“C'est en France que je me sens chez moi”, Éric Navet

Il y a un an, GRANDPRIX avait publié un long entretien accordé par Éric Navet, dans lequel il avait notamment évoqué la fin imminente de son contrat d'entraîneur du cavalier américain Karl Cook, et son incertitude quant à ses projets ultérieurs. La semaine dernière, le champion tricolore, toujours installé outre-Atlantique, a donné de ses nouvelles et confie son souhait de regagner un jour sa Normandie pour de bon.



Eric Navet et son élève, Karl Cook, lors de la finale de la Coupe du monde d’Omaha, en 2017 aux États-Unis.

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À quoi ressemble votre vie actuellement?

En ce moment, je toune un peu partout aux Etats-Unis. J’ai participé aux CSI 3* et 4* de Thermal, en Californie, en début de saison. J’ai d’ailleurs un cheval qui m’a permis de renouer avec les Grands Prix, Cadillac Jack (Old, Cantoblanco x Cordalme), que je monte depuis quatre ans. Quand nous l’avons acheté, il n’avait aucune expérience et j’ai pris un grand plaisir à le faire évoluer jusqu’à le voir capable de sauter des Grands Prix à 1,55m. Nous avons obtenu de bons résultats à Thermal (Une victoire à 1,50m et une troisième place dans le Grand Prix CSI 3*, ndlr). Malheureusement, Cadillac Jack s’est blessé la dernière semaine, et n’a pas encore retrouvé la compétition depuis. Nous commençons progressivement à re-travailler sur de petits obstacles. Je suis donc privé de mon cheval de Grand Prix pour le moment, mais j’en ai un autre qui est très compétitif et que je monte dans des épreuves un peu plus modestes. J’accompagne également toujours Karl Cook, que j’entraîne depuis maintenant plus de huit ans, mais nous ne nous rendons pas toujours dans les mêmes concours. Je m’occupe plus particulièrement de préparer des chevaux, tandis qu’il dispose de montures que nous avons fait évoluer jusqu’au niveau CSI 5*. En ce moment, nous sommes en Virginie, pour le CSI 4* d’Upperville, et nous rendrons à Lexington la semaine prochaine. Après cela, nous irons quelques semaines à Traverse City, dans le Michigan, ce qui nous emmènera jusqu’à fin juillet. En août, ce sera le moment de mon summer break. Les chevaux rentreront en Californie et moi, chez moi, en France. Puis je retournerai aux États-Unis en automne où nous concourrons principalement sur la côte Ouest. 

Votre collaboration avec Karl Cook, qui devait se terminer fin 2020, se poursuit donc... 

Oui. J’ai eu deux contrats de quatre ans avec Karl. À l’issue du deuxième, qui s’est terminé le 31 décembre dernier, Karl, ses parents et moi nous sommes réunis pour évoquer l’avenir. Ils ont souhaité continuer, mais j’ai posé quelques conditions. Je ne voulais plus m’engager sur quatre ans et nous avons modifié quelques termes du contrat. Désormais, je suis davantage un consultant qu’un réel entraîneur pour Karl. Depuis un an, nous préparons tous les deux “l’après-collaboration”. L’objectif est qu’il devienne de plus en plus autonome, professionnel, et qu’il ait de moins en moins besoin de moi. De ce fait, je l’observe désormais plus que je ne l’entraîne. Évidemment, nous communiquons, mais cette collaboration est tout de même différente de ce qu’elle était au départ. De nos jours, de plus en plus de cavaliers éprouvent le besoin d’avoir un “coach”, mais Karl a pris beaucoup d’expérience au cours des années durant lesquelles nous avons travaillé ensemble puisqu’il est allé jusqu’à participer à des compétitions de niveau CSI 5* et des finales de la Coupe du monde, avec de très bons résultats à la clé. Il est d’ailleurs entré dans le top dix américain, ce qui n'est pas rien! Nous avons gravi les échelons progressivement pour atteindre ce niveau. Pour autant, le but, à terme, est qu’il puisse se passer de moi. Petit à petit, je me mets donc en retrait. Le contrat qui nous lie fonctionne désormais année par année et nous nous réunirons l’automne prochain afin de savoir si nous continuons ou non. Pour le moment, les deux parties sont satisfaites et c’est un système qui fonctionne bien. L'une des raisons pour lesquelles nous avons également continué de travailler ensemble est qu’il monte un cheval qui me plaît bien et me motive. De ce fait, j’ai envie de voir jusqu’où ils vont aller. Disons que ce contrat est un peu moins intense. Pendant huit ans, je l'ai accompagné au quotidien, à l’entraînement et en concours. À présent, j’ai plus de temps pour moi. 

