Osiris, la puissante et prolifique reine d’Ouilly

Issue du croisement de Quick Star et Isis d’Ouilly, elle-même fille de Narcos II et Gardenia, la jument souche de l’excellent élevage d’Ouilly, Osiris d’Ouilly a concouru jusqu’à douze ans, obtenant ses meilleurs résultats (ISO 162) avec l’Américaine Laura Kraut. À l’élevage, la nièce de l’inoubliable Jubilée s’est révélée exceptionnelle, avec dix produits indicés sur dix en âge de concourir, dont trois au-dessus de 140: Shou (ISO 154), Tefnout (ISO 150) et Aset (ISO 143). À en croire les tendances et l’intuition d’Alexandra Lebon, qui a su la faire fructifier, cette souche n’a pas fini de briller!



Alexandra Lebon.

© Léa Dall’Aglio

Notre galerie de portraits intitulée “Trésors de championnes” s’intéresse aujourd’hui à Osiris d’Ouilly. Pour rappel, GRANDPRIX s’est appuyé sur une sélection de juments nées après 1995, ayant obtenu d’excellents résultats sportifs, matérialisés par l’obtention d’un indice de performances supérieur à 160, et ayant engendré au moins deux produits eux-mêmes indicés à 140 et plus. Née le 15 avril 2002 au château d’Ouilly-du-Houley, à dix kilomètres au nord-est de de Lisieux, dans le Calvados, Osiris en compte trois, sur lesquels on reviendra plus tard, et elle est à ce jour la meilleure poulinière du haras fondé par le Dr Alexandra Lebon Noël de Burlin, originaire de Belgique. Et même si son prénom renvoie à celui d’un dieu du panthéon égyptien et roi mythique de l’Égypte antique, cette solide baie est bel et bien une jument, caractérisée par sa puissance et son caractère singulier.

Impossible de raconter l’histoire d’Osiris sans se pencher sur celle de sa grand-mère, la Hanovrienne Gardenia (Graphit x Sermon). En 1994, alors qu’elle lançait son élevage, Alexandra Lebon avait acquis celle-ci de manière un peu fortuite, “sans rien connaître d’elle”, après qu’elle avait concouru à un bon niveau sous le nom de Gipsy Lady – à ne pas confondre avec son homonyme qui avait disputé les Jeux olympiques de Séoul avec l’Autrichien Hugo Simon. “On m’a parlé d’elle en m’expliquant qu’elle avait été laissée en Belgique par son dernier cavalier, parti aux États-Unis. Je trouvais cette grande jument noire sublime. Elle avait une belle présence. J’ai hésité jusqu’à ce que Bruno van Cauter, un ami spécialiste en génétique, me dise: ‘Une fille de Graphit, d’abord tu l’achètes, ensuite tu réfléchis’.”Graphit a grandement influencé l’élevage allemand de chevaux de saut d’obstacles et de dressage, engendrant notamment les étalons stars Grannus, Grundstein I et Grundstein II. 

La classieuse Gardenia a engendré cinq produits SF à l’élevage d’Ouilly: Hélios (ISO 138, Palestro II), vendu à un cavalier amateur, Isis (SF, Narcos II), la mère d’Osiris, puis l’incroyable Jubilée (ISO 185, Palestro II), qui a glané de très nombreux succès de 2007 à 2014 avec Aymeric de Ponnat, Pénélope Leprevost, l’Irlandais Trevor Coyle et l’Américaine Laura Kraut, avant de se consacrer plus récemment à l’élevage, l’étalon Kronos (ISO 179, Uzélien), excellent avec Aymeric de Ponnat, Michel Robert et le Belge Grégory Wathelet, et enfin Lesbos (ISO 141, Le Tot de Semilly). Naturellement, l’éleveuse n’a jamais regretté de s’être lancée avec une jument née outre-Rhin. “J’adore les Hanovriens. Ils ont une âme énorme et sont fins, malins et racés. J’ai même une profonde fascination pour ces chevaux, qui étaient sélectionnés pour servir l’élite de l’armée allemande, alors qu’ils provenaient de juments locales, œuvrant au labour la semaine et conduisant des calèches au marché le week-end…”, rappelle-t-elle.

Après avoir brillé en compétition, Osiris et Jubilée, qui posent ici aux côtés d’Alexandra et sa fille Héloïse Lebon, sont devenues deux des principales poulinières du haras d’Ouilly.

© Léa Dall’Aglio



Quatorze cavaliers avant de trouver botte à son étrier!

