“Nous devons nous estimer chanceux de pouvoir continuer notre sport”, Julien Anquetin

Hier, Julien Anquetin a signé une belle performance dans le Grand Prix CSI 4* de Salzbourg. Avec Gravity of Greenhill, son cheval de tête âgé de quinze ans, le cavalier installé à Bosguérard-de-Marcouville, à trente kilomètres au sud-ouest de Rouen, a même été le meilleur Tricolore en signant un tour pénalisé d’une faute, “pas de chance” comme il l’explique lui-même. Après deux semaines passées en Autriche, le jeune homme, qui fêtera ses vingt-neuf ans le mois prochain, est revenu sur les performances de ses différentes montures, dont Z Ice Cube Z, huit ans, qu’il estime énormément. Il évoque également ses envies d’intégrer l’équipe de France, les conséquences de la pandémie sur son activité professionnelle et donne des nouvelles de son fidèle Quanan Rouge.



Vous venez de terminer douzième et meilleur Français du Grand Prix CSI 4* de Salzbourg avec Gravity of Greenhill (BWP, Nabab de Rêve x Conterno-Grande), pénalisé de quatre points. Quelles ont été vos sensations? 

Mes sensations ont été très bonnes, car mon cheval a été à l’écoute. Il était au point. J’ai fait une malheureuse barre en sortie de triple. C’était une faute de trajectoire, une petite touchette qui a suffi à faire tomber la barre. Je pense que si je refaisais le parcours, Gravity serait sans faute. Je n’aurais rien changé. C’est toujours frustrant de ne pas participer au barrage. Malgré tout, j’ai obtenu un classement, ce qui est satisfaisant.

Quel bilan tirez-vous de vos deux semaines passées en Autriche? 

Je tire un bilan plus que positif pour une reprise, avec un CSI 2* la première semaine et déjà un CSI 4* la deuxième. Tous mes chevaux qui ont répondu présent. Ils ont tous obtenu au moins un classement. Concernant Gravity, il est déjà à l’aise à ce niveau d’épreuve. C’était intéressant de le redémarrer dès la mi-janvier dans un CSI 4*, pour se conforter pour la suite de la saison. Le travail d’hiver a été bien géré car il a été prêt tout de suite à haut niveau. Ce n’est pas un cheval qui besoin d’apprendre quelque chose, mais simplement d’être entretenu physiquement. Il a besoin de sauter régulièrement, pour que ses muscles et ses articulations ne soient pas mis à l’effort au premier concours venu. Samedi, nous avons réussi un sans-faute dans l’épreuve à 1,55m (finalement dixième avec une faute au barrage, ndlret était encore en forme hier. Avec lui, je vais essayer de viser des concours labélisés 4 et 5*, comme ceux de l’Hubside Jumping d Grimaud, par exemple. L’objectif est de bien cibler les compétitions, afin qu’il ne concoure pas pour rien.

Qu’en est-il de la reprise de Baya du Ter (SF, Kannan x Poor Boy), qui évoluait précédemment avec Harold Boisset et Guillaume Batillat?

J’avais également emmené Baya, qui est présente dans mes écuries depuis un an seulement. Elle s’avère être surprenante, car elle a terminé troisième d’une épreuve à 1,50m qualificative pour le Grand Prix. Ce n’était que la deuxième fois qu’elle courrait une épreuve de ce niveau! C’est prometteur. Elle est en plus très compétitive, cela sera intéressant de compter sur elle pour les épreuves de vitesse des gros concours.

Pouvez-vous évoquer votre jeune espoir, Z Ice Cube Z (Z, Zacharov x Casco), huit ans, également engagé en Autriche?

