Gautier Lenoir, la tête dans les étoiles, les pieds sur terre

La Fédération française d’équitation (FFE) enchaîne les stages pour les jeunes de l’équipe de France de saut d’obstacles. Après Le Mans mi-janvier, ils étaient à Toulouse les 6 et 7 février avec l’équipe fédérale. L’occasion de partir à la rencontre de la relève tricolore, et plus particulièrement de Gautier Lenoir, cavalier Junior deuxième année de la région Occitanie aux ambitions assumées.



Du haut de ses dix-sept ans, Gautier Lenoir rêve de Jeux olympiques mais aussi de travailler dans l’aérospatiale. Deux passions incompatibles ? Pas forcément pour ce jeune homme qui a la tête sur les épaules. Son baccalauréat en poche, Gautier a choisi de se consacrer aux chevaux... pour le moment?! “J’ai toujours eu deux rêves : monter à cheval ou évoluer dans le spatial. Même si c’est assez clair que je veux être cavalier, tout ce qui touche à l’espace reste une passion pour moi. J’adore apprendre, ça m’apporte un plus en dehors de l’équitation. Je prends le temps d’étudier le soir ou le matin avant d’aller monter”, explique le jeune homme. Au programme : physique, chimie, biologie, mathématiques et russe ! “C’est une langue utile dans le milieu de l’espace. Si je change d’avis et je ne veux plus faire de l’équitation mon métier, comme je suis Américain, j’essaierai d’aller dans l’Air Force rejoindre l’aérospatiale”, argumente celui qui a la double nationalité franco-américaine. 

Né aux États-Unis, il y a passé les sept premières années de sa vie. “Je me sens Français, mes parents le sont tous les deux mais je reste attaché aux États-Unis. J’ai beaucoup de souvenirs de San Francisco où je suis né et de Denver, dans la Colorado”, s’attendrit le trilingue après quelques mois passés à Madrid. Il revient ensuite en France avec ses parents et c’est par hasard qu’il découvre l’équitation.



“Il faut savoir faire des choix et des sacrifices pour réussir”

Gautier Lenoir et Tamise de Rampan à Bordeaux en 2018

© Sportfot

J’ai découvert le poney à dix ans puis je suis passé rapidement à cheval et j’ai commencé la compétition”, raconte celui qui a débuté à Castelnaudary chez un certain Denis Polge, son entraineur actuel. “Denis a ensuite déménagé à Fanjeaux (dans l’Aude, en Occitanie, ndlr), à un kilomètre de chez moi, ce qui m’a permis de monter davantage”, se souvient Gautier. Habitué aux cours par correspondance aux États-Unis, il les poursuit en France, se dégageant ainsi plus de temps pour les chevaux. Si le côté social de la scolarisation lui manque parfois, le jeune diplômé sait où il va. “Il faut savoir faire des choix et des sacrifices pour réussir”, dit-il avec détermination. 

Après trois saisons en Amateurs notamment avec Tamise de Rampan (SF, Nino de Rox x Lieu de Rampan), Gautier Lenoir poursuit son apprentissage en Cycles Classiques avec de jeunes montures. “Pour Denis, il n’y a rien de mieux pour se former que les jeunes chevaux. On achète peu de chevaux ayant beaucoup d’expérience et comme mon coach a « l’œil », j’ai de la chance”, expose-t-il. Gautier remporte en 2017 la finale des Cycles Libres première année cinq ans avec Coup de Cœur d’Ick (SF, Niagara d’Elle x Argentinus). Il s’aguerrit ensuite sur les épreuves Pro notamment avec Othello des Aubiers (SF, Royal Feu x LePrince de Thurin) et Bella Donna du Clos (SF, Mylord Carthago x Le Prince de Thurin). Petit à petit Gautier se forge un piquet de chevaux aujourd’hui constitué de quatorze montures. “Gautier a toujours été doué. Il a une aptitude naturelle pour le sport en général. C’est un garçon studieux qui comprend vite les choses. Nous essayons de mettre en place un système économiquement viable mélangeant sport de haut niveau et commerce. Malgré son jeune âge, il est très mature par rapport à tout ça. On voit à moyen terme sans vouloir aller trop vite”, explique Denis Polge.



“Le respect des chevaux est primordial. Je recherche leur complicité.”

En 2018, Gautier termine cinquième du championnat de France As Cadets avec Up Arc de Saint Fray (SF, L’Arc de Triomphe x Papillon Rouge). Il participe en 2019 à son premier CSIO à Fontainebleau. Il enchaîne classements et victoires en Pro 2 et Pro 1 entre autres avec Valkera d’Anto (SF, Toulon x Alligator Fontaine) et Belladone du Batut (SF, Utrillo VD Heffinck). 

À la même période, il effectue ses premiers stages équipe de France. “Gautier a un très bon sentiment à cheval. Il est très travailleur et écoute bien toutes les consignes. C’est un garçon très ouvert sur l’extérieur. Aujourd’hui il a un très bon piquet de chevaux. Le travail effectué avec son coach se fait dans la continuité, on sent qu’il y a une bonne osmose”, atteste Olivier Bost, sélectionneur national jeunes. Début 2020, le Chaurien prend part à son premier CSI 3* et fait l’acquisition d’une nouvelle recrue : Casalor (Holst, Casall x Acodetto). “Je pense qu’à l’heure actuelle, c’est ma meilleure jument. Elle a tout ce que j’aime : respect et bonne tête”, s’enthousiasme-t-il. 

Celui qui adore travailler ses chevaux sur le plat, accorde également une place importante à la préparation physique. “Je fais beaucoup de yoga, sport qui apporte souplesse et tonicité. Le travail autour de la respiration permet d’être plus relâché à cheval. Lors des regroupements équipe de France, j’apprécie les séances de posturologie avec Véronique Bartin”, confie Gautier, admiratif du pilote américain Kent Farrington pour ses talents de sportif en dehors de l’équitation. Quant à son approche équestre : “J’aime privilégier le relâchement et la précision d’un travail très simple : galop à faux, déplacements latéraux etc. Mais également barres au sol au trot et cavalettis.” Garder le moral de ses compagnons compte pour lui : “Le respect des chevaux est primordial. Je recherche leur complicité.”

 Le jeune cavalier vise maintenant le championnat d’Europe Juniors cet été. “J’ai hâte de participer à une Coupe des nations, l’esprit d’équipe, c’est chouette ! Représenter les couleurs de mon pays c’est un honneur !”, estime-t-il. Et pour plus tard ? “J’aimerais poursuivre le système mis en place avec Denis. C’est une aventure sympa. Après, j’aimerais accéder au plus haut niveau et pourquoi pas faire les Jeux olympiques un jour. Mais la route est longue et il y a tellement d’aléas”, concède-t-il. D’ici là, Gautier Lenoir pourra compter sur de jeunes montures : Falling In Love DK (SF, By Ceira d’ici x Arko), une fille de Vendome d’Ick, bonne gagnante avec Aurélien Leroy, Bollam de Noards (SF, Lamm de Fetan x Kannan), son frère utérin Enarque du Vimage ou encore Milton S (BWP, Clinton, x Carthago). Washington et la NASA attendront donc encore…