Miss d’Helby, énergie et caractère, en piste comme à l’élevage

Fille de Papillon Rouge, Miss d’Helby a connu une riche carrière sportive. Compétitive, énergique et faisant preuve de caractère, la baie s’était notamment parée de bronze lors du championnat de France Pro Élite en 2009 avec Guillaume Batillat. Cette année-là, elle avait obtenu d’ailleurs son meilleur indice, un ISO 162. Elle s’est également révélée très bonne mère. Sa première génération de produits, née en 2005, s’est ainsi avérée remarquable, à en juger par les excellents résultats de Rapide (ISO 151), Regain (ISO 157) et Raia d’Helby (ISO 169).



Ici sous la selle de Thomas Rousseau, Miss est l’une des ambassadrices de l’élevage d’Helby, en Bretagne.

© Sportfot

Notre série de portraits baptisée “Trésors de championnes” s’intéresse aujourd’hui à Miss d’Helby. Pour rappel, GRANDPRIX s’est appuyé sur une sélection de juments nées après 1995, ayant obtenu d’excellents résultats sportifs, matérialisés par l’obtention d’un indice de performances supérieur à 160, et ayant engendré au moins deux produits eux-mêmes indicés à 140 et plus. La baie est née le 2 avril 2000 à l’élevage d’Helby, situé à Betton, à quelques kilomètres à peine de Rennes. Albert Lamotte, décédé en 2017 à quatre-vingt-six ans, avait créé cet affixe dans les années 1970. En passionné d’élevage, il avait décidé de croiser Savane d’Helby avec Papillon Rouge. “Cela s’est avéré être un bon croisement”, confirme Marie Trihan-Lamotte, qui perpétue aujourd’hui le travail de son père, au sujet de cette union qui a vu naître la fameuse Miss (ISO 162 en 2009). 

Papillon Rouge est un grand sire du Selle Français. Il est le fils de Jalisco B (ISO 169), qui a produit d’innombrables étalons et vainqueurs internationaux tels que Dollar du Mûrier (ISO 184), Quidam de Revel (ISO 185), Quito de Baussy (ISO 187) ou encore Rochet Rouge M (ISO 194), tous médaillés en grands championnats. Papillon Rouge compte 987 produits enregistrés au SIRE, dont 947 nés en France et parmi lesquels 113 sont indicés à 140 ou plus. Parmi les plus connus, citons Haxelle Dampierre (ISO 179), Epsom (ISO 174), Flèche Rouge (ISO 173), Échos de l’Oir (ISO 173) l’étalon Hélios de la Cour II (ISO 172), double champion de France avec Alexis Gautier, Icare du Manet (ISO 172), Once de Kreisker (ISO 171), Kirfa de Kreisker (ISO 171), Hors la Loi II (ISO 171). L’étalon a aussi excellé en concours, avec plusieurs victoires en Coupes des nations, trois succès en épreuves de puissance en 1989, dont celle de Vichy, où il avait franchi 2,25m. Il fut aussi médaillé d’or aux Jeux méditerranéens de 1991, réserviste aux Jeux olympiques de Barcelone en 1992, sacré champion de France en 1993 ou encore troisième du Grand Prix de France à La Baule en 1993. Ses produits ont souvent montré beaucoup de caractère et de puissance, à l’instar de Miss d’Helby.

Outre sa Miss, Savane d’Helby a produit Jabdula d’Helby (ISO 140, SF, Cabdula du Tillard); Nema d’Helby (SF, Urbain du Monnai), elle-même mère de Scarlet d’Helby (ISO 141, SF, C-Indoctro); et Bagheera d’Helby (ISO 129, SF, Almé), elle-même mère de Jungle d’Helby (ISO 149, SF, Urbain du Monnai) et son frère Léopard d’Helby (ISO 142, SF), pour ne citer que les produits indicés au-dessus de 140. La deuxième mère de Miss, Dibrahim Grimeux (SF, Ibrahim), a aussi engendré O’Brahim (SF, Largny, Ps), elle-même mère d’Astruc (ISO 149, SF, If de Merzé). Enfin, sa troisième mère, Inclinaison, issue du croisement du Trotteur Quetieville et d’une Demi-sang, est à l’origine de plusieurs bonnes poulinières, qui ont fait souche dans différents élevages. En tout cas, Miss d’Helby s’est révélée comme l’une des plus performantes juments de sa lignée. “Nema n’a pas concouru car elle a été accidentée toute jeune mais a produit quelques chevaux indicés comme Scarlet ou Argos (ISO 135, SF Gerfaut d’Helby), malheureusement mort accidentellement”, ajoute Marie Trihan Lamotte.



