La préparation mentale, qu’est-ce que c’est?

Pendant longtemps, on a eu le sentiment que la réussite en équitation reposait surtout sur l’état de forme du cheval. Depuis une quinzaine d’années, les cavaliers concentrent davantage de temps et d’énergie à leur propre condition physique. Et depuis peu – enfin, serait-on tenté de dire –, on admet que le mental joue un rôle prépondérant dans la performance d’un couple. Comme le corps, la psyché se prépare et s’entraîne. Maxime Châtaignier, ancien patineur de vitesse olympique, s’est justement reconverti dans ce jeune métier de préparateur mental. Initié aux spécificités de l’équitation par sa compagne, la complétiste Gwendolen Fer, il accompagne plusieurs cavaliers et répond régulièrement aux sollicitations de la Fédération française d’équitation, dans le cadre de stages et rassemblements. Dans une série d’articles qui débute aujourd’hui, il délivre de précieux conseils qui permettront à chacun de donner le meilleur de lui-même en piste.



Dès les années 1900 ont émergé des méthodes destinées à développer la psychologie du sport afin d’améliorer les performances des athlètes, mais aussi, à l’époque, de faire progresser l’homme dans toutes ses composantes psychiques et mentales. Plus tard, aux États-Unis, Bud Winter, célèbre entraîneur d’athlétisme, a mis sa méthode au service des aviateurs de la Seconde Guerre mondiale. Pour autant, la préparation mentale ne s’est considérablement démocratisée, clarifiée et structurée que ces vingt dernières années. 

Alors que les coaches faisaient autrefois figures d’hommes orchestres, aux multiples casquettes, dont celle de préparateur mental, on a vu peu à peu les encadrements techniques s’étoffer de préparateurs physiques, nutritionnistes, kinésithérapeutes et, plus récemment, de préparateurs mentaux diplômés. Aujourd’hui, les outils à disposition de ces professionnels ont évolué et permettent une approche ciblée, suivant bien souvent un diagnostic et une évaluation précise des habiletés mentales et cognitives nécessaires à la performance de l’athlète.

Pour tout athlète qui se respecte, il paraîtrait tardif de faire appel à son préparateur physique le matin du concours. J’ai l’habitude de dire qu’on ne crée pas de la compétence le jour J. De même, la dimension mentale de la performance ne doit donc pas se cantonner au moment de la compétition. À l’instar d’un coach physique, qui va l’aider à développer son endurance, son explosivité ou sa puissance, le préparateur mental va agir sur des capacités telles que la concentration, la motivation, la confiance ou la gestion du stress et des émotions. Tous les spécialistes s’accordent à dire que les limites physiologiques du corps humain se rapprochent dans de nombreux sports. Le mental devient donc un nouveau territoire à explorer pour continuer à repousser toujours les limites de la performance.



La préparation mentale du cavalier en trois étapes

On peut aborder la préparation mentale du cavalier en trois étapes. La première doit permettre de définir une stratégie et une organisation pour planifier un objectif et programmer un travail permettant à l’athlète de l’atteindre. On parle alors d’écosystème. Ce dernier doit tenir compte de toutes les sollicitations du cavalier. Selon son niveau ou son âge, il doit bien souvent composer avec un double projet (études/travail et équitation) ou bien, dans le cas des professionnels, avec différentes responsabilités quotidiennes: gestion des propriétaires, élèves, collaborateurs, membres du staff technique et partenaires.

Deuxièmement, un bon mental se construit avant tout à travers une bonne préparation. Celle-ci peut donc aider à progresser plus vite en élevant la qualité du travail et l’ancrage de nouvelles capacités afin de développer la confiance du cavalier. La confiance consiste à se sentir capable. Aussi, je pense qu’avoir une image précise de nos compétences constitue déjà un premier pas vers la confiance. Savoir ancrer et sécuriser nos succès passés s’avèrera également d’une grande utilité pour répondre présent face à un enchaînement ou une combinaison de difficultés déjà rencontrés par le passé.

Enfin, le jour venu, une fois en concours, la mission principale de la préparation mentale sera de protéger les compétences développées en amont et d’aider le cavalier à évoluer à son plein potentiel. Ceci en le protégeant des pensées parasites, de la tension psychique ou physique et de tous les potentiels désagréments liés au stress.



