“Les championnats d’Europe restent des moments particuliers”, Chiara Autin

Ce week-end au Lion-d’Angers, Chiara Autin a été sacrée championne de France Jeunes Cavaliers, quelques semaines après avoir décroché le titre dans la catégorie Pro 2 à Arnac-Pompadour. Urban Legend Blues, complice de la jeune amazone de vingt ans lors de ces deux performances, lui avait déjà permis de s’adjuger l’or par équipes aux championnats d’Europe Longines Juniors de Fontainebleau en 2018. L’Auvergnate d’origine, désormais installée à Lignières, dans le Cher, revient sur ce bon résultat ainsi que la suite de sa saison. Elle évoque également le système qu’elle a mis en place afin d’évoluer sereinement en tant que professionnelle, et les raisons pour lesquelles les réformés de course deviennent généralement de bons chevaux de complet.



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À Fontainebleau, Chiara Autin a ravi le titre européen Juniors par équipes aux côtés d’Anouk Canteloup, Zazie Gardeau et Julie Simonet.

© Scoopdyga

Vous venez de remporter le championnat de France Jeunes Cavaliers au Lion-d’Angers, quelques semaines après votre titre national en Pro 2, toujours associée à votre fidèle Urban Legend Blues (AA, Cook du Midour x Quatar de Plapé). Ce doublé était votre objectif, cela doit être une grande source de satisfaction pour vous, sachant que ce second championnat constituait aussi votre première tentative au niveau Pro 1? 

C’est sûr. Nous avons beaucoup travaillé pour cela, et la préparation hivernale a porté ses fruits. Ces deux titres ont été acquis à l’occasion de mes deux et troisième concours de la saison, et ces championnats de France étaient mes objectifs. Je les ai réalisés donc c’est parfait! Je suis très contente. 

Nous avons présenté une bonne reprise de dressage, même si nous avons commis une faute lors du premier changement de pied. Pour une première à ce niveau, je suis ravie d’Urban, qui s’est très bien comporté. Lors du cross, il a été super du début à la fin et n’a hésité à aucun moment. Enfin, à l’hippique, nous n’avons pas cédé face à la pression et avons réussi un sans-faute. Nous avons juste perdu deux petites secondes dans le dernier tournant car j’ai voulu assurer les barres de Spa, mais nous avons conservé la tête du championnat. Nous avons simplement rétrogradé d’un rang au classement de la Pro 1 (le couple a terminé cinquième, ndlr), mais le championnat était mon principal objectif.

Vous formez ce cheval depuis ses cinq ans. Comment l’avez-vous rencontré?

Je montais alors à l’élevage Blues, chez Ingrid Goujon, à Thiers. Au départ, je montais un cheval de ma mère, qui n’était pas adapté au complet car il n’aimait pas du tout le cross. J’ai en alors cherché un autre pour progresser. Il y avait Urban, qu’Ingrid souhaitait conserver. Comme nous avons eu un gros coup de cœur pour lui, elle a accepté de nous le vendre. Pour moi, ses points forts sont le dressage et le cross. Nous devons encore progresser pour gagner des points sur le plats. On peut toujours se perfectionner au cross même si tout se passe bien, tandis qu’en saut d’obstacles, il nous arrive de commettre une petite faute, même si nous sommes assez réguliers. 

Les championnats d’Europe Jeunes Cavaliers, prévus du 25 au 29 août à Segersjö, à cent quatre-vingt-dix kilomètres à l’ouest de Stockholm, en Suède, sont désormais votre prochain objectif. Quelle préparation allez-vous suivre en vue de cette échéance? 

Le concours de Marnes-la-Coquette, en juillet (le haras de Jardy sera le théâtre d’épreuves nationales et internationales jusqu’au niveau 4* du 14 au 19 juillet, ndlr), sera le dernier avant l’officialisation de la sélection. Nous verrons alors ce que le staff fédéral décidera. Les compétitions jalonnent la préparation. Au quotidien, j’axe mes efforts sur le dressage et le saut d’obstacles. Je travaille assez peu le cross, pour lequel nous programmons surtout des galops pour entretenir le cardio. Maxime Livio me coache en concours, mais je travaille seule à la maison la plupart du temps. Toutes les deux semaines, Sandrine Page, qui gère le centre équestre du Cavaletti Nivernais, vient m’épauler pour le dressage. Et pour l’hippique, je me prépare avec Anne-Laure Clément, dont les écuries sont situées à Levet (à une trentaine de kilomètres au nord-est de Lignières, ndlr).

Vous comptez déjà deux expériences européennes chez les Juniors, récompensées par deux médailles par équipes, le bronze en 2017 en Irlande, et l’or à Fontainebleau en 2018. Quel souvenir gardez-vous de ces grands rendez-vous? 

