Une intoxication à l’adonis coûte la vie à douze chevaux dans le Gard

La semaine passée, la manade Gré, sise à Aigues-Mortes, dans le Gard, entre Nîmes et Montpellier, a déploré la perte de douze chevaux. En cause ? Une intoxication à une plante, nommée adonis, et retrouvée dans une botte de foin. S’il s’agit bien là d’un malheureux accident, ce triste épisode permet de sensibiliser les propriétaires d’équidés.



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© Aad Kleijweg/Pixabay

Petite plante rouge à fruits noirs, issue de la famille des renonculacées, l’adonis s’avère particulièrement dangereuse pour les équidés. En effet, seuls quelques grammes, entre cinquante et soixante, suffisent à les intoxiquer.  La semaine passée, la manade Gré, située à Aigues-Mortes, dans le Gard, a enregistré douze décès parmi sa quarantaine de chevaux. “Nous sommes sous le choc de la violence des symptômes”, commentait alors Diana Gré, propriétaire de la structure. Douleur, anorexie, arrêt du transit, diarrhée, muqueuses très colorées virant jusqu’au bleu, spasmes, troubles neurologiques, digestifs, cardiaques voire oculaires : la manifestation de l’intoxication prend diverses formes, toutes plus violentes les unes que les autres. Et seuls des soins palliatifs ont pu être mis en place, faute de traitement existant. 

Dépêchée sur place, Claire Meyer, vétérinaire diplômée, a fait tout son possible pour aider au mieux les montures touchées. “Le calme revient. Quatre chevaux sont encore en rémission, et un est miraculé. Nous ne savons pas comment il peut encore être en vie ! Le reste du cheptel est stabilisé et tout le monde commence à remanger normalement”, témoigne la jeune femme. “Les toxines ont sévèrement attaqué les chevaux. Nous allons étudier les troponines (un complexe de protéines qui régule les contractions musculaires, ndlr) cardiaques, afin de voir s’il y a des séquelles au niveau du cœur. D’après les premières constatations, la toxine agit beaucoup sur le cœur. Nous allons essayer de voir quelles seront les conséquences à long terme pour ces chevaux.  Dans le lot, il y avait deux poulinières pleines de six mois. D’après ce que nous savons, il n’y a pas d’effet tératogène (susceptible de provoquer des dommages chez le poulain, ndlr) avec cette plante, mais nous pouvons encore avoir des surprises dans cinq mois…

Si les conséquences sont tragiques, il s’agit avant tout d’un malheureux accident. “Avec les plantes toxiques, il s’agit toujours de faits exceptionnels. Ce n’est pas quelque chose de courant en pratique vétérinaire. La loi de Murphy entre en jeu et il y a toujours une succession d’événements qui aboutit à l’intoxication végétale, après des dysfonctionnements dans l’environnement de l’animal”, note Gilbert Gault, vétérinaire spécialisé dans les toxines naturelles et mobilisé sur ce cas.



Des cas rares, à caractère exceptionnel

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© Centre National d’Informations Toxicologiques Vétérinaires (CNITV)

L’adonis, facilement identifiable lorsqu’elle est fraîche par sa couleur rouge et son aspect semblable à celui du bouton d’or classique, a été documentée au XIXème et jusqu’au milieu du XXème siècle. Puis, l’utilisation d’intrants et herbicides a conduit à la disparition quasi-totale de la plante. “Elle est devenue beaucoup plus confidentielle, jusqu’aux années soixante-dix, quatre-vingts. La rémanence des intrants et herbicides a baissé, nos pratiques agricoles ont été modifiées pour tendre vers un plus grand respect de la nature, en réintroduction de la biodiversité, etc. Par conséquent, cette plante, qui avait mis en sommeil son activité, s’est réactivée. Dans les années 2010, nous avons commencé à l’observer de nouveau de manière plus fréquente”, reprend Gilbert Gault. 

Avant l’épisode de la manade Gré, seulement quelques cas avaient été décrits et étudiés. Déjà mobilisé sur la mort de deux poneys près de Toulouse en 2013, puis sur la perte de douze équidés dans un élevage du Sud du Luberon, Gilbert Gault continue de suivre attentivement l’évolution de l’adonis, présente dans une large zone dans le Sud de la France, tout comme les autres services compétents. Si aucun remède miracle permet, pour l’heure, de vaincre cette intoxication foudroyante, quelques éléments peuvent aider à prévenir le phénomène. Les agriculteurs et producteurs de foin peuvent observer leurs prairies avant de faucher l’herbe. Même si la plante est présente, le fourrage pourra être utilisé pour nourrir d’autres espèces, comme les bovins, beaucoup moins sensibles à cette renonculacée. Sur pied, l’adonis n’est pas non plus très appétente pour les équidés. “Quand elle est fraîche, la plante est âcre”, note Gilbert Gault. “Donc, le cheval goûte, ne trouve pas cela bon et arrête. Par exemple, les chevaux ne mangent pas les boutons d’or frais, qui sont de la même espèce que l’adonis.

Les pertes, tant sentimentales que financières, ont été conséquentes pour la manade Gré. Pourtant, tout le monde garde la tête haute. “Nous ne cherchons pas la célébrité et nous ne voulons pas que tout le monde s'apitoie sur notre sort”, souffle Claire Meyer. Si la solidarité a été très forte pour la manade Gré, avec, notamment, la mise en place d’une cagnotte, le personnel préfère désormais utiliser sa cause afin de sensibiliser les équitants. Un point d’autant plus important que les faits d’intoxications pourraient se multiplier dans les années à venir. “Cela devient un phénomène récurrent”, constate ainsi Gilbert Gault. “Cela fait trente-cinq ans que j’exerce, et, avant, j’avais un cas tous les dix ans. Désormais, j’en ai quasiment tous les ans avec différentes plantes.”

La cagnotte mise en place pour venir en aide à la manade Gré est accessible ici.