“Je veux juste me remettre avec mes chevaux et me faire plaisir”, Alexandre Ayache

Il remet le pied à l’étrier après avoir dû mettre les mains dans le ciment. Alors qu’il vient de faire un brillant retour sur les rectangles de dressage du CDI 3* du Mans ce week-end, Alexandre Ayache sort d’une période de quatre mois très compliqués résultant du passage de la tempête Alex, en Octobre 2020. Même si rien n’est encore terminé dans ses écuries et que le cap n’est pas toujours facile à garder, Alexandre Ayache relativise sur sa situation et revient avant tout pour “se faire plaisir”.



Une partie des écuries d'Alexandre Ayache doit être entièrement reconstruite.

© Collection privée

GRANDPRIX vous avait contacté en octobre 2020, juste après la tempête Alex qui avait occasionné de gros dégâts dans vos installations, comment allez-vous et où en êtes-vous aujourd’hui dans la remise en état de vos écuries ?

Nous sommes toujours en plein travaux avec une situation qui reste compliqué. Nous essayons de faire en sorte d’aller bien, les chevaux ne vont pas trop mal. Après, le travail n’a pas été aussi assidu qu’en temps normal car 80% de notre temps passe dans les travaux des écuries.

N’est-ce pas trop dur moralement, alors que vous êtes pré-sélectionné pour les Jeux, de devoir être tourné vers les travaux ? Comment se passe votre préparation sportive ?

 C’est ce qu’il y a de plus dur. Je devrais être concentré sur ma saison, sur les concours mais les quatre mois où j’aurais dû être à cheval je les ai passé à faire le maçon. Dans tous les cas, nous n’avons pas le choix que d’accepter cette situation, nous pouvons pleurer, s’énerver mais cela ne servira à rien dans tous les cas, alors il faut accepter et avancer, à essayer de faire au mieux. Nous organisons la préparation physique de façon assez précaire, si je puis dire. Mes chevaux sont restés à l’arrêt pendant deux mois et demi, je n’ai pu les reprendre qu’il y a seulement trois semaines. Nous essayons de monter tôt le matin avant l’arrivée des maçons car c’est le bazar ensuite, il y a du bruit, des machines partout. On essaie de donner un coup de main aux ouvriers avant de reprendre les chevaux sur les coups de cinq heures après le départ de tout le monde. Bien évidement que ce n’est pas du tout comme cela qu’on avait rêvé de se préparer car moralement c’est une chose mais physiquement cela commence à être dur aussi. Mais cela nous est arrivé, c’est comme cela nous devons l’affronter. Il faut garder à l’esprit que nous ne sommes pas les plus à plaindre, dans la vallée des gens ont perdu la vie même si c’est sûr que concrètement, c’est loin d’être la préparation rêvée.

A combien se chiffrent vos dégâts aujourd’hui ?

Au niveau des chiffres, nous avons passé le million d’euros de dégâts. Cette semaine ont l’air de prendre une meilleure tournure car cela a été un peu la guerre avec les assurances. Je ne veux pas crier victoire trop vite mais cela semble avancer dans le bon sens. Par exemple, pour la deuxième écurie que nous devons détruire à mon retour du Mans (une partie des écuries d’Alexandre Ayache avait été emportée par les intempéries tandis qu’une autre partie doit être reconstruite suite à des mouvements de terrain, ndlr), nous avons déjà reçu un acompte malgré le fait que les devis n’aient pas encore été validés, ce qui est déjà, j’ai envie de dire, un grand pas en avant. Mercredi qui vient nous avons rendez-vous avec le Préfet qui se rends chez nous pour voir les dégâts et voir ce qu’il est possible de mettre en place, ce qui est aussi un vrai pas en avant et nous devrions rentrer dans les aides départementales aux agriculteurs. J’ai envie de dire que depuis une petite semaine, les choses avancent vraiment bien, de la façon nous aurions aimé que cela avance dès le départ.



