“Les bons résultats n’arrivent que si les chevaux s’amusent au travail”, Finja Bormann

À vingt-cinq ans, Finja Bormann a été sacrée en décembre dernier championne d’Allemagne avec son fidèle A Crazy Son of Lavina. En février, elle a entamé sa saison de belle manière en se classant dans plusieurs Grands Prix à Vilamoura avec son second cheval, Clippo 3. C’est avec bonne humeur que la jeune amazone, qui s’entraîne depuis quelques mois avec Markus et Meredith Michaels-Beerbaum, est revenue sur ses performances au Portugal et l’étroite relation qui l’unit à son fils de Casall, sa philosophie de travail, sa saison 2020 et la situation délicate que connait actuellement le milieu équestre. Elle évoque également les raisons qui font que l’Allemagne brille en compétition ces derniers mois grâce à de jeunes cavaliers.



Finja Bormann et A Crazy Son of Lavina après leur titre en décembre 2020.

© Collection privée

Vous vous êtes mise en avant lors de la tournée de Vilamoura avec Clippo 3 (Holst, Casall x Lorentin I), treize ans, victorieux d’une épreuve à 1,45m puis cinquième et deuxième de deux Grands Prix CSI 3* et 4*. Quel regard portez-vous sur ces performances?  

Je suis très satisfaite de cela. Il y a un an, il s’est rétabli après une longue blessure. D’une certaine façon notre parcours à réellement débuté à ce moment. À Vilamoura, il a participé à son premier Grand Prix CSI 4* et je ne m’attendais pas à ce qu’il soit aussi bon et que nous formions un couple d’un tel niveau si rapidement. Je suis excitée de voir ce que l’avenir nous réserve. J’espère pouvoir participer avec lui à des CSI 3* et 4* en Allemagne, et si possible, me qualifier pour quelques CSI 5* s’ils sont maintenus. Clippo est mon second cheval de Grand Prix. Jusqu’alors, j’avais seulement A Crazy Son of Lavina (ZfDP, Azzuro Classico 2 x Lavall I), donc peut-être que cela augmentera mes chances dans la réalisation de cet objectif.

Pouvez-vous évoquer votre histoire avec ce cheval, ses qualités et ses défauts?

J’ai commencé à travailler au Elmgestüt Drei Eichen (à deux cents kilomètres à l’ouest de Berlin, ndlr) il y a trois ans. Clippo est arrivé à cette période, et j’ai commencé à le travailler sur le plat. En mars 2018, il est parti dans les écuries de Marco Kutscher, avec qui il a participé à quelques concours avant de se blesser. Il est donc revenu dans mes écuries, où nous l’avons mis au pré pour qu’il récupère. Quand je suis arrivée ici, tout le monde m’a dit qu’il était dangereux, complètement fou. C’est vrai qu’il l’était car lorsqu’on entrait dans son box, il se retournait pour montrer sa croupe et il ne se sentait pas à l’aise avec les humains. Après son retour du pré, ma groom et moi avons passé énormément de temps avec lui. Ma patronne a toujours cru à son retour. Il a commencé à avoir confiance en nous, à aimer les câlins. Nous avons participé à nos premières compétitions en décembre 2019, et avons pris part à notre première épreuve comptant pour le classement mondial l’année dernière. J’ai participé aux Grands Prix avec mon autre cheval (A Crazy Son of Lavina, ndlr), pour préserver Clippo et être certaine de le garder en bonne santé. Depuis environ huit mois, je m’entraîne avec Markus Beerbaum, et il me soutient énormément dans mon parcours avec ce cheval. C’est lui qui m’a dit qu’il était prêt à être engagé en Grands Prix. Je suis contente de voir Clippo heureux.

C’est une très bonne chose de travailler avec Markus. Lorsque j’ai commencé à monter Clippo, j’avais l’impression d’être sur une girafe tellement il tenait sa tête haut! (Rires) Cela arrive aussi en parcours, mais lorsqu’il se décontracte, il rebaisse la tête. Au début, il avait des problèmes respiratoires. Quand on lui demandait de descendre sa nuque, il paniquait et détestait cela. Je le laissais donc faire un peu ce qu’il voulait. Je pense que cela a participé à faire de notre relation quelque chose de spécial, car je l’ai pris tel qu’il est, sans essayer de le changer mais au contraire, de composer avec lui et la façon dont il aimait travailler. En dehors de cela, je ne pense pas qu’il ait d’autres défauts. Il a énormément de moyen et veut toujours aller de l’autre côté de l’obstacle. Quand je tourne, je sens qu’il cherche où est le prochain obstacle. Il est également très respectueux. Je pense qu’une fois que nous avons créé cette très bonne relation, c’est simple de réaliser un parcours. Nous nous faisons mutuellement confiance. J’ai juste besoin de le diriger et trouver la bonne distance et il fait son job!

