose sa loi dans quasi systématiquement tous les concours auxquels elle participe.

Razzia des Sables est issue du croisement entre Kopelia de Bréviaire, Selle Français section A, et Zandor Z, né au studbook rhénan puis acquis par Zangersheide. Sa mère, dont Razzia est le seul produit de par sa mort prématurée à douze ans d’une crise cardiaque, fut créditée d’un ISO 152 à son meilleur niveau en 2009. Fille d’Airborne Montecillo, victorieux au plus haut niveau sous la selle de Roger-Yves Bost, la Selle Français grise amène aussi le sang du grand Quidam de Revel par sa mère, Bergamote IV. La propre sœur de Bergamote s’est elle aussi illustrée par ses produits Hockey Bleus d’Amaury (SF, Oberon du Moulin), bien connu sous la selle du couple Michel et Dominique Robert, et Olympias d’Amaury, mère de Shiva d’Amaury (SF, For Pleasure), remarqué à haut niveau avec Mathieu Billot.

L’ascendant paternel de Razzia n’est pas des moindres non plus puisque Zandor Z, révélé par le champion du monde Jos Lansink, est lui-même un produit du chef de race aux origines anglo-arabes Zeus, ex-Gordios, et de Padua, la championne de l’Allemand Ralf Schneider. Cette dernière compte parmi ses sœurs les grands gagnants Sonora la Silla et Poor Boy. Toutes descendent de la lignée 4965 du Holstein, dont Levisto Z, Clinton I et II ou encore Clintus sont des représentants notables. “Kopelia était une jument assez tardive dans sa croissance, avec tout de même de la force, mais elle manquait de sang. Sur les conseils de Jean-Pierre Bonneau, Florian Bilquez, mon compagnon d’alors, a décidé de lui adjoindre les qualités de Zandor Z, qui gagnait beaucoup à l’époque et qui avait cet influx qui nous plaisait beaucoup”, détaille Déborah Chanclud, propriétaire de la mère et de la fille. Florian Bilquez, qui fut aussi cavalier des deux juments, abonde en ce sens. “Dans le papier de Razzia, on retrouve des chefs de race internationaux, comme Abdullah, chef de race trakhener, Quidam de Revel, reconnu en France ou encore Zeus, un anglo-arabe qui a fait sa renommée en Allemagne. C’était vraiment dans nos projets de faire venir ces courants de sang européens et de ne pas se contenter d’étalons comme Kannan ou Diamant de Sémilly, bien que leur réputation ne soit plus à faire”, explique le cavalier francilien.



Des débuts compliqués

Razzia, dont le prénom reprend le Z de son père et la syllabe “ia” de sa mère, est née le 8 mai 2005 à Longvilliers, sur les terres franciliennes de Martine, Noémie et Déborah Chanclud. La petite pouliche baie, née sans encombre, faisait déjà montre d’une grande vivacité dès son plus jeune âge. Remarquée lors des championnats régionaux de foals, elle se qualifie pour les championnats de France au Pin et finit troisième de la compétition. Délicate, la jeune jument donne aussi du fil à retordre à ses propriétaires en grandissant. “Au départ, elle était vraiment mauvaise”, rit Florian Bilquez. “Elle ne savait pas se servir de son corps et surtout de son dos, qui était très fort. Elle prenait des trajectoires que je ne pourrais qualifier que d’énormes : pour sauter une croix, elle partait quatre mètres avant et atterrissait quatre mètres derrière !”