Une intelligence de la barre et beaucoup de sang

“Miss avait beaucoup de tempérament”, confie son formateur Éric Février.

© Scoopdyga

Miss a connu une carrière sportive couronnée de succès. Débourrée à trois ans, elle montrait déjà “beaucoup de tempérament. Elle était difficile”, se souvient Éric Février, cavalier attitré de la famille Lamotte pendant plus de vingt-cinq ans. Après avoir produit quatre embryons à quatre ans, elle débute en concours avec le Breton en 2005, signant douze sans-faute en vingt et un parcours. “Au début, j’effectuais la moitié de mes parcours au trot. Elle avait tellement de tempérament et d’envergure qu’elle partait au galop après les obstacles et faisait n’importe quoi!”, se remémore Éric Février. En 2006, elle participe à la finale nationale du Cycle classique des six ans à Fontainebleau. L’année suivante, elle fait ses premiers pas en CSI Jeunes Chevaux au Mans et à Dinard, toujours sous la selle de son formateur, prend part aux championnats de France en terres bellifontaines, débute à 1,45m et ponctue sa saison par une participation au CSI 3* indoor de Saint-Lô. Elle débute idéalement l’année 2008 avec Thomas Rousseau, remportant notamment une épreuve Pro 1 à Auvers en mars, terminant troisième du Grand Prix Pro Élite de Montfort-sur-Meu, avec seulement un demi-point de temps dépassé, avant de remporter le Grand Prix CSI 1* du Mans, puis d’enchaîner une troisième place dans le Grand Prix CSI 3* de Saint-Lô et une deuxième place dans le Grand Prix Pro Élite de Vannes. 

Vendue en partie à Bruno Rocuet, qui l’avait essayé en août 2008 à Saint-Lô, Miss d’Helby rejoint alors Guillaume Batillat, son cavalier de l’époque. Avec ce dernier, elle va cumuler les classements. En 2009, le duo remporte le Grand National de Villeneuve-sur-Lot et finit deuxième en Pro Élite à Vannes mais signe surtout un très bon championnat de France Pro Élite à Fontainebleau, décrochant le bronze, battu seulement par Olivier Desutter sur Aranka (ISO 168, BWP, Cruising x Cantus) et Olivier Guillon sur Lord de Theizé (ISO 176 , SF, Donald Rouge x Tolbiac des Halles). Ces performances permettent à Miss d’obtenir un ISO 162, le meilleur indice de sa carrière. L’année suivante, les deux complices se classent troisièmes puis quatrièmes des étapes du Grand National de Lignières et Deauville. La saison de Miss s’arrête après le CSI 3* de Dinard, en août. À onze ans, elle est de retour avec une cinquième place dans un Grand Prix CSI 2* disputé à Auvers en mars et reste sous la selle de Guillaume Batillat jusqu’en octobre. “C’était ma meilleure jument lorsque j’étais chez Bruno Rocuet. Je l’aimais beaucoup. Elle se donnait beaucoup et avait toujours envie de réussir un sans-faute. J’ai plein de bons souvenirs avec elle, dont notre dernier parcours, dans le Grand Prix CSI 3* de Saint-Lô, dont nous avions pris la deuxième place derrière l’Américaine Lauren Hough et Quick Study (ex-Lutin de Semilly, ISO 186, SF, Quick Star x What a Joy, Ps), confie le cavalier.

Miss d’Helby rejoint ensuite Margaux, la fille de Bruno Rocuet, puis Régis Bouguennec, alors cavalier de l’écurie, pendant un peu plus d’un an. Le couple obtient de bons résultats, à l’image d’une quatrième place dans le Grand Prix CSI 2* de Challans puis d’une onzième place dans le Grand Prix à 1,55m du CSI 3* de Madrid fin 2012 ou encore deux septièmes places dans les Grands Prix CSI 2* de Barbaste et Challans en 2013. En 2014, Miss d’Helby retrouve les terrains avec Éric Février, à qui Albert Lamotte a demandé de relancer la baie. Toujours en forme, elle finit cinquième du Grand National de Pernay et glane une victoire à 1,40m à Dinard.

La carrière sportive de la fille de Papillon Rouge prend fin après le Normandy Horse Show, en août à Saint-Lô. “Mon meilleur souvenir reste le Grand National de Pernay. Cette année-là, les Grands Prix du circuit étaient cotés à 1,55m. Elle était formidable, tout comme dans le Grand Prix à 1,60m du CSI 4* de Franconville, où elle n’avait pas touché une barre. Nous nous étions cependant arrêtés après le triple, en raison d’une distance était courte. J’avais voulu remettre une foulée… Miss avait beaucoup de tempérament, il fallait prendre le temps de bien la détendre. Ce jour-là, j’étais allé plus vite que d’habitude… et elle m’avait jeté à terre au paddock! Ensuite, je n’avais pu sauter que deux fois un oxer à 1m avant d’entrer en piste... Cependant, je connaissais la jument, j’avais entièrement confiance en elle”, raconte Éric Février.