Comment s’est passée la tournée de Vilamoura avec A Crazy Son of Lavina, qui vous a permis en décembre de devenir championne d’Allemagne?

Cela s’est plutôt bien passé même si nous avons commis quelques fautes. Il a quinze ans mais je le sens très en forme. J’ai hâte de voir ce que la saison va donner. Il est prêt et se sent bien. Je sais que c’est toujours mieux pour lui quand il y a un vrai public qui applaudit, car il adore cette ambiance. Cela explique pourquoi cela a parfois été difficile pour lui l’année dernière, car il n’y a pas eu énormément de concours ouverts au public! (Rires) Avec de la chance, ce sera le cas cette année.



“J’ai retiré beaucoup de positif de l’année 2020 ”

Comment se passent vos entraînements avec Markus Beerbaum?

Ses écuries sont à environ cent-soixante-dix kilomètres des miennes (à Thedinghausen, au sud de Brême, ndlr). Parfois je vais m’entraîner chez lui, et d’autres, c’est lui qui vient. Je travaille aussi avec son épouse, Meredith Michaels-Beerbaum (notamment triple lauréate de finales de Coupe du monde avec l’inoubliable Shutterfly, ndlr). Mon père les connait depuis longtemps, et a travaillé avec le père de Markus alors que celui-ci n’était qu’un adolescent. Je suis très contente d’avoir finalement eu l’opportunité de m’entraîner avec eux.

Grâce à leurs conseils, tout particulièrement pendant la détente, ma préparation des chevaux avant un parcours s’est améliorée. J’ai appris à me concentrer et savoir comment les travailler pour aborder du mieux possible un parcours difficile. Ils m’ont aussi aidé à voir comment monter un parcours lorsque nous en parlons à la reconnaissance, ils ont plein de petits conseils pour visualiser chaque tournant par exemple. Ils apprécient mes chevaux et ma façon de monter correspond bien à leur manière de faire. Ils comprennent ma philosophie avec les chevaux et n’essayent pas de me faire changer ma manière de monter, mais au contraire de m’encourager. La première semaine, à Vilamoura, mes résultats n’ont pas été les meilleurs. Markus était à Wellington mais j’ai pu beaucoup échanger avec lui car il regarde tous mes parcours et que je peux toujours l’appeler. Il m’a dit que ce que je faisais était bien, qu’il fallait que je sois plus relax et que je pouvais compter sur mon cheval, qui est capable de le faire, qu’il n’y avait pas d’énormes difficultés pour nous et que je devais y croire. C’est ce que j’ai fait! J’adore vraiment m’entraîner avec lui et Meredith.

Comment décririez-vous votre philosophie de cavalière? 

Pour moi, il est important de travailler avec les chevaux et de créer une relation de confiance aussi grande que possible avec eux. Je pense que les bons résultats n’arrivent que si les chevaux s’amusent au travail. S’ils arrivent en compétition et qu’ils ne s’en réjouissent pas, cela signifie que l’on a certainement fait quelque chose de la mauvaise façon. Que mes chevaux aiment être avec moi est le plus important, tout comme sauter un parcours, pour qu’ils aient le sentiment que c’est la meilleure chose à faire. Pour cela, il faut aussi les encourager et les féliciter.

Beaucoup d’incertitudes persistent aujourd’hui, entre la pandémie de coronavirus et l’arrêt des compétitions à la suite de l’épizootie de rhinopneumonie équine. Est-ce une période compliquée pour vous? 

Bien sûr, c’est un moment compliqué pour toute l’industrie équestre. Tout commençait à peine à revenir vers une sorte de normalité, notamment avec la programmation du CSI 5*-W de Bois-le-Duc mais tout a de nouveau été annulé. C’est un grand pas en arrière, mais c’était une décision nécessaire car la santé de nos chevaux passe avant tout. Si nous prenons toutes les mesures nécessaires, alors nous devrions rapidement être de retour en concours. Si les compétitions n’avaient pas été stoppées, il nous aurait certainement fallu un long moment pour nous relever. Pour notre part, nous essayons de garder un œil sur tout avec encore plus d’attention, que tout soit propre et que les chevaux n’aient pas trop de contact les uns avec les autres.

