“Il a parfois été difficile de rester motivé”, avouent les amateurs, heureux de pouvoir repartir en concours

La reprise des concours Amateurs, Clubs et Poneys le 19 mai a été attendue avec grande impatience par les cavaliers! Alors que les compétitions Pros sont autorisées depuis le 12 avril, les autres cavaliers ont vu leur saison réduite de moitié. Malgré une demi-année de perdue, tous s’accordent à penser que le travail effectué sans la pression des échéances s’est avéré bénéfique.



Zoé Lelièvre (ici avec son ancienne jument Awassa Latour) favorise un CSO pour la reprise avant de s'engager de nouveau en concours complet avec son jeune cheval.

© Collection privée

Une période en dents de scie. Voilà ce qu’ont vécu les cavaliers concourant en compétitions Clubs, Poneys et Amateurs depuis le deuxième confinement, fin novembre. Après un premier arrêt jusqu’en juillet 2020, leur élan a de nouveau été stoppé à partir d’octobre jusqu’à l’annonce d’une reprise à la date du 19 mai. D’abord soulagés, certains cavaliers se sont vite sentis gagnés par l’appréhension: “J’ai un peu peur que l’euphorie du retour à la compétition bloque les engagements. J’espère réussir à m’organiser et à trouver de la place”, confie Daria Petit, qui évolue dans des épreuves à 1,20m avec sa jument de huit ans, Adel. Située dans le Nord Pas-de-Calais depuis deux ans, elle avait quitté la Russie pour profiter des concours en France et de ses pays voisins pour progresser davantage. “Je garde à l’esprit le fait que cette reprise devra se faire tranquillement, surtout que nous avions ralenti l’entraînement au cours de ces derniers mois”, ajoute-t-elle. 

Marie-Louise Pulcino, cavalière d’obstacles en Île-de-France concourant jusqu’en Amateur 1, venait tout juste de récupérer Dakota Minotière, une jument de huit ans, avant que le confinement de novembre ne soit annoncé. “Cette pause forcée a été très difficile, surtout au début! Les concours sont très importants pour moi afin de valider les étapes d’une progression. De ce fait, j’ai eu l’impression de régresser.” Un sentiment de perte de repères que partage une bonne partie des compétiteurs: “Je concoure habituellement avec ma ponette Esquisse du Chapelan en Poney 1. Depuis fin octobre, nous n’avons pu faire aucun concours et cette pause a vraiment été frustrante”, renchérit Nathan Chauleur, un jeune cavalier d’obstacles de quatorze ans basé en Auvergne Rhône-Alpes, pour qui “l’absence des championnats de France pèse aussi beaucoup”: “C’est pour moi une échéance importante, un objectif de fin de saison. Bref, une vraie source de motivation!”

Après son programme en Erasmus, Zoé Lelièvre, qui avait l’habitude d’évoluer en Amateur 2 en concours complet, a tout juste eu le temps de s’engager dans une épreuve avec son cheval de sept ans, Ello Boy Couparie, avant le confinement. “J’ai un peu peur que mon jeune cheval se laisse déborder par l’environnement du concours. Mon objectif, c’est que le complet se passe bien, donc ma stratégie est de l’engager d’abord sur un concours de jumping pour le réhabituer. Idéalement, j’aurais voulu dérouler une reprise de dressage aussi, mais ça ne court pas les rues…” Heureusement, son entraineur a pu engager Ello Boy dans des épreuves Pro jusqu’alors pour entretenir un rythme, même minime. “Ce qui lui manque, ce ne sont pas les épreuves techniques, ce sont surtout les sorties régulières parce qu’il est beaucoup sur l’œil”, précise sa cavalière. 

Estelle Vivier a adopté une stratégie similaire. Son coach a pu faire concourir sa jument Unebeauté de Clinton une fois, avant que l’Eurélienne ne puisse enfin se réengager “dans une petite épreuve à 1,15m ce week-end, à Bonneval. Je voulais aussi m’inscrire dans l’épreuve à 1,20m du dimanche mais je suis ravisée, c’était un peu prématuré. Nous avons besoin de nous remettre dans l’ambiance et je pense que c’est plus raisonnable de revenir dans des épreuves où nous pouvons remettre en confiance le cheval… et surtout le cavalier! Nous sommes tous très euphoriques, mais cela ne doit pas empiéter sur la qualité du tracé et de la technique.”