Selon lui, Miss aurait pu être encore plus compétitive à haut niveau. “Elle a toujours été énormément estimée. Chez Bruno, elle a réussi plein de belles choses, mais si elle était tombée dans une bonne écurie de niveau CSI 5*, elle aurait pu participer à de grands championnats. Elle avait le potentiel, mais elle avait beaucoup de caractère. Il fallait composer avec elle. Au quotidien, aucun stagiaire ne l’aurait fait travailler. Elle avait la qualité de tous les grands chevaux de ce niveau-là.” Malgré un dos un peu long et rigide, le Breton loue son “intelligence de la barre et sa manière de s’articuler. Lors des trois ou quatre dernières foulées, elle frappait le sol et se préparait toute seule.” Ce que confirme Marie Trihan Lamotte: “Elle était capable de sauter les parcours presque toute seule, avec beaucoup de sang et la volonté de ne jamais toucher de barre.” 

Au quotidien, Miss se révèle être une jument “adorable, très attachante” et, alors qu’elle va sur ses vingt et un ans, est toujours “en pleine forme et avec une énergie formidable. Elle a un cœur de jeune fille !”, s’exclame l’éleveuse. 



Douze produits indicés dont quatre au-dessus de 140

Raia d’Helby est l’un des meilleurs produits de Miss, et compte onze victoires internationales avec Charlotte Bettendorf, sous les couleurs du Luxembourg.

© Sportfot

Durant toute sa carrière sportive, Miss d’Helby s’est reproduite par transferts d’embryon, ce qui ne l’a pas empêchée de performer. Albert Lamotte a toujours priorisé à l’élevage, tandis qu’Éric Février gérait son programme de concours. “Nous nous adaptions par rapport aux dates d’insémination. Tout était fait à la maison et était organisé avec Aline (la responsable d’élevage, ndlr) et le vétérinaire. Nous savions à peu près quand elle serait en chaleur, alors je ne l’engageais pas en compétition durant ces périodes”, précise le cavalier. Elle a porté trois poulains après sa retraite sportive. “Mais nous recommençons aujourd’hui les transferts. Après vingt ans, les gestations sont un peu plus délicates”, justifie Marie Trihan Lamotte.

Parmi ses dix-sept produits, tous Selle Français, douze sont indicés, dont au-dessus de 140. Miss d’Helby transmet ses qualités de compétitrice, comme l’explique l’éleveuse. “Nombre de ses poulains sont marqués par Papillon Rouge, avec un très fort caractère. Ce sont des chevaux très volontaires et décidés. Ils sont doués à l’obstacle, ce qui fait parfois la différence. Cependant, ils peuvent être assez tardifs, se révélant plutôt à partir de six ans.”

Ses quatre premiers produits sont nés en 2005, et cette génération des R s’est avérée exceptionnelle avec Raia d’Helby (ISO 169, Fergar Mail), Regain d’Helby (ISO 157, For Pleasure), Rapide d’Helby (ISO 151, For Pleasure) et dans une moindre mesure Renard d’Helby (ISO 120, Fergar Mail). Raia a longtemps évolué sous la selle d’Olivier Robert, pour qui elle comptait énormément. Entre septembre 2011 et mai 2014, le couple a progressé jusqu’au plus haut niveau, engrangeant de multiples classements et victoires. Tous deux ont notamment remporté le Grand National de Cluny en 2014 après avoir débuté en Coupe du monde. Passée sous la selle de l’Américaine Adrienne Sternlicht, avec laquelle elle a pris la première place ex-aequo de la Puissance du CSI 3* de Megève en 2015, mais aussi du champion olympique Nick Skelton et de l’Espagnol Diego Pérez Bilbao le temps de quelques parcours, Raia d’Helby brille désormais avec Charlotte Bettendorf. Depuis novembre 2017, la Luxembourgeoise compte pas moins de onze victoires internationales avec la compétitive baie! Les deux complices se sont notamment adjugé le Grand Prix à 1,60m du CSI 4* de Münster en 2019, preuve s’il en fallait que Raia marche bel et bien dans les sabots de sa mère. 