“Nous pouvons nous estimer chanceux dans notre malheur.”

Une de vos connaissances aurait lancé une cagnotte en ligne, comment avez-vous accueilli cette initiative ?

 Il y a eu une cagnotte en ligne effectivement, qui n’est pas du tout de mon initiative. Je remercie bien sur les personnes qui ont pensé à moi et qui ont lancé cette initiative mais, à mes yeux, c’était assez malvenu car comme je vous l’ai dit, des gens ont perdu la vie tandis que nous, cela n’implique que des échéances sportives et du matériel, nous pouvons nous estimer chanceux dans notre malheur. 

Votre histoire a été assez largement relayée dans la presse. Était-ce sous votre impulsion ? Cela a-t-il participé à l'élan de solidarité ?

Il y a eu un premier article dans Nice Matin, par un journaliste qui nous suit régulièrement et qui souhaitait faire un article sur les athlètes azuréens pré-selectionnés pour les Jeux olympiques et tout est parti de là. Habituellement, nous sommes très souvent sur les réseaux sociaux mais nous n’avions plus le temps et devant l’amoncellement de travaux, de devis, etc, quand on nous a posé la question, nous avons expliqué la situation. Et du coup, comme pour tout, cela a été relayé dans un article, puis un autre, etc. Après, nous ne sommes pas les plus à plaindre malgré une situation compliquée. 

Après ce qu’il s’est passé, envisagez-vous peut être de déménager vos installations ailleurs, sachant que de tels événements climatiques sont emmenés à se reproduire ?

Pour aller où ? Dans le Sud-Ouest où ils ont de l’eau partout ? Nous sommes au Mans actuellement et il fait -17 degrés, c’est la première fois de ma vie que l’eau gèle dans le camion. Là ce qu’il se passe c’est que nous sommes rappelés à l’ordre par notre planète donc déménager pour aller où ? La vraie question elle est là, pour nous il y a une réelle prise de conscience du fait que nous ruinions notre planète et qu’elle nous rappelle à l’ordre. 

Quelles sont vos attentes pour votre reprise sportive durant le CDI du Mans ce week-end ? (Entretien réalisé le vendredi 12 février, ndlr)

Pour être tout à fait honnête, mes seules attentes sont de prendre du plaisir. Je n’en ai rien à faire du résultat, je veux juste me remettre avec mes chevaux et me faire plaisir car ça ne m’est pas arrivé depuis quatre mois maintenant, je veux juste faire ce que j’aime fait. Juste le plaisir de retourner en piste. Et je n’ai failli ne pas venir pour être honnête car le jour avant de prendre la route nous avons encore eu de “ bonnes nouvelles ”. Nous avons appris, que c'était suite à une négligence d’entretien d’un cours d’eau derrière le talus qui tient ma maison que ce talus avait été emporté en partie en octobre. Et les services compétents nous ont dit que c’était à nous de gérer cela sachant que la négligence ne vient pas de nous. Mon épouse, qui est mon coach également, a dû rester sur place pour me laisser aller recharger mes batteries avant de ré-attaquer les travaux. Le seul but pour moi de ce concours et en cette période c’est de prendre du plaisir donc si j’y arrive, pour moi j’aurais rempli mon contrat. Quand tout va bien, la priorité c’est d’être le plus performant possible, là dans cette situation, je revois mes priorités. Pour le reste, advienne ce qu’il pourra. (Un état d’esprit qui a profité au cavalier qui a remporté deuxième place dans le Grand Prix CDI 3* et une troisième place dans la reprise libre en musique du CDI 3* du Mans, les 13 et 14 février, ndlr)



Hier à l occasion du Grand Prix du CDI ***, Alexandre Ayache remportait avec Zo What la 1ère étape du Dress Tour FFE - Fédération Française d'Equitation 2021?? Crédit Photos Les Garennes Www.ouest-image.com

Pubblicato da Boulerie Jump - Pôle Européen du Cheval su Venerdì 12 febbraio 2021