Des chevaux “dans la fleur de l'âge”

Élodie Molino regrette d'avoir perdu “l'une des meilleures années” avec son cheval de quatorze ans, Engreido XXI.

© Collection privée

Alors que certains ont profité de l’arrêt des compétitions pour consolider leurs bases ou construire une relation plus solide avec leur (nouveau) cheval, d’autres ont ressenti la frustration d’une progression interrompue au moment où le fruit de leurs efforts devait être récompensé. “Je ressens une certaine amertume vis-à-vis de ces saisons manquées”, ajoute Daria Petit. “Ma jument est dans la fleur de l’âge et au summum de ses capacités. Nos entraînement ont forcément été moins réguliers avec l’absence de concours et je dois avouer qu’il a parfois été difficile de rester motivée.”

Élodie Molino – qui n’est pas cavalière professionnelle - et son cheval Engreido XXI concourent en Grands Prix de dressage. S’ils prennent part à des épreuves de niveau Pro depuis 2018, l’amazone revendique son statut de cavalière amateur et n’a pas voulu profiter de sa licence Pro pour concourir entre novembre et le 19 mai, comme certains l’ont fait. La francilienne fait partie de ces cavaliers qui gardent un arrière-goût amer de cette suspension des compétitions. “Mon cheval a quatorze ans, cela devait être sa meilleure année. La saison est bien entamée et nous loupons les meilleurs moments”, raconte-t-elle, dépitée. “Avec des chevaux de ce niveau-là, ce sont les mêmes entraînements qu’un pro, avec les mêmes contraintes que cela rencontre. Pour les chevaux de Grand Prix, les années sont quand même comptées. Une amie est dans le même cas que moi et, en tant qu’amateur, nous n’avons pas cinquante chevaux sous la main. Nous sommes déjà contentes en arrivant à ce niveau-là, et c’est notre rêve d’aller dérouler ces reprises. Donc c’est un peu dur parce que nos chevaux étaient déjà fin prêts.”



Des progrès “qui témoignent du travail accompli pendant cet arrêt”

Avec le recul, chacun des amateurs admet que cette période a été bénéfique sur les quelques points. “Cela nous a permis de revoir les bases, mais aussi de travailler sur les défauts de ma jument, Cayenne des Embruns, ce qui nous sera incontestablement bénéfique pour la reprise”, assure la Francilienne Mélanie Paquet. “Nous avons insisté sur la mécanisation, les contrats de foulées, tout en nous concentrant également sur le plat afin de travailler l’équilibre de la jument. Nous en avons aussi profité pour découvrir le cross et les joies des pistes de galop!” L’équipe de ses écuries sont ravis de “reprendre le chemin des concours”, à tel point qu’ils ont d’ores et déjà dressé la liste des compétitions jusqu’en août!

Reconstituer des bases solides, diversifier ses entraînements, favoriser les sorties en extérieur, l’équitation de chacun a pris un tournant particulier. Pour améliorer la qualité des allures de son cheval, Élodie Molino a profité de son temps libre pour travailler plus sereinement la décontraction et la fluidité dans les enchaînements. “Je le ressens sur mon cheval, il n’a jamais été aussi bien physiquement. J’ai changé ma façon de monter pendant ce confinement, je le travaille plus rond, plus bas et tendu dans le dos.”

Bien que le premier concours fera office de tour de travail pour beaucoup, la reprise devrait s’annoncer de bon augure pour des compétiteurs plus que prêts à en découdre. “Au printemps, nous avons repris plus sérieusement et nous avons constaté beaucoup de progrès, qui témoignent tout de même du travail accompli pendant cet arrêt des concours”, note Marie-Louise Pulcino. “Je suis très content de reprendre les concours et de pouvoir enfin me remettre dans cette ambiance de compétition! Voir des concurrents est très stimulant et je suis vraiment confiant en ce qui concerne mes futures performances parce que j’ai le sentiment de m’être bien entraîné”, conclut Nathan Chauleur.