Outre Osiris, son aînée, Isis a produit Pomone d’Ouilly (SF, Dollar dela Pierre), elle-même mère du jeune Bellini Dufaure de L (ISO 160, SF, Mylord Carthago), très régulièrement classé à 1,45m et même 1,50m la saison dernière avec Charles-Henri Fermé; Sothis d’Ouilly (SF, Cheers Cassini), elle-même mère de Barachiel d’Ouilly (alias Romeo, ISO 150, SF, Lando), très régulier et deux fois classé en Grands Prix à 1,55m avec le Mexicain Federico Fernández; et Utopie d’Ouilly (IDR 146, SF, Quite Easy), valorisée en dressage par Bertrand Lebarbier jusqu’au niveau Grand Prix. La naissance d’Osiris doit un peu au hasard, puisque c’est Gardenia, malheureusement morte gestante, en 2000, qui devait initialement être saillie par Quick Star. Elle est donc née d’un “second choix”… comme Jubilée! “Pour elle, nous attendions une dose de semence de Galoubet A, qui devait arriver à Roissy en Concorde… mais l’avion n’a jamais décollé! Pour ne pas laisser passer l’ovulation, j’ai demandé qu’on me dépanne d’une dose de Palestro II”, se souvient l’éleveuse. “En élevage, on ne contrôle pas tout!”

Osiris d’Ouilly a connu pas moins de quatorze cavaliers, dont Aymeric de Ponnat à cinq ans, Guillaume Blin Lebreton à six ans, puis Pénélope Leprevost, Claude Chapellier, Tony Hanquinquant, Julie Lavergne, Aurélien Georges Picot, Géraldine Ferdinand, l’Irlandais Trevor Coyle, Marc Dilasser, Jonathan Tirard et enfin Laura Kraut. Avant de passer sous la selle de l’Américaine, au printemps 2013, la puissante fille de Quick Star s’était classée une fois à 1,40m et plus souvent à 1,35m, mais elle semblait encore incomprise. “Les produits de Quick Star sont difficiles à mettre en équilibre, donc à exploiter, car ils ont généralement un garrot très bas”, justifie Alexandra Lebon. “Osiris a de grosses fesses et de petites pattes avant, mais beaucoup de propulsion. Pour bien la monter, il fallait lui faire confiance, la laisser galoper et ne pas la ratatiner à l’abord des obstacles. Laura a su le faire à merveille. Ce n’est pas un hasard si elle brille tant avec Zeremonie (Holst, Cero x Quick Star) et que Nick Skelton, son compagnon, a décroché deux médailles d’or olympiques avec Big Star (KWPN,  Quick Star x Nimmerdor).” En juin 2013, le couple remporte deux épreuves au CSIO 5* de Rotterdam, dont le Grand Prix à 1,55m du samedi, à la grande joie de la naisseuse et propriétaire d’Osiris, alors âgée de douze ans. “Cette prestation est le genre d’aboutissement dont rêve tout éleveur”, se souvient-elle avec émotion. Blessée fin 2013, Osiris se consacrera à l’élevage.

Ici à Knokke, Tefnout d’Ouilly a accompli une belle carrière sportive avec le Belge Grégory Wathelet.

© Scoopdyga



“C’est une bombe, un don du ciel”, Alexandra Lebon

Ici à Lummen, Catherine van Roosbroeck fort bien valorisé Shou d’Ouilly.

© Sportfot

Alexandra Lebon voit en elle la perfection, “si ce n’est qu’elle n’est pas très jolie. Pour le reste, elle rassemble toutes les qualités que j’attends d’un cheval de sport: force, sang, réactivité, respect et volonté. C’est une bombe, un don du ciel.” Osiris a engendré son premier poulain, l’élégante Shou d’Ouilly (ISO 154, SF, Calvaro), à l’âge de quatre ans. Formée par Jonathan Tirard et Géraldine Ferdinand à six et sept ans, elle est passée chez Grégory Wathelet, puis chez le Brésilien Pedro Veniss et chez Marie Hécart, avec un certain succès à chaque fois. Elle a cependant obtenu ses meilleurs résultats, dont plusieurs classements à 1,50m, avec la Belge Catherine van Roosbroeck. Après quelques parcours avec la Britannique Skye Higgin, Florian Guérinel et David Jobertie, l’an passé, Alexandra Lebon l’a finalement vendue à la jeune Italienne Sofia Maria Trincavelli, qui devrait débuter au niveau Juniors. “Je pense qu’elle avait le profil d’une jument de championnats, mais les produits de Calvaro sont si compliqués… Shou m’a également donné Gueb, un fils de Canturo, que j’ai vendu aux Pays-Bas, où il a été approuvé par le stud-book KWPN… et renommé L’extrême BH”, dit encore la Normande d’adoption.

