“Les chevaux sont toute ma vie”, Willy Wijnen

Élu meilleur éleveur de l’année par le stud-book KWPN en 2019, Willy Wijnen est notamment le naisseur d’Explosion W (Chacco-Blue x Baloubet du Rouet), formidable hongre du Britannique Ben Maher. Il raconte notamment ses débuts dans l’élevage de chevaux de sport et se livre sur les meilleurs moments de sa carrière.



Quel est votre premier souvenir lié aux chevaux ?

Quand j’étais petit, mon grand-père, qui était dans l’armée, a commencé à travailler avec des chevaux. Il s’agissait d’équidés de travail, pas de chevaux dressage ou de saut d’obstacles. Je n’ai pas de souvenir précis, mais je me rappelle cette époque où les chevaux ont commencé à faire partie de ma vie, quand j’avais huit ans environ. Ils sont toute ma vie, et cela d’aussi loin que je me souvienne.

Jusqu’alors, à quel moment de votre carrière d’éleveur avez-vous ressenti le plus de fierté ?

Le plus beau moment de ma carrière équestre a sans doute été le championnat national d’Utrecht, quand Barina (la deuxième mère d’Explosion W, ndlr) avait quatre ans. Elle y a terminé à la troisième place et j’en étais incroyablement fier, étant donné que mon élevage était encore modeste à l’époque. C’est Marianne Van Rixtel qui l’a conduite au podium ce jour-là. Elle et Barina ont toutes les deux réalisé une performance extraordinaire, d’autant plus que la jument concourait à la fois en dressage et en saut d’obstacles.

Pourquoi avez-vous commencé à vous intéresser à l’élevage de chevaux ?

En raison de son talent exceptionnel, je voulais faire pouliner Barina. J’ai investi beaucoup de temps et d’argent à chercher les meilleurs étalons possibles pour elle. Je me suis rendu à des présentations de reproducteurs en Hollande, en Allemagne, en France... Je voulais absolument trouver le bon étalon, celui dont les qualités viendraient parfaitement compléter celles de ma jument. La première question à se poser était de savoir si les origines de l’étalon s’accordaient avec celles de Barina, et de faire plus de recherches sur sa propre lignée maternelle. L’étalon lui-même est important, mais la souche maternelle l’est encore plus, à mon sens.

Vous est-il déjà arrivé que l’un de vos croisements produise un résultat inattendu ?

Oui, c’est arrivé. On n’obtient pas toujours le résultat que l’on attend ! Je reçois souvent des appels téléphoniques de personnes qui souhaitent mes conseils afin de choisir un étalon pour leur jument, mais je ne peux pas les aider sans connaître celle-ci intimement. Les poulinières sont toutes différentes et c’est donc impossible de savoir comment les croiser sans connaître leurs lignées. En ce qui concerne Barina, elle a donné naissance à pas moins de dix-sept poulains et pouliches, dont neuf ont déjà évolué à haut niveau en dressage et saut d’obstacles. D'autres sont devenues de très bonnes poulinières. Elle a également produit cinq étalons agréés.

 



"Ma plus grande ambition est de produire un cheval pour les Jeux olympiques", Willy Wijnen

La relation entre le cavalier et sa monture est un élément crucial pour la réussite sportive d’un cheval. Cela rentre-t-il en compte lorsque vous en vendez un ?

J’ai une connaissance très précise de chaque cheval. Je commence par les regarder dans les yeux, et ensuite j’étudie leur cadre et leurs bases. Cela m’aide à décider si le cheval et le cavalier se correspondent ou non.

Combien de temps les poulains restent-t-ils chez vous avant de rejoindre leurs nouveaux propriétaires ?

Au départ, quand j’ai monté ma société, beaucoup de poulains partaient immédiatement chez leur nouveau propriétaire car je n’avais pas le temps de m’en occuper. Mon activité était vraiment axée sur l’élevage, et je n’avais pas le temps de débourrer et valoriser les chevaux sur le long terme. Mais les choses ont évolué, et j’en ai désormais beaucoup plus à leur consacrer. Cela ne m’intéresse plus de les vendre aussi rapidement.

Combien de poulinages assurez-vous chaque année ?

Six ou sept environ.

De quels chevaux en particulier êtes-vous le plus fier ?

Je suis incroyablement fier du succès d’Explosion W, mais ce n’est pas le seul. J’ai aussi une demi-sœur d’Explosion W, Zarina III, qui est une fille de Heartbreaker. C’est une poulinière qui produit extraordinairement bien. N’importe quel cavalier aimerait un poulain issu de cette jument.

La création du Grand Chelem Rolex a-t-elle selon vous été une bonne chose pour le saut d’obstacles ?

Oui, je pense que ce circuit est très important pour les cavaliers et le monde de l’équitation en général. Le Grand Chelem Rolex a un programme d’exception, avec des concours très bien conçus.

Quel est votre concours préféré parmi les quatre Majeurs du Grand Chelem Rolex de saut d’obstacles ?

Le CHIO d’Aix-la-Chapelle, assurément. J’ai du mal à expliquer pourquoi, mais globalement, c’est un concours exceptionnel à tous les niveaux, du personnel aux installations en passant par le spectacle qui s’y déroule.

Quelle est votre principal objectif en tant qu’éleveur ?

Ma plus grande ambition est de produire un cheval pour les Jeux olympiques. Tous les éleveurs rêvent d’y voir concourir l’un de leurs produits. 

Qui vous a le plus inspiré dans votre carrière ? 

L’élevage VDL (dirigé par la famille Van de Lageweg, ndlr), dans le Nord des Pays-Bas, a été une grande source d’inspiration. Certains de mes chevaux y séjournent, dont Liamant W (Diamant de Semilly x Heartbreaker x Baloubet du Rouet) et un jeune étalon nommé Power Blue W (Chacco-Blue x  Heartbreaker x Baloubet du Rouet).

Quel est le meilleur conseil que vous ayez reçu ?

Si vous commencez un élevage, commencez toujours avec une bonne lignée qui a déjà donné naissance à beaucoup de chevaux de compétition de qualité. Cela permet de poser de bonnes bases. La lignée maternelle est l’aspect le plus important pour moi, et doit compter pour soixante ou soixante-dix pourcents à mes yeux, les trente ou quarante pourcents restant revenant à l’étalon.

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Ben Maher et Explosion W au CHIO d'Aix-la-Chapelle en 2019

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