“J’admire beaucoup la mentalité de Steve Guerdat, qui est un vrai champion”, Filippo Marco Bologni

À vingt-sept ans, Filippo Marco Bologni a le vent en poupe. En juin dernier, l'Italien s'est notamment illustré en terminant sixième du Grand Prix CSIO 5* de La Baule avec Quilazio, un impressionnant hongre de onze ans qui évolue sous sa selle depuis 2017. Rencontré le week-end passé à l'occasion des Masters de Chantilly, le fils du cavalier olympique Arnaldo Bologni a confié ses ambitions avec ses trois chevaux de tête et évoqué les rouages de son système.



Comment allez-vous et comment se déroule votre concours ? 

Je vais très bien et suis très heureux de concourir à Chantilly. C’est la première fois que je viens ici et je suis agréablement surpris. Les deux pistes sont magnifiques et le sol est d’une excellente qualité. D’ailleurs, si la piste des Grandes Écuries n’existait pas, celle du château se suffirait à elle-même pour organiser un grand évènement. En ce qui concerne la compétition, le week-end a très bien commencé pour moi. Je me suis classé quatrième de l’épreuve majeure du vendredi avec l’une des deux montures qui m’accompagnent, Diplomat. Mon autre cheval, Quilazio, prendra part au Grand Prix CSI 5* (dans lequel le couple a écopé de quatre points, ndlr). Il a déjà été sixième dans le Grand Prix de la Baule au mois de juin, et comme les deux pistes se ressemblent, je pense que nous avons nos chances.

Que retenez-vous de votre expérience au CSIO 5* de Rome, en mai ? 

Je m’y étais rendu avec mes trois meilleurs chevaux, Diplomat (SBS, Kashmir van Shuttershof x Darco), Quilazio (Holst, Quidam de Revel x Calato) et Quidich de la Chavée (SF, Président x Apache d'Adriers). J’y ai remporté une épreuve à 1,45m avec ce dernier et j’ai été crédité de huit points avec Quilazio dans le Grand Prix. J’étais tout de même très satisfait parce que tous les cavaliers présents ce jour-là se sont accordés à dire qu’il s’agissait du Grand Prix le plus difficile de ces deux ou trois dernières années.

À La Baule, l’équipe italienne dont vous faisiez partie a terminé deuxième de la Coupe des nations. Quel souvenir en gardez-vous ? 

J’ai eu un très bon sentiment lors de mon passage dans cette Coupe des nations. Quilazio est très courageux et extrêmement respectueux, parfois même trop ! Il a pour défaut de souvent vouloir sauter plus haut que nécessaire... C'est d'ailleurs la raison pour laquelle il ne porte jamais de protections hautes aux postérieurs, contrairement à la grande majorité des chevaux qui évoluent à ce niveau. C’est toutefois plutôt agréable, car lorsque je le monte, j’ai juste à essayer de trouver le bon galop et le laisser faire.

Ces dernières semaines, vous avez concouru principalement en France… 

Oui, c’est très pratique pour moi car ce n’est pas trop loin de l’Italie. L’atmosphère y est toujours très positive et la France bénéficie de nombreux comités organisateurs qui offrent un large choix de concours tout au long de la saison. Plusieurs CSI 5* y sont d’ailleurs organisés, ce qui est très appréciable.

Vous comptez aujourd’hui sur trois chevaux capables de concourir en CSI 5*. Quels sont vos objectifs avec eux ? 

Mon objectif principal est de conserver ma place parmi les cent meilleurs cavaliers du classement mondial (il occupe actuellement le quatre-vingt onzième rang, ndlr). J’y attache beaucoup d'importance, car c’est ce qui me permet de prendre part aux échéances les plus importantes. Je suis donc régulièrement l'évolution de ce classement et tente chaque semaine de gagner quelques points. 

