“Avec une faute en moins, cela aurait pu passer, mais la Belgique aurait aussi pu finir devant la France”, Camille Judet-Chéret

Hier, le Grand Prix de dressage des Jeux olympiques de Tokyo a livré son verdict, confirmant la domination historique de l’Allemagne sur la discipline et donnant un avant-goût du duel attendu entre Isabell Werth et Jessica von Bredow-Werndl, associées respectivement à Bella Rose 2 et TSF Dalera. Un bras de fer qui pourrait être arbitré notamment par la Britannique Charlotte Dujardin, double championne olympique en titre, associée cette année au jeune Gio. Pour la France, cette première épreuve fut également la dernière, le collectif composé par Jan Bemelmans ayant fini neuvième, aux portes du Grand Prix Spécial en Musique, et aucun des trois couples sélectionnés n’étant parvenu à se qualifier pour la Libre. Camille Judet-Chéret, cavalière internationale, instructrice et fidèle collaboratrice de GRANDPRIX, tire quelques enseignements de cette entrée en matière.



L’Allemagne impériale

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Jessica von Bredow-Werndl et TSF Dalera.

© Scoopdyga

L’équipe allemande, avec ses trois couples exceptionnels, a confirmé son statut de grande favorite. Qu’il s’agisse des cavalières (Isabell Werth, Jessica von Bredow-Werndl et Dorothee Schneider, ndlr) comme de leurs chevaux (Bella Rose 2, TSF Dalera et Showtime FRH, ndlr), on a affaire à des athlètes forts et très expérimentés au plus haut niveau. J’ai trouvé Isabell très détendue. Elle a présenté une fort belle reprise (82,5%), mais on a senti qu’elle en gardait sous le capot pour les deux prochaines épreuves. Il faut dire qu’elle n’avait pas besoin de forcer le talent de sa jument vu les prestations produites par ses deux coéquipières et compte tenu du fait que les scores seront remis à zéro demain. N’oublions pas non plus que les conditions climatiques sont chaudes et humides là-bas, et que les meilleurs chevaux doivent tenir la cadence jusqu’à mercredi. Je crois tout simplement qu’Isabell a joué tactique. À l’inverse, il m’a semblé voir Jessica monter plus franchement Dalera (84,379%), qui a produit un superbe Grand Prix.

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Isabell Werth et Bella Rose 2.

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Charlotte Dujardin au rendez-vous

Comme on avait très peu vu hors de Grande-Bretagne le couple formé par Charlotte Dujardin et Gio, qualifié pour les JO avec le minimum syndical, on ne savait pas trop à quoi s’attendre. Et force est de constater que ce ravissant “poney” s’est transformé par rapport aux bribes que l’on avait pu voir auparavant. Le “produit fini”, ou presque, si l’on peut dire, est vraiment très agréable à regarder en piste. Je trouve chouette que Charlotte ait choisi Gio, même si l’on attendait davantage Mount St John Freestyle compte tenu de son expérience aux Jeux équestres mondiaux de Tryon en 2018 et aux Européens Longines de Rotterdam en 2019. Vu ce que Charlotte nous a montré hier, je ne suis pas sûr que Gio soit un second choix. Vivement la suite!

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Charlotte Dujardin et Gio.

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Au rayon des surprises

Si l’on regarde le classement par équipes issu de cette première épreuve, rien n’est franchement surprenant dans le top six. En revanche, j’imaginais à un autre niveau l’Espagne, huitième juste devant la France. Ses trois couples ont connu un mauvais jour. Beatriz Ferrer-Salat (qui a été la seule à se qualifier pour la Libre, récolant 72,096%, ndlr)nous avait habitué à des scores plus élevés avec Elegance (dont le record en Grand Prix s’est établi à 75,13% le 7 mai au CDI 3* de Camarma de Esteruelas, ndlr) et surtout à des reprises plus abouties. Là, elle a concédé pas mal de fautes. Et il en a été de même pour Severo Jurado López (68,37% avec Fendi T, ndlr) et José Antonio García Mena (69,146% avec Sorento 15, remplacé demain par Divina Royal, ndlr). Les score étant remis à zéro, on verra comment ils vont réagir demain.

Du fait de l’absence de grandes confrontations mondiales depuis la fin de l’été 2019, la compétition s’annonçait plus ouverte et indécise que d’habitude. Et elle l’a été, ce que j’ai trouvé passionnant. Samedi, la très belle sensation est venue de l’Américaine Sabine Schut-Kery et Sanceo (78,416%), qui n’avaient encore jamais concouru au niveau Grand Prix en Europe et qui ont fait très forte impression auprès des juges et des fans de notre discipline, notamment sur les réseaux sociaux.