Ce sont des expériences extraordinaires, surtout à Fontainebleau, où nous avions vécu un moment incroyable et inoubliable. Si j’ai la chance d’aller aux championnats d’Europe cet été, je ferais tout pour obtenir le même résultat. Ce sont des moments particuliers, très agréables, car il est rare que nous concourions par équipes, même si l’équitation est un sport individuel qui se pratique à deux! Nous n’avons pas non plus tant l’habitude de concourir à l’étranger. De fait, à Fontainebleau, nous étions un peu avantagées car c’est un terrain que nous connaissons bien. Ailleurs, nous ne pouvons compter que sur nos coéquipiers, car nous ne connaissons pas forcément les autres concurrents. Il faut alors se serrer les coudes, et c’est généralement dans ces moments-là que nous sommes les meilleurs. 

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À Arnac-Pompadour, la jeune complétiste et son fidèle hongre de treize ans ont été sacrés champion de France Pro 2.

© Pauline Chevalier/SCHP Pompadour



“L’objectif est d’avoir ma propre écurie”

Après être notamment passée par le Pôle France FFE de Saumur, vous venez de vous installer à Lignières. Pourquoi ce choix? 

J’étais à la recherche d’une écurie pour me professionnaliser davantage et m’installer en tant que cavalière. Lignières n’est pas loin de Nevers, où j’habitais avant. J’ai appelé un peu par hasard, et il s’est trouvé que le haras du Val d’Arnon disposait d’une écurie libre permettant à un cavalier de s’y établir. C’est un endroit très adapté à la pratique du complet. Il y a de très bonnes carrières pour s’entraîner, et la proximité immédiate du terrain de cross et de l’hippodrome constitue un grand avantage pour entretenir la condition physique des chevaux. 

Pour le Grand National, vous avez intégré l’écurie Greenpex/Cavalassur, aux côtés de Maxime Livio et de Mathieu Lemoine. Que vous apportent ces deux cavaliers d’expérience? 

Ils ont vécu des grands concours et me transmettent leurs connaissances, notamment concernant la gestion du stress, la carrière d’un cheval, ou encore les concours qui permettent de faire évoluer certains jeunes. Ils m’apportent énormément. 

Sur quels chevaux pouvez-vous compter pour épauler Urban Legend Blues? 

Carlton de Laye (SF, Cabdula du Tillard x Grain de Voltaire) est prêt, mais il manque encore un peu de technique sur le plat. C’est un hongre de neuf ans avec lequel je participe à des CCI 3*-S et L. Il débutera également en Pro 1 cette année. J’ai aussi Directive d’État (SF, Damiro B x I Am Boy), une jument de huit ans que je veux lancer en CCI 3* cette année et qui est dédiée au commerce. Enfin, j’ai des jeunes de quatre ou cinq ans que l’on me confie ou que mes parents ont fait naître. Ils ont commencé un élevage afin que je dispose d’un réservoir de bons chevaux, que je formerai dès leur plus jeune âge et que je connaîtrai donc très bien. Cela évite d’investir chaque année de grosses sommes dans de nouvelles montures.

Quelle orientation souhaitez-vous donner à votre carrière et quel système avez-vous mis en place? 

L’objectif est d’avoir ma propre écurie, de pouvoir concourir régulièrement mais aussi de vendre des chevaux en parallèle. Mes parents continuent à développer leur élevage, et je travaille avec des éleveurs de la région, comme Stéphanie et Éric de Soultrait depuis l’an passé. Je collabore également avec Anthony Bonnet, qui achète puis revend des chevaux réformés de course. Je m’occupe de leur réorientation vers le complet. Ce sont des chevaux très intelligents pour lesquels le cross est généralement plutôt simple. Il est plutôt naturel pour eux de galoper et sauter des obstacles, car certains ont déjà pratiqué le steeple ou vu des obstacles similaires à ceux que nous rencontrons lors du test de fond. Le plus compliqué reste de les avoir calmes au dressage, mais ils le comprennent souvent assez rapidement. Ils sont donc très intéressants pour cette discipline.

En outre, je prépare mon DE JEPS afin de pouvoir débuter une activité de coaching. 

Continuez-vous des études en parallèle? 

Cette année, je me suis lancée en droit à l’université, mais c’était compliqué à distance à cause de la pandémie de Covid-19, alors je n’ai pas accroché. L’an prochain, je vais reprendre un BTSA analyse, conduite et stratégie de l’entreprise agricole. Cela me permettra d’apprendre à bien gérer la mienne de manière durable.