Malgré la saison 2020 que nous avons vécu, avez-vous la sensation d’avoir pu évoluer et continuer à apprendre?

Pour moi, cela n’a pas été une mauvaise chose que la saison soit plus calme que d’ordinaire. J’ai pu prendre le temps avec mes chevaux, mais également me concentrer sur l’entraînement avec Markus et Meredith, avec qui je commençais tout juste à travailler. Cela m’a permis de m’aguerrir sur de nouveaux points, plutôt que de faire une séance et partir directement en concours. En prenant également en compte le fait que j’ai été championne nationale l’année dernière, j’ai été capable de retirer de l’année 2020 beaucoup de positif, alors même avec moins de compétitions, cela a été une bonne année pour moi.



“On apprend beaucoup plus de nos erreurs que de nos succès”

Quand avez-vous débuté l’équitation?

J’étais assise sur un cheval avant de savoir marcher! À la maison, nous faisons aussi de l’élevage, dont est issu par exemple A Crazy Son of Lavina. J’ai toujours aimé les chevaux, j’avais un Shetland quand j’étais petite, puis j’ai ensuite eu plusieurs autres poneys. Je n’ai jamais pensé à pratiquer un autre sport.

Vous avez participé avec A Crazy Son of Lavina aux championnats d’Europe Jeunes Cavaliers en 2017. Que cela vous a-t-il apporté et ambitionnez-vous d’intégrer l’équipe d’Allemagne Seniors?

Ces Européens n’ont pas été une excellente expérience pour moi en termes de performances (avec une soixante-seizième place individuelle, ndlr), même si cela a été chouette d’y participer. Nous n’y avons pas obtenu nos meilleurs résultats (rires). En tant que cavalière, j’y ai appris énormément. Souvent, on apprend beaucoup plus de nos erreurs que de nos succès.

Lorsque notre métier est d’être cavalier, il faut avoir des objectifs. Bien sûr, l’un des miens est de pouvoir, un jour, faire partie de l’équipe d’Allemagne. Mais je serai toujours heureuse de travailler pour atteindre mes objectifs avec mes chevaux, accéder au meilleur niveau possible avec eux en ayant leur confiance, c’est le plus important, contrairement à intégrer l’équipe nationale. Il y a plus essentiel que cela.

L’Allemagne dispose de très bons cavaliers et en ce moment, plusieurs jeunes cavaliers germaniques rencontrent le succès. Avez-vous une explication à cela?

La fédération allemande fait un très bon travail à ce sujet. Il y a quelques années, un circuit pour les Moins de vingt-cinq ans a été créé et nous permet d’accéder à des concours d’envergure, et la finale est par exemple organisée lors du CHIO d’Aix-la-Chapelle. Cela nous soutient lors de notre passage entre les Jeunes Cavaliers et les Seniors, et nous permet de concourir sur des grandes pistes et avoir ces sensations. Cela permet également de prendre de l’expérience sur des parcours plus compliqués. Il y a toujours moyen de s’améliorer mais il faut reconnaître l’implication de la fédération et cela explique en partie pourquoi nous avons d’aussi bons jeunes cavaliers. Beaucoup de choses ont un impact là-dessus et cela dépendra des personnes, mais le fait d’avoir de bons concours joue aussi. Et la fédération distribue toujours deux places pour les cavaliers U25 afin qu’ils puissent participer aux compétitions internationales en Allemagne. C’est une chance de pouvoir monter avec les plus grands. Les bons chevaux, les bons entraîneurs, les bonnes installations dont nous disposons permettent également ce succès.

Ce matin (interview réalisée le 15 mars, ndlr), les équipes de la NADA (National Anti Doping Agency of Germany, créée en 2002 et qui se veut un organe clé pour un sport propre, ndlr) vous ont rendu une visite surprise…

Ce n’est pas une organisation internationale mais propre à l’Allemagne. Comme je fais partie de l’équipe nationale U25, ils viennent parfois aux écuries pour des contrôles de routine, voir si tous les médicaments que nous donnons aux chevaux sont bien prescrits. Ils n’annoncent pas leur venue, donc ce n’est pas quelque chose que je pouvais planifier (rires). Nous portons tous des masques, ils nous posent également des questions pour savoir si nous avons été en contact avec des personnes positives ou si nous avons des symptômes.

Que pouvons-nous vous souhaiter pour la suite? 

Des chevaux heureux et en bonne santé!