Gérer son stress en concours

Environ 90% des demandes relatives à la préparation mentale du cavalier concernent la gestion du stress. En la matière, notre démarche s’avère bien davantage préventive que curative. La préparation mentale doit s’intégrer dans le quotidien du cavalier pour installer des automatismes et non pas être une solution de réconfort que l’on sortira en concours. L’idée est donc de savoir installer le jour J un équilibre vertueux entre contrôle, sérénité, confiance et calme émotionnel, afin d’entretenir cet équilibre tout au long des différentes épreuves. L’objectif est de ne pas laisser le stress s’installer pour ensuite devoir développer de grands efforts à le calmer au dernier moment. En somme, on s’évertuera à ne pas laisser le feu prendre en versant régulièrement un verre d’eau sur les braises du stress.

Une journée de concours est une succession de rendez-vous et d’étapes qu’il faut savoir aborder de la bonne manière afin de diriger son attention sur des éléments contrôlables, rassurants et générant peu d’émotion. Trois moments spécifiques peuvent demander une approche bien particulière, avec une stratégie à appliquer pour chacun d’entre eux: la reconnaissance du parcours, la détente de son cheval au paddock et l’épreuve en elle-même. Voici quelques conseils pour aborder ces séquences aussi bien que possible.



La reconnaissance du parcours

article-block7

© Collection privée

La reconnaissance ne se limite pas seulement à mémoriser le parcours. C’est le moment où le cavalier va définir et construire la partition qu’il déroulera en piste le moment venu. Dans ce plan qu’il élabore, il doit aller droit au but et se concentrer uniquement sur les actions qu’il va réaliser. À chaque obstacle, il doit avoir des éléments techniques qui occuperont son attention et l’aideront à se protéger des pensées parasites, à l’origine de grandes émotions. En effet, on ne génère que très peu d’émotion quand on se concentre sur sa technique plutôt que sur le résultat que l’on veut obtenir ou l’échec que l’on veut à tout prix éviter. Ces derniers peuvent être anxiogènes et dépourvus de stratégie. L’objectif, ici, est donc de préparer très précisément l’abord de chaque obstacle, en prenant soin de construire une stratégie destinée à le franchir sans encombre.



La détente au paddock

Plutôt que de développer de grands efforts pour retrouver le calme avant d’entrer en piste, la détente doit débuter dans le calme et le contrôle des émotions, tout en entretenant ce calme jusqu’au moment d’entrer en piste. Pour cela, il est important de ne pas focaliser toute son attention sur son cheval ou sa technique, mais également sur ses propres émotions ou son propre niveau d’énergie. Entre chaque saut, il faut se demander comment on se sent et utiliser un outil de respiration pour se calmer si l’on sent que le stress s’installe ou pour se dynamiser si la concentration et l’énergie font défaut. On retrouve ici l’image du petit verre d’eau versé régulièrement sur les braises du stress, plus souhaitable que le recours aux pompiers au moment d’entrer en piste! En d’autres termes, on régulera donc les petites émotions pour ne pas avoir à gérer les grosses.



L’épreuve en piste

C’est le moment de jouer la partition établie lors de la reconnaissance. Le cavalier doit prendre soin de cloisonner chaque obstacle, de se concentrer uniquement sur ce qu’il faut faire pour réussir. Il faut alors éradiquer les “Je ne dois pas” de sa stratégie pour privilégier les actions à réaliser. En effet, compte tenu de la saturation cognitive qu’il connaît au cours d’une épreuve, le cerveau a du mal à gérer la négation dans l’action. Si l’on se dit de ne pas penser à une pomme verte, on en a déjà l’image en tête avant même d’avoir compris la consigne! Plus les obstacles s’enchaînent, plus on se rapproche du moment où l’on connaîtra le résultat. Or, c’est justement cette inconnue du résultat final qui fait bouillir la marmite des émotions et provoquer une certaine précipitation. Qui n’a jamais fait tomber le dernier obstacle d’un parcours dans l’euphorie de ce sans-faute qui lui tendait les bras? S’en tenir à une partition claire permet ne pas brûler les étapes et de soigner chaque obstacle.

Enfin, la respiration est un facteur clé de la performance mentale. L’objectif consiste ici à anticiper les moments du parcours dont l’intensité permet de reprendre son souffle. On n’a jamais vu un cavalier tomber d’épuisement de son cheval en raison d’une mauvaise respiration, mais il est très commun de voir des cavaliers manquer de lucidité ou de réactivité en fin de parcours. Aussi, oxygéner correctement son cerveau est la première chose à faire pour protéger sa concentration tout au long de l’épreuve.

Ces quelques conseils permettront aux cavaliers, espérons-le, de canaliser leur énergie, leur concentration et leurs émotions vers une seule et même direction: celle de leur succès.