Recycl’Horse entend donner une seconde vie aux textiles équins usagés

Le 18 mars, Recycl’Horse a lancé la première collecte de textiles équins usagés à l’occasion de la Journée mondiale du recyclage. Une initiative née sous l’impulsion de Laura Verdier, cavalière et consultante en environnement, face au constat que 100% de ce matériel était voué à être incinéré ou enfoui dans des décharges. Tapis, couvertures, bandes, cotons ou couvre-reins peuvent notamment faire le bonheur d’associations orientées vers les chiens et les chats, comme la Société de protection des animaux, et contribuer à leur bien-être. L’hiver prochain, seront réalisés des tests visant à créer de nouveaux produits textiles à partir de la matière collectée. 



Le complétiste Sébastien Cavaillon soutient le projet.

© Collection privée

Alors que l’écologie prend une part de plus en plus importante dans nos sociétés, le recyclage est une thématique centrale ces dernières années. Face au constat que 100% des textiles équins usagés étaient voués à être incinéré ou envoyé à la décharge, Laura Verdier, consultante en environnement auprès de grandes entreprises depuis quinze ans, a décidé d’agir en créant l’initiative Recycl’Horse. Après un an de réflexion, une première collecte a été lancée le 18 mars, à l’occasion de la Journée mondiale en recyclage. “Étant cavalière depuis toujours, j’ai mis à profit la crise engendrée par la Covid-19 pour essayer de réfléchir à une façon de faire bouger les lignes dans notre milieu, en créant une filière pour ces textiles-là.” 

Pour l’heure, des couvertures, couvre-reins, bandes, tapis ou encore cotons sont collectés dans trois régions: Hauts-de-France, Île-de-France et Normandie. “Nous avons adopté une approche localisée, d’autant que nous sommes encore dans une phase de test”, justifie Laura Verdier. Si l’expérience se révèle positive, les collectes Recycl’Horse seront étendues à l’ensemble du territoire. Laura Verdier et son équipe se déplacent parfois directement dans des écuries professionnelles, mais l’initiative repose aussi sur un réseau de partenaires permettant de récupérer ce matériel usagé auprès des centres équestres et particuliers. “Des pressings équestres se sont impliqués, en disant à leurs clients de leur ramener également les couvertures dont ils ne se servent plus, afin de nous les donner. Il y a également des professionnels itinérants, dont des masseurs et ostéopathes, qui vont dans les écuries. Et certaines marques partenaires donnent leurs déchets de production, comme Lamantia Couture. Nous essayons de nous entourer de partenaires qui jouent le jeu de collecter pour nous, sachant que nous ne pourrons pas continuer éternellement à sillonner les routes avec notre camionnette, si le projet se développe dans toute la France!” 

Par ailleurs, deux points de collecte existent déjà au sein de magasins Decathlon. La fondatrice souhaite naturellement étendre ce partenariat, mais aussi en développer de nouveaux avec des distributeurs spécialisés dans le matériel équestre. Ces magasins présentent l’avantage de constituer un maillage national. En outre, cette initiative leur permettrait de se mettre en conformité avec la loi du 10 février 2020 relative à la lutte contre le gaspillage et à léconomie circulaire, dont certaines dispositions concernant le recyclage entreront en vigueur dès le 1er janvier 2022. Parmi les cinq axes développés, celui du “mieux produire” a pour “objectif que les producteurs, importateurs et distributeurs de ces nouveaux produits financent leur fin de vie”. Les articles de sport et de loisirs sont concernés, au même titre que les jouets ou articles de bricolage et de jardin. “Les distributeurs auront alors le devoir de récupérer leurs articles de sport en fin de vie. Pour ainsi dire, ils seront presque ‘obligés’ de nous ouvrir la porte”, explicite Laura Verdier. 



“Ce concept permet de réfléchir à une manière plus intelligente de consommer ”, Maxime Collard

Pour l’heure, les textiles récoltés sont donnés à des associations, comme la Société de protection des animaux (SPA), afin de servir le bien-être animal et particulièrement les soins de chats et chiens. Ce qui n’est pas donné sera recyclé. “L’idée que nous murissons avec des partenaires industriels est de transformer cette matière pour en refaire des textiles. Nous avons déjà effectué quelques essais avec un petit volume, sur des couvertures. Ces industriels travaillent généralement à la tonne. C’est pourquoi il fallait lancer une première collecte cette année. À terme, nous souhaitons travailler sur deux temps de récupération, au printemps et à l’automne – de mars à fin juin et de septembre à fin novembre – ce qui coïncide avec les périodes d’activité des pressings équestres.” En cette première année, il n’y aura pas de nouvelle collecte, afin de favoriser la mise au point de textiles recyclés. 

Pour l’heure, la récupération ne concerne pas les vêtements des cavaliers. D’une part, l’efficacité de la mise en œuvre de cette initiative passe par une réduction de l’espace géographique, donc des stocks. D’autre part, une solution existe déjà via la filière du Relais. “Le Relais ne peut pas récupérer des textiles souillés comme ceux des chevaux. De notre côté, nous devons encore apprendre à bien faire les choses. S’il est un jour possible d’étendre notre projet aux textiles des cavaliers, nous le ferons avec plaisir.” 

Recycl’Horse est déjà soutenu par le haras de la Cense ainsi que des cavaliers professionnels dont la dresseuse Maxime Collard et le complétiste Sébastien Cavaillon. “Laura est une amie et elle m’a soumis l’idée de ce projet il y a déjà très longtemps. Je lui ai notamment servi de cobaye pour répondre aux questions d’audit en amont”, explique l’amazone, qui a honoré sa première sélection en équipe de France Seniors fin mai au CDIO 5* de Compiègne. “Je trouve le sujet très séduisant car peu traité. En tant que professionnels, nous avons tous énormément de matériel… Au final, que devons-nous en faire? Se recycle-t-il, ou bien va-t-il dormir dans nos placards? En tout cas, ce matériel s’use, alors je trouve intéressant, dans une période où l’écologie prend de l’ampleur, que Laura propose un concept permettant de réfléchir à une manière plus intelligente de consommer. Les gens ont l’air de s’y mettre, cela fait un tabac et j’en suis ravie.” 

Une passerelle est également en train de se développer avec le monde des courses. Ainsi, l’AFASEC de Chantilly, qui forme les futurs jockeys, suit le projet, et les relations entre Recycl’Horse et France Galop se solidifient. Les acteurs du monde des courses “ne manquent d’ailleurs pas idées de choses à donner”, confie Laura Verdier. Encore à l’état embryonnaire, cette initiative pourrait à terme faire l’objet d’une création d’entreprise ou d’association. Si la fondatrice souhaite de tout cœur que la première option soit la bonne, elle est déterminée à s’inscrire dans la durée, peu importe la forme que cela prendra. “Si le modèle n’est pas rentable, nous solliciterons des subventions, car c’est un beau projet qui mérite d’exister”, assure-t-elle avec confiance.  

Pour tous ceux qui souhaitent offrir une seconde vie à leur matériel usagé, toutes les informations sont disponibles sur le site internet Recycl’Horse