En 2007, par le biais de transferts d’embryons, Osiris a vu naître Thot (SF, Bright Silver, Ps), vendu en Martinique, et surtout Tefnout (ISO 150, SF, Poor Boy). Initiée notamment par Eleen Petit et Jonathan Tirard, la bai foncé a vécu deux ans et demi chez Grégory Wathelet, accomplissant sa meilleure année en 2016 malgré un arrêt forcé à mi-saison en raison d’une blessure. L’Irlandais Greg Patrick Broderick, David Jobertie et l’Italien Luca Moneta ont ensuite pris le relais. “Luca a accompli un très bon travail, et je l’ai récemment vendue à une jeune amateure (Léa Battikha, ndlr) pour le sport. Elle reviendra plus tard pour l’élevage.” Tefnout a déjà donné cinq produits d’Ouilly, dont la pie Bastet (SF, Stenthor Morinda), elle-même mère du très en vue Fayrouz d’Ouilly (ISO 129 à cinq ans, SF, Quickly de Kreisker). D’Osiris proviennent aussi Virtuoso (SF, Quite Easy), né en 2009, suivi en 2010 de la prometteuse mais gravement accidentée Maat (Z, Mylord Carthago), poulinière au haras, et Aset (ISO 143, SF, Ugano Sitte). Formée notamment par Félicie Bertrand, avec laquelle elle s’est classée jusqu’à 1,40m, puis par David Jobertie, cette dernière fait aujourd’hui le bonheur de Juliette Faligot.

En 2011 sont nés Bélos et Baucis (ISO 138), issus de croisements d’Osiris et de Modesto (KWPN, Grandeur x Lucky Boy, Ps), qui avait beaucoup impressionné Alexandra Lebon. “Je l’ai eu aux écuries une semaine, alors que je travaillais avec Béligneux le Haras. Et quand je l’avais vu se sortir d’un triple à Aix-la-Chapelle avec Jean-Marc Nicolas, je m’étais dit qu’on avait affaire à un avion de chasse!” Bélos et Baucis évoluent aujourd’hui respectivement avec Luca Moneta et le Néerlandais Tom Martens. Leur jeune demi-sœur, Cassiopée (SF, Lando), est moins avancée dans sa formation, ayant porté Jareb (SF, Mylord Carthago), né en 2019. “Ce devait être un transfert, mais elle a gardé son embryon! Elle retrouvera sérieusement le sport cette année”, commente Alexandra Lebon. Né en 2015, Fébus d’Ouilly (SF, Diamant de Semilly), “qui a vraiment tout pour lui et que j’espère voir réussir un bon championnat des six ans”, poursuit sa formation avec Guillaume Blin-Lebreton, tandis qu’Hathor (SF, Kronos d’Ouilly), Imotep (SF, By Ceira d’Ick) et Jasmine (SF, Untouchable 27) sont encore trop jeunes pour que leur potentiel sportif puisse être évalué. “Quels que soient leurs moyens, tous ces chevaux sont de vrais guerriers, qui ne déçoivent jamais. Par ailleurs, si Osiris transmet à ses produits ses excellentes qualités mentales et son caractère, ceux-ci sont bien marqués physiquement par leur père, ce qui me plaît beaucoup aussi.”

Alexandra Lebon espère obtenir encore quelques œufs d’or de sa précieuse reproductrice. “Cette année, je vais essayer d’avoir un embryon de Cornet du Lys (Westph, Cornet Obolensky x Champion du Lys), avec lequel l’insémination n’a rien donné l’an passé, et un autre d’Eldorado van de Zeshoek (BWP, Clinton et Bijou Orai par Toulon), que j’aime beaucoup et dont la semence semble d’excellente qualité. En attendant, Osiris est en pleine forme. Elle est très énergique, même au pas. On dirait un cheval de guerre!” Sur les terrains de sport, on devrait donc continuer à admirer ces fiers et singuliers chevaux d’Ouilly.

Shou a notamment engendé Gueb, un fils de Canturo vendu aux Pays-Bas et approuvé par le stud-book KWPN. Il se nomme désormais L’extrême BH.

© DR



Revivez la plus belle victoire d’Osiris d’Ouilly, dans le Grand Prix secondaire à 1,55m du CSIO 5* de Rotterdam, en 2013, avec Laura Kraut

Revivez l’une des plus belles performances de Tefnout d’Ouilly, qui avait signé un magnifique sans-faute avec Grégory Wathelet dans une épreuve à 1,50m lors d’un CSI 4* à Vejer de la Frontera en 2016

Revivez l’une des plus belles Victoire de Shou d’Ouilly, lors de l’édition 2019 de Fontainebleau Classic, dans un petit Grand Prix CSI 2* à 1,40m disputé avec David Jobertie