Mise à la reproduction dès trois ans, Razzia donne Vulcania des Sables, avec comme père L’Arc de Triomphe (OLD, Landor x Pilot). Aujourd’hui âgée de douze ans, la première pouliche de la SF semble montrer les mêmes qualités que sa mère, en étant régulièrement victorieuse ou classée en Pro 2 et Pro 3 avec nul autre que Florian Bilquez. Du fait de son caractère délicat, Razzia ne participe pas aux Cycles classiques à quatre et cinq ans. C’est seulement à six ans que la baie fait ses débuts en compétition, malgré un style pour le moins atypique. “Nicolas Blondeau, qui l’a débourrée, a vraiment réussi à bien la dégrossir car quand elle était petite, elle refusait le mors et était ingérable”, se souvient Déborah Chanclud. “Elle a aussi un physique très particulier, avec un dos carpé, beaucoup de puissance dans l’arrière-main mais est un peu courte devant. Il fallait aussi composer avec son énergie débordante.” “Elle voulait bien faire, mais tout faire très vite, avec un galop très difficile à maîtriser. Mais j’avais décidé en mon for intérieur que c’était une crack et je me suis accrochée à elle”, renchérit Florian Bilquez.

Après deux années de rodage sur des épreuves préparatoires entre 1,05 et 1,20 mètres, Florian Bilquez et sa protégée attaquent les Grands Prix Pro ainsi que les CSI 2*, où la jument de huit ans, plus posée dans sa tête, commence à se classer régulièrement. L’année 2014 est consacrée à la montée en puissance de Razzia, sur des épreuves jusqu’à 1,45m. S’ensuit un travail axé sur la vitesse, une des qualités premières de la protégée du haras des Sables. On retrouve ainsi Razzia et son pilote sur les podiums du Mans, de Fontainebleau, de Bonneval ou encore de Jardy. Le succès est tel que les propositions d’achat commencent à affluer pour l’impétueuse pépite, notamment après son premier Grand Prix à 1,50m à Équita Lyon, en décembre 2015. 

Que ce soit avec Nicolas Deseuzes ou les autres pilotes qui ont croisé sa route, Razzia des Sables est sans conteste une habituée des remises des prix.

© Sportfot



Le diamant brut s'affine

L’année 2016 marque un tournant dans la carrière de Razzia et de son cavalier des débuts, Florian Bilquez. À la suite à sa rupture sentimentale avec Déborah Chanclud, propriétaire de la jument, le cavalier francilien passe les rênes de sa protégée à Nicolas Deseuzes, alors installé en Rhône-Alpes. Voisin des Chanclud à Rambouillet et concurrent de Florian Bilquez sur les terrains d’Île-de-France dans le passé, Nicolas Deseuzes connaissait déjà la jument, qui lui est confiée pendant un an et demi. “Razzia est arrivée chez moi pour assurer la transition entre Florian et Jérémy Le Roy (aujourd’hui cavalier de la jument, ndlr), avec qui Déborah est amie et dont elle voulait qu’il monte la jument. Comme Razzia était aussi quelque chose que Florian et Déborah avaient en commun, le fait que la jument ne soit plus sur les terrains d’Île-de-France leur a permis de s’acclimater à leur séparation,” explique le cavalier désormais installé à Divonne-les-Bains. 

Gagnante au CSI 5*-W de Bordeaux, au CSIO 3* de Rabat ou encore lors du Grand Prix Pro Élite du Grand National de Lyon, Razzia et son nouveau pilote accumulent les podiums au CSI3 3*-W de Tétouan, au CSI 4* de Bourg en Bresse et au CSI 4* de Munich, entre autres. Nicolas Deseuzes ne tarit pas d’éloges sur la fille de Zandor : “Razzia a le feu aux pattes et le sens de la barre, un combo de rêve pour n’importe quel cavalier. Imaginez-vous que si vous voulez faire un simple parcours de travail, elle a déjà cinq secondes d’avances sur tous les autres, alors qu’eux sont là pour jouer le chronomètre”, dépeint-t-il. Déjà débutée en 2015 à Équita Lyon sur le Grand Prix Pro Élite à 1,50m par Florian Bilquez, épreuve qu’elle remportera l’année suivante avec Nicolas Deuseuzes, Razzia continue à concourir sur des épreuves entre 1,45m et 1,60m, bien qu’elle commence à pêcher à 1,55m de l’aveu de son cavalier. En un peu moins d’un an et demi, le duo participe à soixante-seize épreuves, récompensées par douze victoires et vingt classements.  