La première semaine, il a eu la chance de participer aux épreuves dédiées aux chevaux de sa catégorie d’âge, pour se remettre en route. Il n’avait pas concouru depuis septembre. J’avais fait le choix de ne pas le faire courir en indoor en fin d’année car sa saison extérieure a été très bonne. À la maison, je le sentais prêt et qu’il avait envie de sortir, alors j’ai décidé de l’emmener à Salzbourg. La deuxième semaine, le programme n’était pas des plus agréables pour un jeune cheval de huit ans. Les épreuves étaient déjà assez techniques mais c’est un cheval qui est sûr de lui. Il a participé à sa première épreuve à 1,50m le deuxième jour. Il a fait une petite faute sur l’avant-dernier obstacle, mais rien de méchant pour un cheval de cet âge. C’était assez incroyable. Il a sauté avec beaucoup d’aisance et je place vraiment tous mes espoirs en lui pour la suite. Ce week-end, plusieurs personnes m’ont demandé s’il était à vendre. C’est un cheval que je vais essayer de garder pour faire du grand sport, car il a toutes les qualités requises. Il est respectueux, agile, malin sur les barres, avec des gros moyens. À 1,50m, il n’a pas forcé, c’était comme un tour de chauffe, ce qui est assez rare. L’année prochaine ou celle d’après, il devrait être au point pour participer à de grandes épreuves. C’est mon père qui l’a découvert et nous l’avons acheté à cinq ans, à peine débourré. Nous l’avons donc formé de A à Z.

Complice de Julien Anquetin depuis décembre 2018, l’expérimenté Gravity of Greenhill, ici en concours à Grimaud, a offert à son cavalier un nouveau classement en Grand Prix lors du CSI 4* de Salzbourg.

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“Avec Thierry Pomel, nous nous côtoyons déjà depuis de nombreuses années”

L’histoire semble se répéter, puisque vous avez acheté Quanan Rouge (SF, Kannan x Saphire Rouge II) à quatre ans et l’avez ensuite monté jusqu’au plus haut niveau…

On peut dire que l’histoire se répète, mais Ice Cube sera avantagé par rapport à Quanan Rouge. J’ai plus d’expérience qu’il y a dix ans et je ne vais pas reproduire les erreurs que j’ai faites avec lui. Cela devrait lui permettre de vivre une meilleure carrière que celle qu’a pu avoir Quanan Rouge.

Pensez-vous à intégrer l’équipe de France? Êtes-vous en contact avec le staff fédéral à ce sujet?

Gravity n’a plus grand-chose à prouver. Il a obtenu des résultats en CSI 5* à plusieurs reprises. Je l’emmènerais courir des Coupes des nations de Division 1. En Division 2, je privilégierais plutôt un cheval de neuf ans ou de dix ans qui n’a pas encore toute l’expérience nécessaire, mais qui est compétitif sur des CSI 3 ou 4*.

Je suis toujours en contact avec Thierry Pomel, nous nous côtoyons déjà depuis de nombreuses années car il était déjà mon sélectionneur à l’époque où je concourais en Jeunes Cavaliers. Il m’a encore appelé ce matin pour me féliciter de mon week-end. Concernant une éventuelle sélection, les Coupes des nations sont encore loin.

Comment se dessine la suite de votre saison? 

Mon idée de commencer la saison, pour le haut niveau en extérieur, à Grimaud. Je vais également aller avec plusieurs chevaux à Oliva au mois de février. Pour sa part, Gravity sera certainement de retour à Grimaud. Je l’engagerai peut-être dans un concours auparavant pour être en forme.

Sur quelles autres montures allez-vous pouvoir compter? Avez-vous connu récemment des départs ou des arrivées dans vos écuries? 

Cette année, j’ai la chance d’être bien équipé, avec plusieurs chevaux qui peuvent être compétitifs. Il y a toujours des arrivées et des départs liés au commerce. Je place beaucoup d’espoirs en Blood Diamond du Pont (SF, Diamant de Semilly x Arpège Pierreville), que je pense excellent et qui va participer à de belles épreuves cette année. J’ai également Cesus de Fougnard (SF, Dollar dela Pierre x Calvaro), neuf ans, qui a bien performé fin 2020, en accrochant plusieurs des classements à 1,50m en qui je place également beaucoup d’espoirs. Je peux également compter sur Joe van Terbeke (BWP, Cooper van de Heffinck x Wandor van de Mispelaere) qui devrait être en grande forme. Cela va être un plaisir de les monter cette année.