Si j'obtiens un bon résultat dans le Grand Prix de Chantilly, il est probable que j’intègre l’équipe nationale pour aller disputer les championnats d’Europe de Riesenbeck, qui se tiendront début septembre. Si ce n’est pas le cas, j’irai participer à d’autres CSI 4* et 5* pour prendre de l’expérience avec mes chevaux. Au mois de septembre, il y aura notamment l’étape du Longines Global Champions Tour à Rome. Je ne me mets pas la pression, car si je pars disputer les championnats d’Europe dans deux mois, je dois être capable de courir facilement un Grand Prix comme celui-ci. Si je rencontre trop de difficultés, cela signifiera simplement que je ne suis pas prêt, et dans ce cas, il vaut mieux que je n’y aille pas. Par ailleurs, si l’Italie peut envoyer une équipe au CHIO d’Aix-la-Chapelle, j’en ferai peut-être partie. 

À long terme, mon objectif ultime serait d’être un jour sélectionné pour participer aux Jeux olympiques. Remporter le Grand Prix du CSIO 5* de Rome, sur la Place de Sienne, me procurerait également une grande satisfaction. Ce serait grisant, non seulement parce que ce serait chez moi, mais aussi parce que cela me permettrait de marcher dans les pas de mon père, qui s'y est imposé en 1994.



“J’aime pouvoir être témoin de l’évolution des chevaux et les faire progresser moi-même”

En juin, Filippo Marco Bologni s'est imposé avec Diplomat dans une épreuve à 1,45m du CSIO 5* au La Baule.

© Sportfot

Comment décririez-vous votre système ? 

Je suis installé au Nord de l’Italie, près de Bologne, à environ une heure de Milan. Mes parents y ont construit des écuries il y a vingt ans et nous y travaillons toujours en famille. Chez nous, chacun a son rôle : ma mère s’occupe de toute la partie administrative et mon père m’entraîne régulièrement. Il a cependant beaucoup de clients et la plupart du temps, il ne m’accompagne pas en concours. Je décide donc des compétitions auxquelles je participe et je m’y rends généralement seul. À une certaine période, je m'entrainais également avec Henk Nooren. Aujourd’hui, il arrive encore que je me rende chez lui avec mes chevaux pour pouvoir bénéficier de son regard et de ses conseils. Nous entretenons tous les deux une relation privilégiée, car il a entraîné mon père avant moi.

La plupart des chevaux que je monte actuellement évoluent sous ma selle depuis qu’ils sont jeunes. Diplomat et Quilazio sont notamment arrivés chez moi lorsqu’ils avaient six ans. J’aime pouvoir être témoin de l’évolution des chevaux et les faire progresser moi-même pour atteindre le plus haut niveau. Le cavalier dont je m’inspire le plus est d’ailleurs Steve Guerdat. À mes yeux, il est le meilleur cavalier au monde, même s’il ne l’est plus officiellement. J’admire beaucoup sa mentalité, c’est un vrai champion. Il n'achète pas de chevaux déjà prêts pour le haut niveau et est à l’origine de la progression de presque tous ceux qu’il monte dans les grands événements. Lorsque nous concourons sur le même terrain, j’en profite toujours pour observer sa manière de faire.

Vous êtes particulièrement actif sur les réseaux sociaux. Qu’est-ce que cela vous apporte ? 

J’ai commencé à les utiliser pour le plaisir, comme tout le monde, il y a sept ou huit ans. Plus tard, j’ai compris que ma notoriété en ligne pouvait m’être très utile pour attirer des sponsors. Depuis deux ou trois ans, d’autres cavaliers l’ont compris et s’en servent, mais avant, personne n’avait cette vision. C’est donc ce qui m’a permis de me démarquer aux yeux des marques à cette période. Je pense que les réseaux sociaux sont aujourd’hui des médias à part entière et qu’il est important de les utiliser de manière efficace.

À quoi ressemblera la suite du calendrier pour vous ? 

Malheureusement, je ne participerai pas au jumping de Dinard la semaine prochaine. Mes chevaux et moi nous rendrons au CSI 2* de San Giovanni in Marignano, en Italie. Nous y resterons peut-être la semaine suivante, à moins que nous nous rendions au CSIO 4* de Varsovie, en Pologne, où se déroulera la finale de la Coupe des nations Longines EEF. Ensuite, tout dépendra de la sélection pour les championnats d’Europe. Si nous en faisons partie, j’organiserai la suite du programme en vue de cette échéance. Sinon, je reviendrai probablement en France à l’occasion du jumping de Valence.