De son côté, Regain d’Helby a goûté au haut niveau sous la selle de Romain Bourdoncle, Axelle Lagoubie puis Mathieu Billot. C’est avec ce dernier qu’il a obtenu ses meilleurs résultats et ses six victoires internationales. En 2015, le couple a notamment remporté le Derby du CSIO 3* de Drammen, ainsi qu’une épreuve à 1,50m lors du CSIO 5* de Rotterdam. En 2018, au CSIO 5* de Saint-Gall, il a fait retentir La Marseillaise dans une épreuve à 1,40m…

Rapide d’Helby a également connu une carrière riche en classements nationaux et internationaux. Formée par Éric Février et Jonathan Chabrol, la propre sœur de Regain a rejoint les écuries d’Alexis Deroubaix, l’aidant à se faire une place sur la scène internationale. Ils ont fini deuxièmes d’une épreuve à 1,45m au CSI 2* d’Auvers, en 2013. “Elle est très douée à l’obstacle, bien que difficile à monter, et montre beaucoup de respect”, comme la décrit Marie Trihan Lamotte. L’alezane a conclu sa carrière avec Éric Février de 2016 et 2018. Arrêtée en raison d’une “fracture de la première phalange d’un antérieur survenue en travaillant à la longe”, selon le Breton, elle se consacre désormais à la reproduction. Une seconde carrière où elle semble aussi bien réussir que sa mère, puisque son fils aîné, Cycnos d’Helby (ISO 145, Javelot d’Helby), neuf ans, s’est déjà mis en évidence avec une douzième place à 1,45m lors d’un CSI 4* de l’Hubside Jumping de Grimaud, en octobre dernier avec Mathieu Billot. Le dernier de cette génération, Renard d’Helby, “a raté sa carrière. Il était très difficile et nous avions beaucoup trop de chevaux à ce moment-là”, justifie Éric Février. 

S’il est difficile d’expliquer le succès des premiers descendants de Miss d’Helby, le hasard pouvant jouer son rôle, les croisements se sont révélés judicieux, et notamment avec Fergar Mail, qui a apporté l’influx du Pur-sang Laudanum et le génie d’Almé, deux chefs de race. Ses descendants suivants ont montré une qualité plus classique, comme Sparco d’Helby (ISO 105, Parco), Terfaut d’Helby (ISO 106, Gerfaut d’Helby) ou Unic d’Helby (ISO 110, Javelot d’Helby). On retrouve de nouveau un très bon produit à la génération des C, nommé Carat d’Helby (ISO 142). “Carat est un pur produit d’Helby puisqu’il a pour père Gerfaut d’Helby (SF, Laudanum, Ps x Double Espoir). Il a la qualité de sa mère et peut sauter 1,50m, voire plus. Il a notamment été très performant à huit ans. Je l’avais vendu tout de suite à trois ans à mon ami Jean-Christophe Lecorneur, et je l’ai toujours suivi. Actuellement, il évolue avec Alix Ragot et tout se passe très bien”, développe Éric Février. L’an passé, avec le Francilien, l’alezan de neuf ans a déjà obtenu plusieurs classements internationaux à 1,40m ainsi qu’une huitième place à 1,45m à Fontainebleau Classic (en vidéo en fin d'article). Il avait fait ses gammes sur le circuit SHF, participant à la finale de Fontainebleau à quatre ans avec Mathieu Durosier, à six ans avec Duarte Romão et à sept ans avec Alix Ragot.

Les débuts de Crowny (ISO 139 en 2020, Z, Crown Z), sept ans, se révèlent également prometteurs. Née chez Bruno Rocuet, cette autre fille de Miss a signé un carton plein sur le Cycle Classique à quatre ans, avant de participer aux finales nationales à cinq ans et six ans, remportant la petite finale des chevaux non SF ou AA. Selon Éric Février, Geisha d’Helby (ISO 110, Ivor d’Helby), cinq ans, est également une jument de qualité, bien que n’ayant pas “l’envergure de sa mère”. Formée par Benjamin Jegousso, elle a réalisé six sans-faute en dix sorties l’an passé. Et les trois derniers poulains SF de Miss, Infante (Kouros d’Helby), Jocriss (Qlassic Bois Margot) et Kelmiss d’Helby (Camargo), sont encore trop jeunes pour que leur qualité puisse être estimée, mais continueront peut-être d’honorer l’héritage de leur illustre génitrice.


 Miss d’Helby est ici suitée de son dernier fils, Jocriss d’Helby. Collection privée.

 Ci-dessous la deuxième manche de la finale du championnat de France Pro Élite en 2009, où Miss d’Helby a pris la troisième place finale avec Guillaume Batillat.


Ci-dessous la deuxième place de Raia d’Helby et Charlotte Bettendorf sur 1,50m lors du CSI 4* de l’Hubside Jumping en avril 2019.