Julien Anquetin place de grands espoirs en Z Ice Cube Z, qu’il souhaite conserver pour le grand sport.

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“En 2020, j’ai gagné 100.000 euros de moins en compétition qu’en 2019”

Êtes-vous optimiste pour la saison 2021, après une année 2020 compliquée et une situation sanitaire qui ne semble pas s’améliorer?

J’essaie de l’être dans tout ce que je fais, car si nous n’y croyons jamais, cela ne risque pas d’arriver. Après, il est évident que la situation actuelle n’est pas optimale. De toute façon, nous ne décidons de rien. Que nous donnions notre avis ou non, je n’ai pas l’impression que cela fera changer les choses. Je ne sais pas si tout cela va continuer ou non, mais dans tous les cas je suivrai les directives.

En plus du sport, vous faites du commerce et du coaching. Quel a été l’impact de la crise sanitaire sur votre activité en 2020?  

Cette crise a clairement eu un impact, on ne peut pas dire le contraire. Pour donner un ordre d’idée, rien qu’en termes de gains en concours, j’ai gagné 100 000 euros de moins en 2020 qu’en 2019. Il faut se servir de ces années comme d’une période de transition. Cela m’a permis de former mes chevaux et qu’ils soient tout de suite compétitifs dans de belles épreuves. S’il y avait eu tous les concours habituellement programmés, cela n’aurait peut-être rien changé à ce résultat, mais j’aime à croire que cela a servi à faire de plus petits parcours, et faire travailler mes chevaux sans forcer.

Une des conséquences directes de la pandémie de Covid-19 est l’organisation de concours à huis clos, avec des restrictions sanitaires strictes. Comment avez-vous justement vécu ces CSI autrichiens?

J’ai envie de dire que nous commençons à nous y habituer! Le masque, la distanciation physique, pas de public… Tout ce que l’on connaît dans la vie quotidienne. Aujourd’hui, même si les concours ont lieu à huis clos, avoir des organisateurs qui maintiennent ce type de compétition est une chance pour nous, cavaliers ou propriétaires de chevaux. Nous arrivons quand même à mettre nos chevaux en valeur, les épreuves sont retransmises en live et nous sentons que le commerce existe quand même. En revanche, en termes de sport pur, il est évident que le public nous manque. Compte tenu de la situation actuelle, nous devons nous estimer chanceux de pouvoir continuer notre sport.

Comment va Quanan Rouge? Vous avez encore remporté une épreuve Pro 2 à 1,30m au Mans en novembre 2020… 

Quanan Rouge va très bien! Il est à la maison, nous continuons de le faire bouger gentiment tous les jours. Il a tendance à s’ennuyer au pré, il va un peu au paddock mais nous sentons qu’il a besoin d’être encore en activité. Il n’est pas usé physiquement. J’ai participé à une épreuve l’hiver dernier pour me faire plaisir. Sinon, mon cavalier maison le monte (Florian Ferry, ndlr) et je lui permets de participer à quelques concours, à des petites hauteurs, pour que le cheval continue à prendre du plaisir tout comme son cavalier. À dix-sept ans, il a tellement donné… J’ai fait mes armes avec lui et il était mon seul cheval. Quanan a certainement concouru plus que ce qu’il n’aurait dû pour durer dans le temps. Ce sont des choses que j’ai appris avec le temps, et des erreurs que je ne reproduirai plus.

Quanan Rouge a permis à Julien Anquetin d’évoluer jusqu’en CSI 5* et de se révéler aux yeux du grand public.

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