Une équipe de France de complet décontractée et déterminée à l'approche des Jeux olympiques

Le départ approche à grands pas pour les complétistes français qui disputeront les Jeux olympiques de Tokyo à partir du 30 juillet. Vendredi 16 juillet, les membres de l'équipe de France ont eu l'occasion de livrer leurs impressions lors d'une conférence de presse organisée à distance, depuis le centre d'entraînement de Saint-Martin-de-Bréhal où ils ont peaufiné leur préparation au cours des deux dernières semaines. Plus soudés que jamais et déterminés à aller défendre l'or décroché par la France aux Jeux olympiques de Rio de Janeiro il y a cinq ans, ils ont évoqué leurs espoirs de médaille et abordé le sujet du nouveau format avec lequel les différentes nations devront composer. 



Dernière ligne droite pour les complétistes tricolores ! Alors que cavaliers, chevaux et membres du staff fédéral s'apprêtent à entamer leur périple en direction du Japon, l’humeur est au beau fixe au sein du clan français. Si le sérieux refait rapidement surface lorsqu’il s’agit d’évoquer les événements qui débuteront prochainement, les quelques fou-rires et plaisanteries échangées entre les membres de l’équipe témoignent d’un état d’esprit résolument positif. Pour cause, en plus de permettre aux cavaliers de se concentrer sur la préparation physique de leurs montures, le traditionnel séjour à Saint-Martin-de-Bréhal vise également à faire naître une véritable cohésion au sein de l’équipe. “Venir ici nous a permis de nous couper de notre quotidien et d’apprendre à nous connaître en tant qu’équipiers et non en tant qu’adversaires. Nous sommes tous des chefs d’entreprise le reste de l’année et ces quinze jours nous permettent de redevenir uniquement des sportifs de haut niveau et nous concentrer sur notre objectif”, explique Thomas Carlile, qui vivra au Japon sa première expérience olympique. “L’esprit d’équipe peut faire la différence”, souligne Karim Laghouag, qui s’envolera pour Tokyo en tant que remplaçant. “Ici, à Saint-Martin-de-Bréhal, nous travaillons beaucoup sur ce point. Le fait d’être ensemble nous permet de nous entraîner sous le regard des uns et des autres, ce qui est bénéfique. C’est un sentiment assez paradoxal, car nous avons l’habitude d’être en concurrence la majeure partie de l’année, mais une fois réunis, nous nous entendons vraiment bien.” Ensemble, les cavaliers ne s'adonnent d’ailleurs pas seulement à leurs activités équestres. “Nous avons ici tout le matériel nécessaire pour jouer au tennis, au badminton, au volley, au football ou à la pétanque, mais la plupart du temps, il faut laisser Thierry Touzaint gagner (Rires)”. 

Si une entente parfaite règne manifestement entre les quatre coéquipiers, depuis une semaine, un mousquetaire manque à l’appel. En raison d'une contusion osseuse causant une sensibilité dans le pied de son fidèle complice, Qing du Briot*IFCE, le lieutenant-colonel Thibaut Valette a été contraint de renoncer à sa participation aux Jeux olympiques. Considéré comme le pilier de l’équipe, le Saumurois avait contribué au sacre de la France à Rio avec son exceptionnel bai, aujourd'hui âgé de dix-sept ans. “Étant donné leur passé sportif, Thibault et Qing étaient un couple particulièrement fiable pour l’équipe. Ils ont participé ensemble à tous les championnats depuis cinq ans, y compris aux Jeux olympiques. Nous avons perdu un pilier, mais il fallait bien que cela s’arrête un jour”, relativise le sélectionneur national Thierry Touzaint. “Je suis surtout triste pour le cavalier. Venir se préparer ici pour les Jeux et devoir partir en y renonçant doit être vraiment difficile. Nous avons tout fait pour pouvoir emmener Qing, car il représentait un atout de taille, mais nous n’avons pas souhaité prendre de risque”, explique-t-il. Comme la sélection initiale le prévoyait, Christopher Six a donc intégré le trio de titulaires, associé à son Selle-Français de quatorze ans, Totem de Brécey. “Prendre la place de Thibault est un réel défi, car il formait avec Qing un couple extrêmement performant. J’ai envie de faire tout mon possible, d’abord pour l’équipe, mais aussi pour lui”, confie le cavalier qui s’apprête, lui aussi, à disputer les premiers Jeux olympiques de sa carrière. “Lorsque l’on est réserviste, on a toujours envie de rentrer dans l’équipe, mais une fois qu’on y rentre, on éprouve forcément un peu de peine pour celui qui part. Après cela, la motivation reprend le dessus.”. À quelques jours du lancement des hostilités, le cavalier se sent fin prêt à répondre aux attentes du sélectionneur. “Ce stage a permis une montée en puissance avant l’évènement. Nous avons gardé nos chevaux en forme grâce à des galops sur la plage et nous avons également bien amélioré notre technique sur le dressage. Désormais, nous sommes prêts à aller en découdre à Tokyo”.



De grandes ambitions, clairement affichées

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Associé à Absolut Gold*HDC, Nicolas Touzaint a été sélectionné cette année pour ses sixièmes Jeux olympiques.