Comment trouvez-vous désormais votre équilibre entre la France et votre vie aux États-Unis?

J’ai toujours ma maison en Normandie, ainsi que mes installations où mon neveu, Jérôme Navet, est installé. Ayant maintenant un contrat beaucoup plus souple avec Karl Cook, je peux y retourner quand je le souhaite. C’est là-bas que je me sens chez moi et lorsque ma collaboration avec Karl prendra fin, je pense que je rentrerai. Je ne suis pas encore assez américain pour rester aux États-Unis, bien que j’y vive heureux depuis huit ans. Même si ce n’est pas toujours facile entre les concours, le fait de pouvoir rentrer régulièrement me convient bien. Quand je suis en France, j’essaie de trouver de bons jeunes chevaux que j’achète pour les intégrer à mes écuries. Ces chevaux vont prendre un peu d’âge et quand je déciderai de rentrer, j’espère que j’en trouverai quelques-uns parmi eux avec lesquels je pourrai continuer à me faire plaisir en France et en Europe.



“Il va falloir faire sans Kevin aux JO, mais il y a d’autres cavaliers très talentueux, expérimentés et qui peuvent compter sur de bons chevaux”

Dans quelle mesure vous épanouissez-vous dans la transmission?

Oui, bien sûr, mais je suis avant tout cavalier. J’ai appris à être entraîneur, notamment au sein du système américain, qui est différent de ce que l’on connaît en Europe. Il m’a donc fallu m’y habituer et cela a finalement bien fonctionné, mais il est certain que je suis davantage dans mon élément à cheval qu’à pied. C’est ça mon truc! Tant que je pourrai monter, je le ferai. Quand j’aurai l'âge de Michel Robert (soixante-douze ans, ndlr), je continuerai à me faire plaisir comme lui. Quand on a derrière soi des carrières comme les nôtres, que l’on n'a pas envie d’arrêter et que notre condition physique nous permet de continuer, c’est une grande chance. Je suis très en forme, toujours extrêmement motivé et je prends du plaisir à cheval. Tant que ma passion sera intacte et que je disposerai de bons chevaux, je continuerai. 

Comme Michel Robert, pratiquez-vous le yoga, ou d’autres activités, pour entretenir votre condition physique et/ou mentale?

J’ai sûrement tort, mais je ne fais rien du tout. J’ai la chance d’être en très bonne santé et d’être naturellement très souple. Je n’ai pas non plus de tendance à l'embonpoint et n’ai besoin de suivre aucun régime. Je touche du bois, mais je n’ai jamais eu de problème jusqu’à maintenant. Je suis très chanceux!

À l’approche des Jeux olympiques de Tokyo et avec les quelques bouleversements de dernière minute dont plusieurs équipes nationales européennes font les frais, gardez-vous un œil sur l’actualité équestre dans l’Hexagone et en Europe?

Bien sûr, je me tiens informé. Ce qu’il se passe avec Scuderia 1918 Viking d’la Rousserie, le cheval de Kevin Staut, est regrettable compte tenu de l'échéance qui approche. Néanmoins, il paraît que le cheval se remettra de sa blessure et le couple n’en restera certainement pas là. C’est dommage parce que cela arrive au mauvais moment, mais peut-être est-ce reculer pour mieux sauter comme on dit. Il faut rester optimiste. Kevin est l’un des piliers de l’équipe et il va falloir faire sans lui, mais il y a d’autres cavaliers très talentueux, expérimentés et qui peuvent compter sur de bons chevaux, ce qui nous permettra sans doute d’avoir une équipe avec un bon potentiel. 

Aimeriez-vous être à la place de Thierry Pomel en ce moment?

Oh non, je n’aimerais pas être à sa place, et pas seulement en ce moment! (rires) Ce n’est pas vraiment mon truc. Je me considère davantage comme un technicien. Par exemple, j’aime toujours monter de jeunes chevaux, les faire progresser et leur donner de l’expérience. C’est cela qui m’anime. J’aime le contact avec les chevaux, plus que le contact avec les gens. De manière générale, je pense que ce poste d'entraîneur ou sélectionneur national ne serait pas fait pour moi. Je ne pense pas non plus être un meneur d'hommes. J’ai connu Jean-Maurice Bonneau et Patrick Caron lorsqu’ils étaient sélectionneurs. Eux étaient excellents parce qu’ils avaient cette qualité et ce contact avec leurs cavaliers. Thierry Pomel, qui a également choisi cette voie, fait cela très bien aussi.