“La roue doit tourner”, Gwendolen Fer

Sélectionnée dans l’équipe tricolore au CCIO 4*-S de France, disputé dans le cadre du Grand Complet, au Haras national du Pin, Gwendolen Fer ne boude pas son plaisir de monter à nouveau sur ton tapis blanc brodé du drapeau français. Auteur du meilleur test de dressage parmi le quatuor sélectionné par Thierry Touzaint en selle sur son fidèle Romantic Love (26,3 points), quatrième au classement individuel provisoire, la Toulousaine pointe aussi au cinquième rang avec Traumprinz (26,9), son deuxième cheval de tête. Après avoir accumulé les galères, imprévus et coups du sort depuis le début de l’année, échouant notamment à se qualifier pour les Jeux olympiques de Tokyo, la dirigeante de l’écurie des Houarn espère désormais avoir mangé son pain noir, et garde dans un coin de la tête la possibilité d’une sélection pour les championnats d’Europe d’Avenches.



Comment allez-vous? Heureuse de retrouver le Haras national du Pin, le Grand Complet… et l’équipe de France!?

Oui, je suis super contente d’être ici, d’autant que c’est un concours que j’adore. Et oui, cela me fait vraiment plaisir de renouer avec l’équipe de France, qui plus ici, à domicile. Cela faisait bien trop longtemps que je n’avais pas sorti mon tapis France (depuis les championnats d’Europe Longines de Strzegom, il y a quatre ans jour pour jour, ndlr).

Avec une possible sélection aux championnats d’Europe d’Avenches en ligne de mire?

Reparlons-en à la fin du week-end! (rires) En tout cas, il me semble que la roue doit tourner…

Après les blessures de vos chevaux de tête, les vôtres, l’alerte physique pour Traumprinz fin février à Saumur et votre absence au Master Pro de Pompadour, en raison d’une suspicion de rhinopneumonie sur un cheval de son écurie, vous aviez été désarçonnée par Romantic Love et contrainte de mettre pied à terre dès la réception de votre premier saut lors du test hippique du CCI 4*-L de Saumur, début mai, où vous aviez été éliminée du cross avec Arpège de Blaignac… Avez-vous trouvé un trèfle à quatre feuilles depuis?

Il est clair que j’ai enchaîné les galères et que toutes ne résultent de problèmes techniques. J’ai subi de vrais coups du sort. Heureusement, ça va mieux depuis la fin du printemps. “Prince” (Traumprinz, ndlr) a fini troisième de la Pro 1 à Vittel, Romantic a gagné le CCI 4*-S de Marnes-la-Coquette. Les deux sont en super forme. J’espère que ça va aller ce week-end.

Qu’avez-vous fait à la juge italienne Marina Sciocchetti, qui a noté votre reprise de dressage avec Romantic à 70,48% alors que le Français Alain James vous a attribué 76,9%?!

Je n’ai pas étudié en détail mes notes. Je crois les deux juges sont davantage tombés d’accord pour la reprise de “Prince” (72,14% et 74,05 %, ndlr). Je ne sais pas ce qui s’est passé. Peut-être n’ont-ils pas vu la même reprise. La moyenne globale est très bonne pour mes deux chevaux, c’est le plus important.

Pour l’équipe de France, en tête après le premier test, quadruple tenante du titre, et que vous représentez aux côtés de Sébastien Cavaillon, neuvième au provisoire avec Sarah d’Argouges (28,3), Ugo Provasi, crédité de 31,9 avec Shadd’oc, et Stanislas de Zuchowicz, de 33,3 avec Covadys de Triaval, la victoire est le seul objectif qui vaille?

Bien sûr, nous avons à cœur d’offrir une nouvelle victoire à la France, et de poursuivre cette belle série. Nous le devons aussi à nos coéquipiers, qui viennent de rentrer des Jeux olympiques de Tokyo avec cette belle médaille de bronze autour du cou. Nous devons leur montrer qu’ils peuvent compter sur nous!



“Je suis fière et heureuse des performances de mes coéquipiers à Tokyo”

Comment avez-vous vécu ces JO? Avez-vous tout regardé à la télé?

Compte tenu des horaires nocturnes, j’avoue ne pas avoir regardé le dressage, mais je n’ai rien raté du cross et des deux manches d’hippique. J’ai trouvé cela très chouette et vibrant à suivre. En tant que cavalière, je n’approuve pas cette nouvelle formule avec des équipes de trois couples dont les scores comptent. Pour tout un tas de raisons, je préfère les équipes de quatre. En revanche, en tant que spectatrice, je dois admettre que cela rajoute beaucoup de suspense. Franchement, même si j’aurais préféré vivre ces JO à Tokyo au sein de l’équipe de France, parce que c’était mon objectif, j’ai vraiment apprécié le cross. Les deux manches de saut d’obstacles (la deuxième visant à décerner les médailles individuelles, ndlr), je trouve cela dur pour les chevaux. Certains sont apparus assez fatigués en fin d’épreuve, et je trouve dommage que notre sport donne cela à voir. Je suis consciente que cette seconde manche (introduite à la demande du Comité international olympique pour ne pas décerner de médailles individuelles et par équipes après la même épreuve, ndlr) existe depuis les Jeux de 2004, mais je trouve qu’elle n’est pas satisfaisante dans le sens où elle pénalise les chevaux après tous les efforts qu’ils ont déjà déployés. C’est mon plus gros bémol quant à cette formule olympique.

Êtes-vous restée en contact avec Nicolas Touzaint, Christopher Six, Karim Laghouag et Thomas Carlile pendant ces Jeux?

Personnellement, je préfère toujours laisser mes coéquipiers dans leur bulle pendant les championnats, mais je les ai évidemment félicités par message après cette superbe médaille de bronze. Ils m’ont donné des nouvelles ensuite. Je pourrais nourrir de la frustration de ne pas avoir rempli mon objectif et vécu cette aventure au Japon, mais je suis fière et heureuse de leurs performances. Même si je suis restée à la maison, je me sens membre de cette équipe de France forte, qui a su décrocher une médaille malgré les pépins des uns et des autres (dont les forfaits successifs de Babylon de Gamma, Qing du Briot*IFCE et Birmane, les cracks d’Astier Nicolas, du lieutenant-colonel Thibaut Vallette et de Thomas Carlile, ndlr). Cela nous aide à continuer à travailler tous les jours, sans relâche, pour rester accrocher à cette belle locomotive qu’est l’équipe de France.