© Sportfot

Les cavaliers le savent, en tant que nation tenante du titre, la France est particulièrement attendue à Tokyo. “Au départ, c'est une source de pression supplémentaire, mais il faut réussir à inverser cette tendance”, préconise Karim Laghouag, membre de l’équipe victorieuse aux Jeux olympiques de Rio de Janeiro en 2016. Pour tenter de réitérer l’exploit d’il y a cinq ans, l'équipe de France pourra compter cette fois-ci sur un cavalier bien expérimenté. Avec déjà cinq sélections olympiques à son actif, Nicolas Touzaint assure ne rien avoir perdu de sa motivation. “Je reste passionné par ma discipline et j’aime essayer d’aller décrocher des médailles, qu'il s'agisse des Jeux olympiques, des championnats du Monde ou des championnats d’Europe. À ce niveau de compétition, je ne fais pas tellement de différence. Je ressens d’ailleurs la même pression qu’à l’approche de chaque grand championnat, mais mon expérience olympique me permet d’aborder cette échéance de manière plutôt sereine.” Lorsqu’il est interrogé au sujet des conditions particulières qui attendent les athlètes olympiques au Japon cette année, le pilote d’Absolut Gold*HDC se veut clair quant à ses objectifs : “J’ai eu la chance d'avoir déjà connu des Jeux olympiques normaux, avec du public, une cérémonie d’ouverture et la possibilité d’échanger avec tous les athlètes. Cette année, j’y vais uniquement pour le sport et pour la médaille.”

Dans l’optique de parvenir une nouvelle fois à atteindre le Graal, les cavaliers et leurs entraîneurs ne laissent pas de place au hasard. Pour Thierry Touzaint, “les points forts et les points faibles de chacun des quatre couples ont été plutôt clairs tout au long de la saison”. Néanmoins, en concours complet, la concurrence est rude. “Pour pouvoir prétendre à une médaille, il faut être performant dès le test de dressage. Si cette étape ne se déroule pas bien, nous risquerions de passer le reste du championnat à regarder les autres. C’est la raison pour laquelle nous avons beaucoup travaillé sur ce point, pas seulement pendant le stage de préparation, mais au cours des dernières années”, assure le sélectionneur. “Il est évident qu’il y a meilleur que nous, mais avec les chevaux dont nous bénéficions, nous ne devrions pas nous situer trop loin dans le classement en termes de points. C’est le plus important, car c’est ce qui nous permettra de rester dans la course. Certaines nations sont particulièrement redoutables dans ce test, mais terminer quatrièmes ou cinquièmes à l’issue de cette première étape pourrait nous mettre dans de bonnes conditions pour la suite. Le dressage est important, mais heureusement, il n’y a pas que cela. Les quatre chevaux qui composent l’équipe sont aussi particulièrement rapides sur le cross et c’est pour cela que nous les avons choisis. J’ai également pu constater cette saison que nous avions de très bons sauteurs.” Bien conscient des forces et des faiblesses de ses troupes, le “sorcier”, —comme certains s’amusent à l’appeler en référence à ses décisions parfois inattendues— se réserve toutefois le droit d’adapter sa stratégie une fois sur place, en fonction de l’évolution des événements. “Avant d’établir des plans précis, j’aime bien avoir pris connaissance du parcours de cross. Certains paramètres peuvent en effet orienter mes choix. Par exemple, à Rio, j’avais décidé de faire partir Astier Nicolas en premier parce que son cheval était le plus expérimenté. J’ai pu prendre des risques avec ce cheval-là que je n’aurais pas pu prendre s’il était parti en numéro 4.”



Un format inédit, à tous points de vue

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Cette saison, Thomas Carlile et Birmane ont été invaincus par leurs coéquipiés tricolores dans chacune des compétitions auxquelles ils ont pris part.

© Les Garennes / Saumur Complet

Difficile d’établir des pronostics fiables ou de se réjouir d’une position de favori alors que le format imposé cette année est très différent de ce à quoi les athlètes ont été habitués au cours des précédents grands championnats. Contrairement aux éditions passées, seuls trois couples composeront les équipes en course dans ces Jeux olympiques, contre quatre habituellement. “Étant donné que nous serons privés de joker, nous n’aurons vraiment pas le droit à l’erreur. Une dérobade ou une blessure pourraient avoir un lourd impact sur le classement. Même les nations les plus fortes devront être prudentes...”, explique Thierry Touzaint.

Outre la nouvelle réglementation, les conditions d’accueil des sportifs sur les lieux de l’événement ne s’annoncent pas aussi festives et réjouissantes qu’à l’accoutumée. “Cette année, les restrictions sanitaires ne nous autorisent malheureusement pas à nous réunir ou nous rendre sur les sites des autres disciplines olympiques”, regrette Michel Asseray, le directeur technique national (DTN) adjoint du concours complet.En général, nous pouvons regarder les différentes compétitions et suivre les performances françaises depuis une télévision installée dans le village olympique. Chaque jour, le comité olympique français met des affiches pour annoncer les épreuves majeures de la journée et les médailles qui s’y jouent. Les cavaliers et le staff logeront au village olympique, dans deux appartements situés au même étage que ceux ldes autres disciplines équestres. Nous aurons à disposition un bus olympique pour nous emmener sur les deux sites équestres, la particularité de ces Jeux de Tokyo étant que le cross se déroulera sur une île à environ une heure de transports. Contrairement à d'habitude, le parcours de cross sera ouvert deux jours avant le jour de l’inscription, ce qui nous permettra d’aller le voir à l’avance. Ensuite, nous pourrons suivre et encourager l’équipe de France de dressage dont les épreuves commencent avant les nôtres.” Déjà sur place, l’équipe de France de dressage disputera en effet le premier acte de son championnat dès le 24 juillet. “Nous vivons l’aventure du dressage par petites pincées, mais pour le moment, tout le monde reste un peu dans sa bulle et concentré sur sa propre préparation”, conclut le DTN adjoint.

Retrouvez ci-dessous ce qu’il faut savoir sur le nouveau format olympique en complet, notamment sur la qualification pour la finale par équipes et individuelle, les conditions d’entrée en lice du remplaçant et son impact sur le score de l’équipe : 

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© FFE