“Cette épidémie-là donne lieu à une prise de conscience, il était temps”, Camille Verken

Compétitions et rassemblements annulés, virus contagieux et mesures sanitaires. L’épizootie de rhinopneumonie qui sévit actuellement n’est pas sans rappeler la pandémie de Covid-19. Camille Verken, fondatrice de l’entreprise Equiways, spécialisée dans la biosécurité des écuries et de tout autre lieu où peuvent transiter et se rassembler des chevaux, évoque les progrès accomplis et ceux qui restent à faire dans la gestion de telles crises.



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Après une formation d’ingénieure et plusieurs années dans le monde du cheval, Camille Verken s’est lancée dans Equiways, pour la biosécurité des structures recevant des chevaux.

© Collection privée

Pourquoi avoir choisi de fonder une société spécialisée en biosécurité pour les écuries?

J’ai fondé la société Equiways en 2017. J’avais déjà de l’expérience dans la filière des courses et des Pur-sang, en France et à l’étranger. J’avais exercé des fonctions dans des haras, sur le terrain, puis des fonctions plus institutionnelles, notamment quand j’étais à la tête de la Fédération des éleveurs du galop, avant de me réorienter vers une formation de chef de centre de reproduction. C’est à ce moment-là que j’ai établi le constat qu’il y avait un réel déséquilibre entre ce que les gens pouvaient investir dans leurs chevaux et les infrastructures, et la prévention des risques sanitaires qui pouvaient mettre à mal tous les efforts économiques fournis. Je me suis dit que nous avions tous conscience que cela pouvait être catastrophique, autant pour les chevaux que d’un point de vue économique, dans un univers extrêmement compétitif. Il n’y avait pas réellement de prise en main sur les sujets de biosécurité, car il s’agit de gestion de risques. Je me suis dit qu’il fallait juste que nous aidions les gens en leur donnant trois ou quatre clés de base pour éviter ces problèmes-là. Il y a simplement besoin de fournir un accompagnement dans la mise en place de protocoles et en matière de sensibilisation aux risques. Il ne s’agit pas de protocoles standards car tout doit être adapté à chacun. En définitive, cela découle du bon sens, à côté duquel on peut passer sans le vouloir. Notre société corrige de petits détails qui auraient pu, un jour, finir par coûter cher. Avec Equiways, nous essayons de mettre en place une gestion des flux efficace, afin qu’une maladie capable de se répandre en quelques heures puisse être stoppée ou mieux maîtrisée.

Quelles études sont nécessaires pour fonder une telle entreprise?

Il y a deux pans d’études nécessaires et complémentaires. Aujourd’hui, je suis associée à une vétérinaire, Bénédicte Ferry Abitbol, car ces problématiques sont intrinsèquement liées à la science vétérinaire. Pour ma part, j’ai un parcours d’ingénieure. Cela me permet de gérer en détail les flux de la structure et d’établir une matrice des risques en étudiant et en définissant les flux qui se croisent. Dans une telle entreprise, il faut travailler avec les équipes vétérinaires en place, car ce sont eux qui garantissent la santé des chevaux. 

Quel est le profil des clients chez qui vous intervenez?

J’ai tous les profils, des élevages aux écuries de sport en passant des centres de compétition, des lieux de ventes de chevaux, des cliniques vétérinaires, etc. Nous avons aussi travaillé avec des zones portuaires où transitaient des chevaux. Nous travaillons avec tout type d’endroits où peuvent transiter ou stationner des chevaux. Partout où il peut y avoir des chevaux, il peut y avoir des maladies.



“Il ne s’agit pas d’une science à risque zéro”

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Le Pôle hippique de Saint-Lô, ici en phase de désinfection, a été le premier site de concours à appliquer un plan de biosécurité personnalisé accompagné par Equiways.

© Equiways

Comment analysez-vous l’épizootie de rhinopneumonie et le foyer qui a éclaté à Valence, en Espagne? 

Très honnêtement, je préfère ne pas me prononcer. Je n’étais pas sur place et nous n’avons pas à donner tort ou raison. Nous ne sommes pas au cœur de ce système-là et je préfère ne pas pointer du doigt telle ou telle chose. Malheureusement, ce n’est pas du tout une science à risque zéro. Même si tout avait été bien fait, nous ne sommes jamais à cent pour cent de fiabilité avec les risques sanitaires. S’exprimer là-dessus sans être air cœur du système serait une grosse erreur. 

Idéalement, que faudrait-il mettre en place pour que ces épidémies soient moins fréquentes et/ou mieux gérées?

Aujourd’hui, il y une prise de conscience. Comme nous sommes dans une industrie globalisée, nous avons besoin que nos chevaux se déplacent partout sur la planète, pour le sport comme la reproduction. Chaque fois que nos chevaux se déplacent, il existe un risque qu’ils transportent des maladies avec eux. Cela va emmener d’importantes réflexions quant à nos moyens de transport et nos regroupements de chevaux. Par exemple, nous pourrions grandement améliorer la désinfection des camions et autres moyens de transports. Cela se joue sur de nombreux points, d’apparence minimes mais pourtant essentiels, et que nous devons encore perfectionner. Il y a un champ d’action encore large pour devenir de plus en plus rigoureux, mais la filière va dans la bonne direction, à n’en pas douter. 

Devons-nous nous préparer à traverser de tels épisodes de plus en plus régulièrement?

J’espère que non. Je pense que nous allons dans le bon sens. En étant de plus en plus rigoureux dans nos protocoles sanitaires et dans la gestion des flux, nous réduirons progressivement les risques que cela se reproduise. Avec cette épizootie, il y a une prise de conscience. Quelque part, il était temps. Tout le monde va se prendre en main sur ces sujets-là et c’est parfait. Il faut vraiment éviter d’autres crises comme celle-là, surtout quand on voit la souffrance des chevaux et la peine de leurs cavaliers et propriétaires… J’espère vraiment que nous ne reverrons pas ce qui est en train de se passer...