C’est fin 2017 que Jérémy le Roy prend les commandes de la jument de douze ans, alors au faîte de sa réussite. Le cavalier, lui aussi installé en Île-de-France et ami de longue date des Chanclud, prend le temps de composer avec sa nouvelle recrue en travaillant longuement sur le plat, pour qu’elle gagne en souplesse et en force. La méthode de travail du Francilien pour canaliser la jument paie, puisque les victoires s’enchaînent dès le début d’année suivante. Razzia et son nouveau pilote ne perdent pas de temps et ramènent dix victoires et vingt-trois classements sur la soixantaine d’épreuves courues cette année-là : après une victoire lors du CSI 2* de Barbizon, le duo s’illustre à Fontainebleau lors de la finale du Critérium Pro, à Vichy pour le Grand Prix du CSI 2*, en Pro Élite à Lyon ou dans les Pro 2 de Dreux, Bonneval et Lamotte-Beuvron. 2019 ne déroge pas non plus à la règle, puisque la surdouée remporte ou se classe dans plus de la moitié des épreuves auxquelles elle participe. Sur le circuit national, Bonneval, Ozoir-la-Ferrière et le Mans voient la fusée Razzia déclasser tous ses concurrents. Il en va de même dans les CSI 3* de Lons-le-Saunier, 2* de Royan, de Lyon et de Sancourt, où la jument brille une fois de plus sous la selle de Jérémy le Roy. Par ailleurs, le retour de Razzia en Île-de-France lui permet aussi de donner naissance à deux poulains, Hyaz des Sables, par Vagabond de la Pomme (sBs, Vigo d’Arsouilles x For Pleasure) et Iziak des Sables, par Captain Rumel (SF, Vagabond de la Pomme x Dollar du Mûrier), dont Déborah Chanclud espère qu’ils auront hérité des qualités de leur mère.

D’un ISO 162 en 2018, l’énergique baie est passée à 164 en 2019 puis 166 en 2020, en dépit d’une année pas comme les autres. Cette récompense ravit son cavalier et ne l’étonne en rien : “C’est la suite logique des choses, parce que, lorsque nous sommes en concours, elle gagne une, voire deux épreuves à chaque fois. Même lorsqu’elle fait quatre points, elle est classée car elle fait partie des tours fautifs les plus rapides”, note-t-il. Rien que l’année dernière, bien qu’ayant participé à moitié moins d’épreuves qu’habituellement, la Selle Français a pris part à trente-deux concours, décrochant seize victoires et podiums. Sur trois semaines au CSI 2* de Royan, Razzia a ainsi été présente à la cérémonie de remise de huit prix sur les seize qu’elle a courus ! Déborah Chanclud n’a pas son pareil pour louer les qualités de sa jument, encore étonnante à son âge : “Elle est épuisante ! Elle n’arrête jamais, dès qu’elle est au box elle gigote et ne tient plus en place, et elle nous traîne au bout de la longe pour aller au paddock. C’est un vrai personnage à elle toute seule”, rit-elle.

Et selon Jérémy le Roy, la belle saga sur les terrains n’est pas près de s’arrêter. “ À quinze ans, elle est toujours très forme, ça me fait plaisir, surtout que cette année nous n’avons pas beaucoup tourné et elle avait de l’énergie à revendre ! Tant qu’elle aura envie de faire des concours, nous continuerons, et quand elle ne voudra plus, elle nous le fera très bien comprendre toute seule. Elle est aussi très saine physiquement pour son âge, elle n’a jamais eu de gros problèmes de santé ce qui fait qu’elle est encore pleine d’énergie aujourd’hui”, loue le Francilien. “La meilleure jument de 2* en France”, selon les paroles modestes de son cavalier, devrait donc rempiler pour une année au moins, voire deux si elle maintient sa forme actuelle. Avis donc à ses concurrents : l’une des juments les plus atypiques et talentueuses du circuit n’a pas fini de faire une razzia sur les terrains !