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Sabine Schut-Kery et Sanceo.

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La France si près du Spécial…

C’est dommage pour la France. Entre le forfait de l’Autriche (en raison du problème dentaire dont souffre Abegglen FH, le cheval de Victoria Max-Theurer, ndlr), qui me semblait intouchable, et la contre-performance de l’Espagne, les planètes semblaient s’être alignées et il y avait un coup à jouer. Sans parler de la Belgique, qui n’a pas non plus été aussi performante qu’elle pouvait l’espérer. Pour nous qualifier, nous avions besoin d’une bonne reprise sans faute de Morgan Barbançon Mestre et Sir Donnerhall II. Malheureusement, cela n’a pas été le cas. Leurs fautes sont intervenues sur des mouvements qu’ils maîtrisent normalement très bien… Pour le reste, le cheval était dans un bon jour: il a d’ailleurs bien piaffé. Quant à Maxime Collard, le couple qu’elle forme avec Cupido PB est encore très jeune et inexpérimenté à ce niveau. Hélas, il y a eu de vraies fautes dans leur reprise. Cupido est très généreux et énergique – trop, parfois. Maxime doit encore trouver certains petits réglages pour répéter ce qu’elle a montré fin juin au CDI 4* du Mans (71,848% dans le Grand Prix puis 73,149% dans le Spécial, ndlr). En revanche, j’ai trouvé qu’Alexandre Ayache avait plutôt bien joué sa partition avec Zo What, en allant chercher les points qu’il pouvait grappiller, avec un super tour au galop. Il a eu un tout petit peu de mal à déclencher son cheval au début du travail au trot et n’a pas dû gagner beaucoup de points au pas, mais il a rempli son contrat.

Globalement, ce ne fut pas un grand jour pour la France, ni pour ses adversaires directs. Finalement, notre équipe a terminé tout près de l’Espagne, dernière nation qualifiée pour la finale par équipes. Avec une faute en moins, cela aurait pu passer, mais la Belgique aurait aussi pu finir devant nous. Quand on participe aux Jeux, on espère forcément produire sa meilleure reprise, mais cela ne se passe pas toujours ainsi pour plein de raisons, alors je crois qu’il ne faut rien regretter, mais plutôt apprendre collectivement de cette expérience pour l’avenir. Concernant l’individuelle, c’est vraiment dommage pour Morgan, qui pouvait espérer obtenir une note supérieure à 72% et se qualifier pour la Reprise Libre en Musique, d’autant que son cheval est bien rodé, mais c’est le sport…

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Alexandre Ayache et Zo What.

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La nouvelle formule

J’ai trouvé sympa l’idée de répartir les couples en six groupes de dix, dans le sens où cela encourage le public à s’intéresser à davantage de concurrents, puisqu’il y a des stars en lice du début à la fin de l’épreuve. Auparavant, le premier jour était un peu boudé parce que presque tous les meilleurs concouraient le lendemain. Pour les cavaliers et juges aussi, cela change la donne, ce qui me semble intéressant. On a pu noter un manque d’homogénéité entre les groupes (ceux-ci ont été composés en fonction du classement mondial, lequel reflète moins bien la réalité des forces en présence que d’habitude, compte tenu des nombreux concours annulés ou reportés depuis un an et demi, ndlr). En outre, on a pu voir les stratégies mises en œuvre par les uns et les autres en fonction du déroule de l’épreuve, comme dans le cas d’Isabell. C’est délicat parce qu’il fallait à la fois marquer les juges sans perdre trop d’énergie en vue des deux reprises suivantes. En revanche, j’ai trouvé dommage que le site de suivi des résultats en direct ne mentionne ni les horaires de passage ni le classement général individuel, qui a décidé des six derniers qualifiés pour la Libre.

Maintenant, j’ai hâte de voir à quoi va ressembler ce premier Grand Prix Spécial en Musique, qui devrait être une expérience très intéressante. De plus, si l’Allemagne semble intouchable pour l’or, la bataille s’annonce intense et intrigante pour l’argent et le bronze. Le Britannique Carl Hester a commis pas mal de fautes dans le Grand Prix avec En Vogue; Zack n’était pas au top avec la Danoise Nanna Skodborg Merrald; on attend la confirmation de Sanceo avec sa cavalière américaine. Bref, cela s’annonce très ouvert, d’autant que tous les scores comptent. Beaucoup de choses peuvent encore se passer.

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Nanna Skodborg Merrald et Zack.

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